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Entretien avec Pierre Vignon : « Marthe Robin : une fausse mystique ? »
C’est précisément là où vous vous trompez, Damien. Car la majeure partie des dérives sectaires et des gourous sectaires du catholicisme romain ont au contraire une formation religieuse et intellectuelle très importante et plutôt stricte, rigide en terme de catholicisme. Pour la plupart, ces gourous viennent de familles pas du tout progressistes mais au contraire de familles contre-révolutionnaires, ou à minima de familles avec un catholicisme traditionnel très strict. Certains ont une formation en théologie, sont prêtres, à minima diacres. Et ils vont s’aventurer dans la création de communautés sectaires dans le but de participer à l’élaboration d’une théocratie. Et de maintenir la jeunesse catholique bourgeoise (car c’est la cible principale) dans un catholicisme réactionnaire même si dans le Renouveau Charismatique, on peut observer une vitrine qui pourrait faire penser à première vue à des communautés hippies. En réalité, derrière cette apparence cool, il y a des pratiques très réactionnaires, pas du tout progressistes mais violemment sectaires et abusives et criminelles.
Reprenez le contexte familial et social et religieux de tous les fondateurs de ces communautés, vous allez être grandement surpris de voir des gens biberonnés à un catholicisme rigide très éloigné du progressisme qui vous fait si peur. Et pourtant, se sont des gourous qui vont profondément dériver et violenter et abuser des milliers de croyants.
Le catholicisme le plus tradi (qui semble être pour vous la panacée) ne prémunit donc aucunement contre les dérives sectaires ni les comportements criminels.
D’ailleurs, si l’on sort du catholicisme romain, et que l’on se penche sur l’ensemble des religions, qu’on aille regarder du côté du protestantisme, de l’hindouisme, du judaïsme, de l’islam, de l’orthodoxie catholique et des sectes qui s’en réclament : ce qui leur est commun au plan des dérives sectaires, est justement une vision religieuse déjà très stricte, très rigide. Et qui va les entraîner à développer des formes encore plus violentes et rigides sous prétexte d’amener leur société dans une théocratie, un régime totalitaire, qui pour eux, est la seule voie de rédemption et d’existence.
Le côté millénariste, le fantasme de l’élite spirituelle guidant le reste du monde éventuellement par le biais d’une formation militaire ou milicienne armée, sont des éléments très présents dans les constructions sectaires. Ainsi que le dolorisme, le côté sacrificiel jusqu’à la négation de soi (sauf évidemment pour l’aristocratie de ces sectes) et parfois jusqu’au suicide. Eléments quasi dogmatiques que l’on va trouver non pas dans une pratique religieuse ouverte et progressiste, mais au contraire déjà et avant tout, dans une pratique religieuse traditionnaliste. Il faut déjà de la radicalité et de la fermeture religieuse et sociale et familiale pour aller encore plus loin dans la radicalité et le sectarisme. C’est le pas suivant.
Ce qu’avaient bien compris tant les mouvances contre-révolutionnaires cathos du début du 20e siècle, que les partisans de la Cité Catholique dans les années 50-60, ceux liés à Mgr Lefebvre ; comme l’ont bien compris aujourd’hui ceux qui sont à Civitas et autres groupes du même style. Dont certains fréquentent d’ailleurs assidument les Légionnaires du Christ, l’Opus Dei, l’Emmanuel, la FSSPX etc, etc. Se ne sont pas du tout des personnes progressistes. Du tout. Se sont déjà des partisans d’un catholicisme radical et ultra strict.
Parce que ça représente pour eux, la réalisation sociale, politique et religieuse idéale. Et qui correspond aussi fortement à un catholicisme rigide dans lequel ils ont baigné toute leur enfance et qu’ils souhaitent dominant. Et ces personnes aspirent à ce que ce type d’expression radicale soit l’unique approche religieuse ET politique (l’union des deux est primordiale pour ces personnes) pour aujourd’hui et demain. Ils se définissent comme une élite spirituelle qui va amener le retour du Christ sur terre et qu’eux seuls vont, tels les chevaliers de l’Apocalypse, convertir tout le monde à leurs idéologies ou les passer au fil de l’épée et de l’extermination. Ca c’est typique et c’est LE grand fantasme de toutes ces sectes, peu importe la religion dont elles se réclament.
Sans parler d’une dimension clanique, qui existe fortement et qui piège nombre de personnes en souffrance identitaire, en souffrance familiale aussi.