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Entretien avec Pierre Vignon : « Marthe Robin : une fausse mystique ? »
Après avoir lu diverses réactions aux derniers livres publiés au sujet de Marthe Robin je ne parviens pas à dissiper un malaise qui me tient depuis 1960. 1960 c’est la date de mon admission à l’école des filles fondée par Marthe Robin. Ce malaise c’est que je n’arrive pas à reconnaître Jésus de Nazareth dans ce que le Père Finet nous a dit de Marthe. 1) Jésus a jeuné 40 jours, certes, au début de sa vie publique. Ensuite on parle de lui au repas de Cana, aux repas chez Lazare, chez Simon etc…On l’a même traité de glouton ! Le cœur de l’Évangile c’est la Cène. Marthe a jeuné 50 ans. On aurait vraiment besoin qu’on nous prouve la raison médicale de ce jeûne. Il n’y a pas de justification évangélique. Et si miracle il y avait cela aurait du être la guérison de Marthe. Si en prétendant cela le Père Finet voulait nous prouver que Jésus « est vraiment une nourriture et vraiment une boisson » je m’ecrierais comme je l’ai fait en classe de seconde « mais c’est du cannibalisme ! » Si la maladie empêchait Marthe de déglutir,Marthe serait morte. Si elle n’est pas morte c’est qu’elle mangeait. Et comme on ne voulait pas que ça se sache Marthe ne vivait pas dans la Communauté qu’elle a fondée. C’est le Père Finet en personne qui s’occupait d’elle, y compris à l’heure de la toilette, du passage du « bassin », du change des draps. C’est écrit en toutes lettres dans le dernier livre de Peyrous qui rapporte le témoignage de ses deux aides. Marthe vivait de l’eucharistie mais depuis 1929 n’a participé à aucune messe. Même après le Concile où on aurait pu la célébrer dans sa chambre. Pourquoi ? Parce que Marthe était considérée comme l’hostie. « Si le mâle est prêtre, il n’est pas interdit à la femme d’être victime » Ce passage de l’Annonce faite à Marie de Paul Claudel était repris comme un leitmotiv par le Père Finet qui a fait jouer la pièce aux terminales dans les années 60.Marthe était sa Violaine. ( Le P.Finet montait des pièces de théâtre avec les terminales. Il était metteur en scène et maquilleur). 2)Jésus est venu pour rendre témoignage à la Vérité. Cette vérité n’a pas été reçue. On l’a tué. Ce sont les hommes qui l’ont tué. Ce sont les soldats romains qui l’ont crucifié. D’après le récit de la stigmatisation de Marthe que le Père Finet nous a fait c’est Jésus qui la crucifie. La psychanalyste Bernadette Lescoffit-Lorenzo y voit une relation sadomasochiste de Marthe avec Jésus. 3) Après la Résurrection il y a eu Pentecôte. À la sauce d’aujourd’hui cette idée de nouvelle Pentecôte est acceptable. Je me souviens très bien de l’hymne des Foyers de Charité, écrit par Mr Peyrard, qui sous-entendait que Marthe était le nouveau Messie dont le sacrifice appelait une nouvelle Pentecôte. Le texte fondateur la désigne en clair comme co-redemptrice. Qu’est-ce que c’est que cette théologie ? Sincèrement ça fait au minimum delirium onirique, au pire délire paranoïaque. Pour finir, en écrivant cela, qui n’est que la vérité, je tremble encore des foudres divines dont le Père Finet nous menaçait si nous osions contester Marthe. J’appelle ça du terrorisme. Je ne reconnais Jésus de Nazareth ni dans ce que le Père Finet disait de Marthe, ni dans ce que Marthe a écrit. Pour ce qui est du diagnostic de sa maladie, comme dit Philippe de Labriolle, l’examen fait en 1942 est ni fait ni à faire puisqu’il qu’il n’y a même pas eu recherche du signe de Babinsky qui aurait signé un substrat neurologique. Pour les professionnels l’encéphalite léthargique est à peu près du même tonneau que toutes ces maladies sans substrat organique que sont la spasmophilie, la fibromyalgie etc… Peut-être qu’un bon discernement à partir de l’évangile résoudrait controverse scolastique/sciences humaines !