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Entretien avec Pierre Vignon : « Marthe Robin : une fausse mystique ? »

Le lundi 3 mai 2021

De rien, Claudine

Ce que vous dites est intéressant quant au titre de propriété sur la ferme. En réalité, c’est le foyer qui a possédé la terre et la ferme. Donc Henri se retrouve domestique non pas de sa soeur mais des Foyers. Vous vous rendez compte ? C’est lui le fils héritier et il se trouve dépossédé au profit d’une équipe de margoulins qui se servent de sa soeur handicapée et ses visions pour faire une OPA sur les terres et la ferme familiale ? Ca c’est quand même énoooooorme. Est-ce que vraiment Marthe disposait du titre de la propriété ? Il paraîtrait plus probable que c’était l’équipe qui la manageait. Ca met donc la famille complète sous emprise sous couvert de faire croire à Marthe qu’elle dirige. Alors qu’en réalité, la réelle direction et les proprios étaient ses directeurs spirituels avec qui elle a fondé les Foyers de Charité.

Est-ce que Marthe pouvait avoir des revendications féministes ? J’en doute un peu. Si elle en avait eu, elle n’aurait pas accepté une telle soumission et une telle mise en scène morbide de sa maladie et de sa personne. Parce que le féminisme part d’abord d’une base de respect de soi et de dignité. Et c’est pas avec la maladie qu’elle avait ni les lectures ni la bigoterie qu’elle pouvait sortir d’une vision féminine très soumise.

Par contre, de façon inconsciente, oui un peu, très certainement.

C’est une génération de femmes qui, quand elles étaient enfermées dans un rôle subalterne et spoliées plus ou moins d’un accès à l’héritage, cherchaient une compensation pour récupérer un peu de pouvoir et de contrôle sur leur environnement proche. Soit au sein de leur famille, soit à l’extérieur. Ca pouvait être par un petit travail d’usine à la maison pour gagner son propre argent (dans la mesure où père, mari l’autorisaient à le faire), ça pouvait être dans des activités associatives, d’investissement en paroisse (catéchèse, apostolats divers), ça pouvait être dans des pratiques ésotériques (guérisseuses, jeteuses de sorts), ça pouvait être en étant sage-femme et aussi faiseuse d’anges, souvent en cumulant toutes ces activités (on voit beaucoup ça en milieu rural).

Maintenant, c’était seulement quand ces femmes avaient une santé et une mobilité, du temps et des compétences pour le faire. Sinon, elles se contentaient de se soumettre à la domination masculine sans broncher, de façon sacrificielle, en espérant un retour d’avantages qui la plupart du temps n’arrivaient jamais.

Mais dans le cas de Marthe bien malade, ça paraît peu probable… Que ses marionnettistes lui aient fait croire que c’était elle la patronne, certainement. Mais en réalité les vrais patrons, c’était eux. Et elle aussi était à leurs bottes.

Question : est-ce que les terres, la ferme, présentaient des avantages ou se trouvaient sur un territoire qui était convoité par certains propriétaires terriens ou clergés ? Parce que ça serait intéressant de le savoir. Tout à une importance et une raison d’être.

Concernant les articles sur l’encéphalité léthargique, on voit qu’il n’y a pas un profil identique mais plein de variantes et de pathologies différentes suivant les individus. Et on voit aussi qu’au travers de certains stimuli mais aussi de la L Dopa dans les années 60, certains malades retrouvaient brutalement une mobilité, des gestes, une autonomie que quelques minutes avant ils n’avaient pas. C’était vraiment une maladie très curieuse, très étrange et très violente, aussi bien pour les malades que l’entourage. Ce qui est choquant par rapport à Marthe, c’est qu’elle n’est pas soignée. Parce que les manifestations si ingérables soient-elles au quotidien, avec tout un lot de variations, sont utiles, servent à installer différentes justifications spirituelles, religieuses, politiques, etc, etc. C’est quand même effroyable de voir un tel défaut de soins. On est sur une mise sous tutelle non officielle et une rentabilité de la personne malade, de sa maladie au maximum. Et bien sûr, personne n’a rien dit.

Ce que vous dites concernant le changement de comportement et d’attitude de Marthe sans Finet et avec Finet, montre bien qu’elle joue un rôle avec Finet et qu’elle cesse de jouer quand elle est hors de sa présence. Elle avait sans doute suffisamment d’intuition qu’elle agissait pour sa survie pour ne rien laisser paraître devant Finet. Mais peut-être le jeu de rôle était-il avec l’âge et la dégradation de la maladie, de plus en plus difficile à jouer.

En tout cas, tout ça fait très mal au cœur, Claudine. Mais merci d’apporter votre éclairage à ce très triste dossier. Car il faut que lumière soit faite.

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