Arrivées dans une rue, j’entendais des commerçants dirent en langue : « des religieuses, nous en connaissons. Mais des religieuses comme celles-là, nous n’en avons jamais vues. »
Comme nous étions deux consacrées, ces mots ont aussitôt attiré notre attention. Je me suis approchée pour les voir de près. Et personnellement, j’étais un peu étonnée de voir leur habit hors du commun, sans doute jamais vu au Burkina : Elles étaient habillées tout en blanc, mais compte tenu de la poussière rouge du Burkina, il avait viré à une couleur étrange.
Elles étaient 4 sœurs accompagnant trois jeunes filles qui, bien que burkinabées, semblaient un peu perdues car n’ayant probablement jamais mis les pieds à Ouagadougou.
Une des religieuses, en guimpe, nous accosta comme si nous nous connaissions depuis longtemps. Et je remarquais qu’immédiatement, elle s’intéressait déjà à l’âge et à l’identité d’une des jeunes avec qui j’étais.
Moi-même je voulais en savoir un peu sur cette nouvelle communauté, sur son lieu d’implantation, etc. A ma grande surprise, la religieuse me dit qu’elles ne vivaient pas au Burkina, qu’elles étaient venues pour un temps de retraite et d’évangélisation à Ouahigouya.
Elle semblait bien enthousiaste. Nous, nous étions plutôt sceptiques. Personnellement, je me méfie de ces congrégations qui viennent en Afrique faire des recrues, arrachant ainsi les jeunes de leur terroir sans préparation, et sans connaître non plus la culture africaine et notamment burkinabée. Sans s’y être jamais inculturée.
Après quelques minutes de discussion, nous avons pris congés des sœurs. Elles nous ont dit qu’elles étaient des moniales de Bethléem. J’ai bien retenu ce nom. Toute la journée trottait dans ma tête cette rencontre…
Quelques 15 jours plus tard, je me trouvais en fin de séjour au Burkina et le soir même, je devais prendre l’avion pour Paris. Là, quelle ne fut pas ma surprise !!! Dans la salle d’embarquement, je retrouvais les mêmes sœurs avec les 3 jeunes filles. La sœur avec laquelle j’avais échangé les semaines précédentes, s’approcha de moi. Mais je n’avais pas envie de lui parler : la facilité avec laquelle elle entrait en relation avec tout le monde et son aisance me gênaient énormément. Je suis d’ordinaire bien curieuse et j’aime beaucoup discuter, mais là, je ne me sentais pas du tout à l’aise avec sa manière de faire.
Une seconde surprise m’attendait : deux sœurs ont embarqué dans Bruxelles Airlines, et les deux autres sœurs, escortant les 3 jeunes burkinabées, ont embarqué avec Air France.
J’ai trouvé cela bien étrange.
Mais le pire était à venir : la sœur qui était en guimpe, celle donc qui parlait le plus, a embarqué en Business Class avec les trois jeunes burkinabées. Seule, l’autre religieuse, la plus jeune et qui n’avait qu’un foulard, a embarqué en classe économique.
Pour ma part, mon vol initial avait été supprimé et je me suis retrouvée moi aussi en Business Class, sans trop aimer y être. C’est alors que j’allais être témoin de scènes qui m’écœurent encore aujourd’hui : je me trouvais dans le même alignement que la sœur, avec ces 3 jeunes filles. Et les pauvres semblaient déboussolées : la sœur passait la majeur partie de son temps à les caresser, à les embrasser… choses qui ne se font absolument pas dans notre culture. J’étais profondément en colère : elle avait des comportements infantilisants et cela me choquait.
Quand nous avons débarqué à Paris CDG, j’ai attendu les trois jeunes filles et j’ai parlé avec elles en langue. Je voulais savoir dans quelles villes elles allaient, au moins pour prendre de temps à autres de leurs nouvelles. Elles m’ont répondu qu’elles n’en avaient aucune idée.
Quoi ?!?! Elles ne savaient même pas où elles allaient atterrir ? C’était un comble. J’étais terriblement en colère. Alors, j’ai essayé de leur prodiguer quelques conseils, du genre : « soyez fortes, montrez-vous matures et ne vous laissez pas traiter comme des enfants. Soutenez-vous mutuellement. »
J’étais triste pour elles et cela me peinait de ne pas savoir où elles allaient.
Une fois rentrée chez moi, en Communauté, j’ai raconté à mes sœurs cette histoire. J’ai fouillé sur internet pour repérer tous les monastères de Bethléem afin de rechercher mes petites sœurs du Pays. Une chose me manquait : je n’avais pas eu la présence d’esprit de leur demander leur prénom. Et je m’en veux pour cela.
Aujourd’hui encore, je pense fortement à elles. Dès que j’entends parler de cette Communauté des Moniales de Bethléem, je pense à ces trois jeunes. Je me suis renseignée et j’ai appris que depuis 2009, il y a déjà plus de 3 burkinabées dans les différents monastères, qui y sont rentrées. Je prie le Seigneur de veiller sur elles.
Cet été, j’étais de nouveau en congés dans mon pays, au Burkina. J’ai donc ainsi appris que les Moniales viennent chaque année dans mon pays pour un temps de retraite et d’évangélisation, suivi de recrutement. Je cherchais une action à mener pour suivre de près cette pratique. La Providence faisant bien les choses, j’ai rencontré une ancienne moniale qui m’a donc appris qu’elle avait été dans cette Communauté.
Naturellement, ma première préoccupation fut de demander des nouvelles de mes compatriotes. Quelle ne fut pas ma peine de l’entendre me dire ce qu’elle avait vécu dans cet ordre. Et ses dires, étonnamment, confirmaient mes craintes.