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Entretien avec Pierre Vignon : « Marthe Robin : une fausse mystique ? »

Le jeudi 1er avril 2021

Dieu n’est pour rien dans la souffrance humaine, Damien. Et Il ne se délecte pas de notre souffrance physique, psychique et autre quand l’insupportable est quotidien et sans issue. Forcer quelqu’un à agoniser perpétuellement pendant des années, faire de l’acharnement thérapeutique sur quelqu’un qui a clairement manifesté son opposition à être prolongé artificiellement, c’est un crime. C’est d’une violence sans nom.

Chacun de nous a une résistance plus ou moins grande face à la douleur, à la souffrance quelle qu’elle soit. Quand l’insupportable est permanent, je ne crois pas que Dieu s’offusque de ce que la personne souhaite en terminer là pour l’expérience terrestre. Il sait que la personne est allée au bout de ce qu’elle pouvait endurer. Dieu est Amour Infini donc accueillera sa décision avec affection, quelle que soit celle-ci. Dieu ne juge pas. Et Jésus nous a donné un message d’Amour pour que nous puissions parvenir à une certaine émancipation vis à vis de diktats, de violences, d’abus. Dépasser les conventions sociales, nous affirmer dans notre unicité et notre différence aussi. Pour pouvoir donner notre pleine mesure aussi bien à nous-mêmes qu’aux autres et à notre environnement. Donc d’une certaine façon, nous naissons à nous-même par un éveil de conscience, un éveil spirituel aussi. Qui prend son temps et qui est différent suivant les gens. Ce n’est pas parce que quelqu’un décide de lui-même de partir de l’autre côté, que son existence terrestre n’a pas eu de sens et d’utilité et qu’il n’a pas donné sa pleine mesure d’amour tant qu’il a pu le faire. Il en va de même pour chaque être vivant. Et ça ne veut pas dire que Jésus ne nous a pas sauvés. Bien au contraire. Il nous a donné les codes pour nous accomplir à nous-mêmes et avec les autres durant notre passage sur terre, d’évoluer, de grandir dans tous les sens du terme et de nous offrir les uns aux autres ce que nous avons compris du parcours terrestre. C’est un immense cadeau. Même les anges n’ont pas eu droit à ça.

Et Jésus, Dieu nous laisse toujours la liberté de choisir ce qui est bon pour nous. Pour que cela vienne de nous et pas que cela soit quelque chose d’imposé par la force. Sinon, où serait l’Amour ? Cette liberté de choix, d’accomplissement fait partie de l’Amour Inconditionnel divin. Même si c’est difficile à accepter. Souvent nous considérons Dieu avec nos repères, nos codes humains. Mais Jésus nous l’a bien dit que Dieu voit les choses et les êtres très différemment des humains.

Parfois Dieu intervient pour nous dire que nous pouvons encore vivre un peu sur cette terre. Mais Il ne le fait pas à chaque fois. Quand Il estime que la personne a suffisamment accompli la mission qu’elle devait accomplir, Il l’accueille et lui ouvre les bras. Peu importent les circonstances, le contexte.

Dieu nous aime à un niveau que l’humain ne peut pas dans sa matérialité, comprendre ni accueillir. Parfois, il lui faudra attendre la mort physique pour le découvrir cet Amour Inconditionnel et se rendre compte sans filtre, sans préjugés, qu’il lui a été accordé par Dieu. Mais c’est pas grave pour Dieu. L’essentiel est ce que chacun porte au fond de son cœur et ce qu’il donne au quotidien. C’est ça qui compte.

La vie humaine ne vaut que par l’amour reçu, compris, partagé et diffusé. C’est ce qui fonde notre raison d’être. Quand la douleur physique, psychique est telle que plus rien ne peut passer en terme d’amour, donc que l’âme comme le corps sont coupés de leur essence, Dieu comprend qu’il devienne préférable à certains de stopper le parcours. Et qui peut leur en vouloir ? Qui sommes-nous pour juger ? Que ferions-nous face à l’insupportable pour notre propre compte ? C’est souvent la question que je me pose… C’est toujours facile de juger selon les apparences quand tout va bien physiquement, au plan santé. Et souvent confrontés aux mêmes horreurs, nous réagissons parfois encore plus rapidement et plus violemment que ceux, celles que nous nous sommes permis de juger négativement. L’humain est complexe et contradictoire, toujours. Il lui faut passer par la découverte de lui-même pour mieux s’accepter dans ses ombres et ses lumières, régler ses conflits intérieurs, pour ensuite pouvoir accepter les autres et les aimer sans les enfermer dans un jugement définitif. C’est un long chemin et pas forcément seulement en terme d’années de vie. C’est surtout un processus sans fin de compréhension de la nature humaine mais aussi de la nature complètement différente de Dieu. Là où nous pouvons être semblables à Dieu, c’est dans l’amour. Mais cet amour a besoin d’un socle d’expression et de viabilité dans le temps. Si ce socle est complètement rongé, disloqué, anéanti au point où plus rien ne peut passer en terme d’amour, il est logique que la personne préfère partir. C’est légitime. Même si ça fait très mal quand il s’agit d’un proche, d’un ami, d’un parent.

Il y a un très bon livre de Noëlle Châtelet qui évoque tout cela de façon fine, sensible : « la dernière leçon ». Je vous le conseille vivement.

Je vous dis pas que ça changera votre avis sur la question (tout est juste de toute façon et c’est tellement personnel et intime qu’il n’y a pas selon moi de bonne ou de mauvaise approche, du moment qu’il y a amour et considération) mais c’est un éclairage pour vous expliquer un peu ce qui se passe dans ces situations.

Après, ça vous appartient et appartient à chacun.

Bonne journée !

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