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Entretien avec Pierre Vignon : « Marthe Robin : une fausse mystique ? »

Le samedi 1er mai 2021

Oui, Anne. Mais ces communautés sont à la base, si on va regarder le profil de leurs fondateurs, des organes issus de familles contre-révolutionnaires. Donc opposées à Vatican 2, et voulant une restauration absolutiste comme avant Vatican 2. C’est pourquoi on retrouve ces pratiques de mortification, d’auto-culpabilisation, de dénigrement de soi, d’aliénation. Tout ça va ensemble. C’est très logique au contraire.

Mais ce qui est très particulier, est que ces communautés sont là pour majoritairement un certain type de clientèle : à savoir les classes moyennes et la bourgeoisie catho. Pour la formater selon un certain type de comportement.

Le Vatican qui soutient ce type d’entreprise dérivante sectaire, n’a pas visé cette population par hasard. Mais parce que le catholicisme y est présent avec de l’argent (nécessaire à la survie de l’institution), avec une certaine reproduction dynastique et que c’est sans doute aussi le seul groupe social qui peut influer sur un changement sociétal.

Donc pour que ce courant ne change pas ses orientations, il était nécessaire de créer des communautés qui soient dans le conditionnement ancien et qui remplacent les couvents prisons, les colonies pénitentiaires d’autrefois destinés aux classes populaires (pour les mater et les maintenir sous influence et sous terreur aussi), pour y mater cette fois la bourgeoisie et les classes moyennes. Mais sans que celles-ci s’en doutent vraiment.

Ce qui va encore plus déstabiliser les victimes d’ailleurs, qui n’auraient jamais pensé que le Vatican, des communautés religieuses pouvaient agir de cette façon à leur égard. Envers les pauvres oui, mais envers eux, c’était même pas imaginable ! Et pourtant si ! Ca l’est parce que l’institution veut capter l’argent, l’énergie chez des jeunes qui sont encore suffisamment dans le moule de la foi cléricale, avant qu’ils ne puissent en sortir. C’est un peu comme le bétail que l’on marque au fer rouge, si l’on y réfléchit. Par les différentes maltraitances et abus, il y a quelque chose de cet ordre-là.

Et c’est d’autant plus impérieux que l’institution se meure en réalité. Il y a dans ces opérations communautaires, une espèce de cri d’agonie.

C’est quand la bête est blessée qu’elle devient la plus méchante, disent les chasseurs et ils ont raison. Il en va de même quand les institutions s’effondrent.

L’institution romaine n’a pas attendu ces communautés dérivantes sectaires pour s’effondrer. Elle avait déjà perdu pas mal de prêtres fin des années 60, début des années 70. Elle a perdu progressivement une masse considérable de pratiquants, à mesure que la laïcité s’est développée et que les religieux ont dû se replier dans des activités uniquement religieuses. Toutes les horreurs du passé sont remontées aussi. Et dans les familles qui avaient déjà subi couvents prisons, colonies pénitentiaires, plus question de se faire enfermer par la religion. Ni de conditionner ses enfants dans ce moule. Donc qui restait-il pour pratiquer ? Les classes moyennes et la bourgeoisie. Mais elles risquaient d’être rapidement gagnées elles aussi par ce vent de liberté et de laïcité. Alors il fallait les conditionner. Rapidement et complètement. Pour qu’elles ne soient pas tentées de s’échapper.

L’Eglise a produit déjà par le passé ce type d’organisation. Pour modeler la jeunesse selon des critères moraux et comportementaux particuliers. Nous avons eu les enfants de Marie, la Légion de Marie, différents groupes scouts, des sortes de milices aussi pour garçons. Mais aussi des pélés jeunes très particuliers.

Les communautés dérivantes sectaires en sont le prolongement moderne, quand ces groupes sont tombés en désuétude.

Bien sûr que derrière, il y a des intérêts financiers mais aussi politiques. Car il y a une répartition des jeunes formatés dans ensuite toute une gamme de centres religieux amis, sponsors, etc.

Le côté janséniste a récupéré des éléments déjà présents au Moyen-Age. Et qui vont avec l’implantation par la force du catholicisme dans bien des provinces. Par les chasses aux sorcières, par les conversions forcées, les guerres de religion aussi, l’Inquisition également. Ces pratiques ont une histoire qui va avec les moines soldats, avec différents massacres pour l’exemple, avec les « sauts de la pucelle » aussi. Et avec la mise en esclavage et en discrimination d’une partie de la population : les cagots. Qu’on va retrouver dans les constructions de la plupart des églises et cathédrales mais qui seront traités d’une façon ultra violente et abusive aussi bien par la population civile que religieuse. Et ce depuis le Moyen-Age et durant de nombreux siècles. Ces cagots ont des noms différents suivant les régions françaises. Mais on les retrouve présents un peu partout sur le territoire. Dans la région où je vis on en parle encore beaucoup. Mais dans la plupart des autres régions, on en parle plus du tout. C’est passé à la trappe. Par contre, si vous allez regarder de près la façon dont certaines églises sont construites, vous reconnaîtrez la patte des cagots et leur présence : une porte très étroite généralement placée au nord-est, des bénitiers à part dans certaines parties de l’église, des gargouilles particulières, des pattes de canard dans certaines ornementations, des charpentes à façon.

https://www.ladepeche.fr/article/2012/09/16/1441116-ces-braves-cagots-ont-ete-maudits-pendant-800-ans.html

http://memoiredelivrade.canalblog.com/archives/2020/05/28/38327733.html

https://dis-leur.fr/chronique-lincroyable-histoire-des-cagots-intouchables-des-pyrenees/

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