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Entretien avec Pierre Vignon : « Marthe Robin : une fausse mystique ? »
Une autre histoire… Une bouche à nourrir. Une sixième grossesse non désirée. Une cinquième fille alors que le père n’a qu’un « héritier ».C’est comme ça qu’on appelle les fils nouveaux nés dans la Galaure. L’une des filles meurt à l’âge de 5 ans .Le bébé survit. Le père s’attendrit. La mère la surprotège. Et l’enfant protège sa mère, hésite à la quitter pour aller à l’école. Sa naissance a fracturé le couple parental et elle le sent. Elle surcompense son vague sentiment de culpabilité par la dévotion à Marie à un point qui agace ses soeurs. Elle est maladive. Son corps dit sa difficulté à vivre dans ce sentiment indéfini d’illégitimité à être au monde. Elle est une bouche surnuméraire à nourrir. Elle le sent. Elle le devine. Alors elle mange peu. Elle fait du charme à son père va le chercher aux champs. « Il est bon mon papa » essaie-t-elle de se persuader. Un jour son corps cède. Elle tombe. Comme la fille de Jaire. Elle dort. Dans son sommeil elle rêve. C’est peut-être un songe comme dans la Bible. Dieu vient à son secours. Il lui dit qu’elle est son enfant bien-aimée et qu’elle a du prix à ses yeux. La belle au bois dormant se réveille sous ce baiser d’amour. Mais elle revient dans une réalité toujours aussi dure. Son être se rétracte, s’anéantit , son corps se recroqueville en position foetale. Comment a-t-elle su la rumeur que le voisin jaloux a fait courir sur sa naissance adultérine. Nul ne le sait. Mais elle le sait et en parle à une amie. Elle ne peut plus être une bouche à nourrir pour son père. Elle ne peut plus manger en sa présence. Elle se nourrit des restes en son absence. L’Église s’approche de sa détresse. Son curé vient la voir lui envoie des visiteuses. Des moines capucins lui donnent une raison de vivre : imiter François d’Assise. Épouser dame pauvreté. Être crucifié par amour. Elle se réjouit de cette nouvelle légitimité. Il lui reste à l’acquérir. Elle lit les vies des mystique et les fait siennes. Elle apprend le rôle que l’Église lui a dévolu. Elle a travaillé pour vivre du métier de brodeuse. Après avoir offert ses bras en sacrifices ils se sont paralysés. Alors désormais elle vivra d’aumône . Elle attire les regards. Un homme la reconnaît. Avec lui elle fondera l’œuvre qu’elle a conçue dans sa rêverie mystique. Amour sublimé ,maternité sublimée en maternité spirituelle, rayonnement d’un bonheur. Tout est bien. Mais rendons à la névrose ce qui est à la névrose.