En réponse au message :
Pourquoi l’Eglise a-t-elle tant de mal à communiquer ? Le cas de l’affaire Points-Cœur
Les seules informations dont je dispose sur les quatre commissions se trouvent au bas d’un des articles du dossier publié par La Croix (que j’ai plus ou moins copiées-collées) avec quelques indications sur leur composition :
C’est en lisant le rapport de l’Arche sorti un an plus tôt (jour pour jour avant le dossier de La Croix, coïncidence…) que je me suis intéressé à l’Eau vive et que je suis tombé sur le dictionnaire biographique des frères prêcheurs et la notice de Th. (et M.-D.) Philippe publiée le 25/03/2019 où on pouvait déjà lire en primeur : « Ses proches aussi sont sanctionnés. Jean Vanier et deux des femmes qui faisaient tourner L’Eau vive en sont exclus, et la maison disparaît. » On ne nous dit pas tout… Cette condamnation, pour Thomas Philippe, figurait aussi dans le rapport de Xavier Le Pichon sur la place du Père Thomas Philippe dans la fondation de l’Arche publié le 10 mai 2016 (et vraisemblablement aussi dans le mémoire d’Antoine Mourges de 2009 introuvable sur la toile). Bien des gens disposaient depuis des années des bons morceaux du puzzle que je m’applique pour ma part à reconstituer patiemment et souvent après coup.
Lecture fort intéressante que celle de Xavier Le Pichon. On y apprend que Thomas Philippe, nonobstant sa mariologie très personnelle, mûrie en secret après son "mariage mystique avec la Vierge, dans lequel il voit la transposition du mariage de Jésus avec sa mère" devant le tableau Mater admirabilis le 20 octobre 1938 "faisait partie des experts consultés par le pape au moment de la définition du dogme de l’Assomption et avait été parmi les rares théologiens français qui s’étaient déclarés très favorables à l’opportunité de cette proclamation.” Après la révélation de 1938 "il ne fait donc aucun doute que cet événement qui eut lieu le jour de la Toussaint 1950 était pour le Père Thomas un événement extraordinaire, un sommet dans sa vie de théologien marial." On se prend quand même à espérer que son expertise, encombrée des lubies qu’il mettait peut-être déjà en pratique à l’Eau vive (fermeture de la branche féminine début 1952), ait joué un rôle plus marginal que ne l’affirme X. Le Pichon, c’est peut-être un des enjeux qui a poussé à la création d’une commission théologique. Mais passons au "disciple" :
"Or il est remarquable que le Père Thomas demanda à Jean Vanier, qui venait tout juste de s’installer à l’Eau Vive, de l’accompagner à Rome et de lui servir de secrétaire pour la conférence qu’il devait faire au congrès de mariologie célébrant cet évènement." "Jean Vanier se rappelle la profonde impression que lui fit la conférence du Père Thomas qu’il avait dactylographiée : “L’article qu’il a fait sur l’Assomption de Marie, publié vers 1950, était extraordinaire. Je suis allé avec lui dans le train pour la proclamation du dogme de l’Assomption à Rome et j’ai tapé toute la conférence qu’il a faite "Marie, divin remède aux maux de notre temps.” Il ajoute : “Le 21 Octobre, c’est la fête de Mater Admirabilis. C’est une icône qui a été peinte à Trinita dei Monti chez les sœurs du Sacré Cœur [..] C’est un lieu très important pour le Père Thomas qui m’avait parlé des grandes grâces qu’il y avait reçues, je crois, en 1938." "Le Père Thomas, comme Jean Vanier, avaient en 1950 une spiritualité profondément mariale, ils furent tous deux profondément marqués par leur participation à cet événement de la proclamation du dogme de l’Assomption par Pie XII, mais de manière différente, le Père Thomas tourné vers les grâces de vie cachée liées à l’Immaculée Conception, Jean Vanier découvrant les grâces eschatologiques, toutes ouvertes sur le monde, liées à l’Assomption." "Il est significatif que Jean, par la suite, ait souvent parlé de sa “seconde conversion” et de sa démission de la marine comme ayant eu lieu “l’année de la proclamation du dogme de l’Assomption”. “Voilà pourquoi, ajoute-t-il, je me sens tellement un enfant de l’Assomption.” Cet événement joua donc également un rôle crucial dans l’évolution spirituelle de Jean Vanier."
La sienne seulement ? C’est oublier que ce jour du 1er novembre 1950, place Saint-Pierre, sont aussi présents sept pèlerins venus du Havre, le père dominicain accompagnateur Ceslas Minguet, et les parents de la petite dominicaine de la communauté des Tourelles passée de Montpellier à Soisy-sur-Seine, entrée seulement quatre ans plus tôt en religion, mais déjà promise à un brillant avenir, cousine sans doute très éloignée des Philippe (mais semble-t-il très proche d’eux géographiquement à l’époque), aux dires de la légende dorée servie à Bernard Peyrous pour la rédaction de son livre paru en 2005 (Des saints au XXe siècle : pourquoi ?) qui raconte l’événement fondateur en ces termes :
"Sept d’entre eux, sans se concerter, reçoivent dans leur cœur une compréhension profonde du sens de ce dogme et entendent un appel à réaliser « le projet de la Vierge », c’est-à-dire la création d’une communauté religieuse nouvelle répandue partout dans le monde pour honorer ce mystère : « Tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté de toutes les générations (doivent) se tenir eux aussi, avec Jésus, avec Marie, en la présence du Père, saints et immaculés dans l’Amour, sur la terre comme au ciel et pour l’éternité. » Sœur Marie entend à son tour cette demande de la Vierge et comprend que son cheminement l’a préparée à y répondre. Douze semaines plus tard seulement, début 1951, dans le village de Chamvres au diocèse de Sens, sœur Marie et une compagne commencent la nouvelle communauté qui sera reconnue rapidement comme pieuse union."
Dans cette communication surnaturelle des sept esprits penchés sur le berceau du futur "Bethléem", une même grâce de l’Assomption, un même appel que Jean Vanier pour la jeune religieuse qui vit en 1950 à proximité de l’Eau vive, une même mystique aussi probablement, qui prend des accents de fin du monde après "sa fermeture en 1956 et la dispersion de tous ceux qui s’étaient consacrés à cette œuvre" chez un Thomas Philippe qui écrit fin 62 : "pour les amis de l’Eau Vive, il y a eu d’abord la très grande joie de la définition du dogme de l’Assomption. Après la proclamation de ce dogme, le mystique ne peut plus rien attendre que le retour de Jésus."
En attendant la parousie et la fin du monde, un monde se termine en effet pour lui et sa petite abbaye de Thélème, mais un autre s’ouvre très vite à l’Arche pour son fils spirituel, pour son frère (sa sœur aura moins de chance) et pour cette autre "enfant de l’Assomption" qu’est Odile Dupont-Caillard sur laquelle la commission historique des Dominicains ferait bien de se pencher aussi, pour démêler la réalité de la légende et peut-être, qui sait, confondre le sort de sa communauté avec toutes celles fondées par les disciples directs ou indirects de "l’Eau vive", eau très trouble au final, que les victimes ne finissent pas de boire jusqu’à la lie.
J’ajoute que ce n’est pas pure spéculation de ma part et que j’ai des éléments très précis à charge sur les tout débuts de "Bethléem" à l’horizon des années 60 qui m’inclinent à penser dans ce sens. Ils pourraient utilement, je pense, compléter le dossier que possède sur la fondatrice un certain abbé dans le témoignage de "Roselyne". Le temps du silence ou des entretiens feutrés dont rien ne filtre est peut-être fini.