En réponse au message :
Souvenirs des F.M.J de Blois - 1989/1995
Je partage votre avis, Anne. Dans tout groupe humain dérivant, il y a aussi des bons moments qui seront vécus. S’il faut en faire état aussi, parce que tout n’est pas tout blanc ou tout noir dans ces communautés, lorsque le groupe a basculé dans des comportements abusifs et criminels, les témoignages positifs peuvent freiner des prises de conscience chez des personnes abusées et victimes n’osant pas reconnaître la situation abusive et criminelle vécue, se raccrochant aux bonnes choses mais refusant d’aller voir les mauvaises parce que ça fait trop mal.
Ce qui me surprend toujours, c’est le cyclique des messages positifs sur certaines communautés dérivantes et sectaires, généralement à des moments cruciaux pour ces communautés (nouveaux scandales et crimes révélés, procès, ou actualité politique, religieuse). Si certains messages sont tout à fait authentiques, d’autres sont le fait d’une stratégie orchestrée par des membres actifs de ces communautés, invités (pour leur salut et leur progression hiérarchique parfois au sein de la communauté) par des cadres dirigeants à se rendre sur certains sites rassemblant des victimes pour mettre en doute les témoignages négatifs, culpabiliser les victimes, valoriser l’expérience communautaire de façon lyrique ainsi que leurs dirigeants (même si sous le coup de procès, en prison ou destitués de par des comportements déviants, criminels). C’est observable sur toutes les communautés dérivantes sectaires cathos.
Pour faire la part des choses, il suffit d’aller taper dans un moteur de recherche le nom de la communauté sur le chapitre actualités. Si des affaires criminelles, un procès en cours ou une actualité politique, sociale, financière les concerne et se trouve médiatisée en presse, tv et sites internet dans les semaines précédentes, vous pouvez être sûre que le témoignage positif est téléguidé et stratégique. Ce qui permet de prendre du recul rapidement vis à vis tant du propos que de la façon positive dont est présentée la communauté pourtant clairement mise en cause au plan judiciaire. J’essaie régulièrement de pratiquer cette recherche, ce qui m’aide à comprendre les motivations réelles de certains de ces messages, au-delà des raisons et expériences personnelles mises en avant dans ce type de témoignages.
C’est une grille d’analyse supplémentaire qui permet de comprendre d’où parle l’auteur-e du message par delà ce qui est exprimé. Lorsqu’il n’y a pas d’actualité médiatique concernant ces communautés, mais des messages positifs, il est plus probable que ce témoignage est authentique et non guidé par des intérêts privés autres. Mais seulement par l’expérience personnelle. Ce qui est un phénomène de plus en plus rare dans la mesure où : une fois la communauté dénoncée publiquement et judiciairement et médiatiquement (il faut les trois domaines activés pour établir l’information comme étant fiable et non une rumeur), les personnes y compris ayant fait des expériences positives à l’intérieur, se manifestent rarement pour les raconter : principalement par peur de cautionner l’inacceptable ou des dirigeants reconnus comme criminels par la justice pénale.
Quand elles le font, c’est qu’elles ont des intérêts particuliers à défendre pour ces communautés (certains dirigeants) ou une dette liée à une aide fournie par ces communautés à un moment de leur parcours. Ce qui suppose aussi un certain déni des réalités pénales et judiciaires et de la souffrance des victimes. Ceci étant dit, la prise de conscience de tous ces paramètres n’est jamais la même d’un individu à l’autre, victime ou non. Il y a des stades de compréhension, d’acceptation des réalités les plus dérangeantes et criminelles. Au delà des seules communautés dérivantes sectaires. Donc rester serein et penser qu’arrivera bien un jour où, le déni ne sera plus possible, même s’il est encore manifeste chez certains intervenants. Chacun a son heure de maturation et d’acceptation sur ces affaires sensibles.