Rappel des faits. Dans le récit de son parcours douloureux Quand l’Eglise détruit (Editions L’Harmattan), Anne Mardon met notamment en cause la figure du fondateur des Fraternités monastiques de Jérusalem (FMJ), le frère Pierre-Marie Delfieux.
Les FMJ créent en interne en décembre 2019 une cellule d’écoute qui suscite peu d’écho.
La Vie, sous la plume de Sophie Lebrun, publie en décembre 2020 une enquête circonstanciée corroborant l’existence de sérieuses dérives au sein des FMJ, dans ses deux branches, masculine et féminine.
A la demande des FMJ, l’archevêché de Paris met en place une nouvelle cellule d’écoute, mais indépendante cette fois, formée de personnalités extérieures sur le modèle de la CIASE.
Parallèlement, à la demande de l’archevêché de Paris, l’organe chargé à Rome de veiller au fonctionnement des communautés religieuses, (la Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique, CIVCSVA), ordonne un audit sous la forme d’une « visite apostolique ».
Le 15 décembre 2021, les FMJ rendent public le bilan de la Cellule d’écoute indépendante en l’accompagnant d’un communiqué :
De leur côté, les visiteurs apostoliques achèvent leur enquête et envoient leur rapport à Rome à la Congrégation pour la vie religieuse (CIVCSVA).
Le 31 décembre, le prieur de la branche masculine et les membres de son conseil adressent une lettre ouverte à ceux des frères qui ont quitté les FMJ.
Entretemps, Anne Mardon a publié un deuxième livre Silences dans l’Eglise, par action et par omission (Editions L’Harmattan, avec une préface du sociologue Jean-Louis Schlegel) et a témoigné devant la Commission Sauvé.
Depuis, deux autres anciennes des Fraternités de Jérusalem, ont à leur tour publié un livre.
Une Italienne, Erika Martino L’ Amore è più forte della morte : La mia storia di vocazione (également en traduction française sous le titre L’amour est plus fort que la mort : histoire de ma vocation.)
Une Française, Anne-Charlotte de Maistre, Liturgies sous Prozac, aux éditions Salvator.
Tous ces textes parlent d’eux-mêmes. Ils montrent que la mise en cause du frère Pierre-Marie Delfieux, fondateur des FMJ était, hélas, pleinement justifiée.
Cela sera difficile à admettre par des personnes qui s’étaient très attachées aux FMJ, voire à leur fondateur : on ne connaît pas de l’extérieur la réalité de la vie d’une communauté religieuse. Du livre d’A.-M. de Maistre ressort que même la liturgie, emblème de Saint-Gervais, participe de la dérive des FMJ.
La leçon à tirer, c’est qu’une communauté religieuse ne peut se réformer sans un regard indépendant, sans une aide extérieure, de même que l’Eglise tout entière à la faveur des travaux de la Commission Sauvé. Saluons les membres des FMJ qui ont le courage de le reconnaître.
C’est tout un processus qui commence. Bien des points sont encore à éclaircir, notamment le cas des Petites Laures (auxquelles appartenait précisément Anne Mardon), pure invention de Pierre-Marie Delfieux transposant de manière totalement artificielle une institution attestée dans la tradition orthodoxe dans un tout autre contexte. Il s’agit de quelques femmes participant activement aux offices à Saint-Gervais tout en vivant en ermites à proximité. A l’époque, la plupart n’avaient aucun statut canonique déterminé et ne relevaient en fait que de Pierre-Marie Delfieux.
Finalement, la Congrégation à la vie religieuse (CIVCSVA), tirant les conséquences de l’audit qu’elle avait ordonnée, nomme les deux enquêteurs en qualité d’assistants apostoliques des Fraternités monastiques de Jérusalem avec la charge de les aider dans un processus de discernement et de réforme. Cette nouvelle est publiée sur le site des FMJ le 5 mai 2022.
A partir du 1er octobre 2020, KTO a progressivement cessé de retransmettre les offices des heures de Saint-Gervais. Les FMJ les ont alors diffusés par leurs propres moyens sur Youtube.
Le 1er mai 2022, elles ont dû y renoncer.
Note de synthèse rédigée par Yves Hamant le 7 mai 2022.