En réponse au message :
Entretien avec Pierre Vignon : « Marthe Robin : une fausse mystique ? »
Bonjour Jean-Pierre
Le système comme vous dites, est surtout un formidable moyen de gagner de l’argent et de nouveaux adeptes, tout en dynamisant l’économie de certains territoires et préservant parfois certains ordres religieux par la sanctification de leur fondateur, de poursuites judiciaires, de sanctions pénales, d’enquêtes aussi.
La motivation de JP2 d’industrialiser la fabrique des saints et bienheureux, n’est pas de célébrer les perfections de celui-ci ou celle-là (seul Dieu en vérité peut décider de cela), mais d’activer comme par le passé pour le commerce des reliques et des cultes à mystères, un système commercial à rentabilité immédiate et multiple durable.
1.Parce que les lobbies cléricaux ont chacun leur liste de candidats et donc peuvent progresser et voir leur pouvoir de représentation, comme leurs intérêts au sein de l’institution s’agrandir au gré de diverses nominations. Certains postes, certaines fonctions, certains prêts deviennent plus accessibles si le groupe a fait passer un de ses poulains comme saint, bienheureux. Ces sanctifications apportent aussi certaines nominations de clercs qui ne l’auraient pas été autrement, des avantages en nature, etc, etc.
2. Parce que ça permet dans une certaine mesure de faire le lien avec différents projets et acteurs politiques et économiques et en tirer des profits substantiels, des appuis, un carnet d’adresses intéressant.
3. Mais aussi avec tout le merchandising et le marketing, de tirer des profits financiers directs ainsi que d’exercer une certaine emprise économique et religieuse et politique territoriale.
4. Enfin, le candidat doit servir des dogmes ou des idéologies chers à ses promoteurs et dans une certaine mesure à l’institution. Si c’est le cas, le candidat participe à asseoir et justifier l’autorité cléricale autant que la mythologie. Bénéfice non négligeable, surtout en période de crise.
Une fois que le ou la future saint(e) est suffisamment médiatisé(e) et rapporte de l’argent (par œuvres charitables, livres, objets de piété), elle devient un objet rentable. A partir de là, son dossier pour la cause des saints peut être constitué et avancer plus vite, peu importent les doutes, le côté fumeux mystique, etc, etc. La réalité n’a pas grande importance du moment que le culte s’avère rentable et le profil bien présenté socialement. C’est vérifiable pour tout un lot de saints et saintes.
Le Renouveau Charismatique l’a bien compris et c’est bien pour ça qu’il s’efforce de récupérer et de valoriser autant qu’il le peut différents cultes et saints, bienheureux ; ce n’est pas juste pour raviver une tradition ancienne et faire de jolis exemples, c’est surtout pour l’argent et l’emprise économique, politique et institutionnelle que cette valorisation permet. On observe une espèce de baronnie à chaque fois. C’est très intéressant sociologiquement à observer. Et si l’on fait l’historique du territoire, on se rend compte que le même type d’emprise existait à différentes époques. Cycliquement, on a donc une répétition de ce type d’emprise politico-religieuse (et généralement par le même type de groupe appartenant aux mêmes classes sociales et aux mêmes intérêts que par le passé). Ce qui tendrait à prouver que finalement certains territoires n’évoluent pas énormément malgré la modernité. Et que les logiques profondes de fonctionnement restent les mêmes et de type dynastique.
Les critères et les choix de certaines personnes ont un but très très précis, très codifié au plan du symbole où du clan politico-religieux que cette personne béatifiée, sanctifiée va valoriser.
Et puis il faut quand même se rendre compte que ceux et celles qui ont le plus intérêt à valoriser ce type d’entreprise sont des groupes ultra réactionnaires et fondamentalistes.
Les plus tradis vont valoriser des personnalités autour du dolorisme et d’une mystique douloureuse outrancière. Parce que ça fait partie de leurs croyances et de leur approche religieuse : le salut par la douleur extrême et le martyr au besoin. Les plus illuminés vont valoriser des personnalités sensationnalistes et charismatiques.
Marthe Robin cumule les deux aspects. Cela veut dire double profit en perspective. Une telle aubaine n’est surtout pas à dédaigner. D’autant moins que ça permet de promotionner deux groupes dérivants sectaires en pôle position et qui rapportent beaucoup d’argent à l’institution. Pour ça que le Vatican s’est assis sur la démonstration de supercherie. Car la perspective d’intéressement, de profit est supérieure à la réalité.
Et ça ne date pas d’hier. Le commerce des reliques et des suaires et des objets miraculeux était basé sur la même optique de rentabilité. Et ce type de fonctionnement qui participe aussi à entretenir la mythologie et les dogmes, vous pouvez l’observer dans toutes les institutions civiles et religieuses.