Damien,
Je réponds en commençant par la fin.
A ) Effectivement la commission Sauve n’avait pour mandat que de traiter des agressions sexuelles sur mineurs.
Il ne faut pas oublier en effet qu’elle a été mandatée par la CEF et la CORREF sous la pression extérieure, en particulier pour éviter une commission d’enquête parlementaire, refusée, c’est vrai par le Sénat, mais le « boulet n’est pas passé loin « , si l’on peut dire. Et rien n’assure qu’il ne revienne pas.
Je regrette infiniment comme vous que ce mandat ait été restreint aux agressions sexuelles.
Cependant, il faut à la fois tenir compte :
1 ) de la loi civile :
les agressions sexuelles sur mineurs étant qualifiés de délits ou crimes selon leur gravité, le champ des « abus spirituels », abus de conscience, d’autorité n’existant au contraire pas dans le code pénal sinon comme abus de faiblesse beaucoup plus difficiles à prouver. A cet égard, de nombreuses procédures initiées pour abus de faiblesse ont été perdues devant un tribunal.
2 ) et du contexte historique. Depuis les procès Barbarin et la « parole libérée « , l’opinion, le parlement ont, comme déjà dit, pris conscience de l’ampleur du problème des agressions sexuelles sur mineurs en Eglise.
3 ) Sr Veronique Margron, ( dont on ne peut mettre en cause la probité et le très grand courage) et d’autres dans l’Eglise ( pas tous bien sur ; d’autres freinent des quatre fers ) sont bien conscients aussi du problème des « abus spirituels « . A preuve les enquêtes canoniques et apostoliques qui se multiplient. Meme si elle n’aboutissent qu’à des replâtrages, elles sont bien le signal qu’il y existe dysfonctionnements et dérives sectaires pour qui sait lire au delà des déclarations officielles.
D’ailleurs, si Bethleem n’a pas connu d’abus sexuels apparemment, il n’en est pas de même de beaucoup d’autres communautés ( voir communauté St Jean, Béatitudes ; communautés mixtes ) etc..). Et les révélations ne sont pas finies.
A ce propos, des opposants au rapport Sauvé commencent une contre offensive radicale ( cf le rapport extrêmement critique du rapport Sauve par 8 membres éminents de l’Academie catholique refusant, entre autres, le principe de toute indemnisation aux victimes )
Donc V. Margron, A Garapon et d’autres qui luttent pour les victimes depuis des annees etc…ne sont vraiment pas à critiquer en l’occurrence.
4 ) On peut espérer à l’avenir que le sujet des « abus spirituels « sera sérieusement abordé. Ce qui nécessitera bien d’autres combats et prises de conscience.
B ) La CIASE mettant au centre de son travail, le témoignage des victimes, s’est aperçue, comme deja dit, que nombre d’agressions sexuelles avaient eu lieu sur de jeunes majeurs ( cas indeniable de la communauté St Jean, des Béatitudes, mineurs et majeurs etc.. ) ou sur des religieuses mises auparavant sous emprise spirituelle.
C’est ce qu’il faut entendre, encore une fois, par « personnes rendues vulnérables « selon l’expression de Marie- Jo Thiel ( médecin, théologienne et auteur d’un livre sur les agressions sexuelles dans l’Eglise )
C’est l’emprise spirituelle et la dérive sectaire qui rendent vulnérables des personnes qui ne l’étaient pas auparavant. Ou on comprend que ce phénomène puisse exister ( et certains livres de témoignages et sur ce blog aussi le démontrent pourtant bien), pas dans toute communauté nécessairement bien sur, ou on ne l’accepte pas.
La CIASE, quant à elle, a pris au sérieux ces témoignages et consacré une partie de son rapport à ces faits.
C) Les deux commissions d’indemnisation, une pour la CEF, une pour la CORREF sont en cours de formation. D’où deux adresses mail ?