POURQUOI L’EGLISE A-T-ELLE TANT DE MAL A COMMUNIQUER ? CONSEQUENCES.
Dernier exemple : suites de l’affaire Points-Cœur
Rappel succin des faits
En 1990, un religieux, Thierry de Roucy, a l’intuition de créer une œuvre destinée à envoyer des jeunes volontaires vivre par petits groupes de quatre ou cinq pour un an et demi au milieu des plus pauvres dans les quartiers les plus déshérités du monde en assurant auprès des enfants une simple présence. Idée a priori très belle et susceptible d’attirer les âmes les plus généreuses. Effectivement un certain nombre de jeunes vivront à Points-Cœur de très belles expériences. Dans ce but, Thierry de Roucy a mis sur pied toute une structure comportant une association civile loi 1900 intitulée Points-Cœur, une association de droit ecclésial (« association privée de fidèles ») également intitulée Points-Cœur, une communauté de prêtres dite fraternité sacerdotale des molokaïs et une communauté de religieuses successivement intitulée Servantes de Jésus et Marie puis Servantes de la Présence de Dieu.
Pour obtenir la reconnaissance de l’Eglise, Thiery de Roucy s’est naturellement adressé à l’évêque dont il dépendait alors, l’évêque de Beauvais. Celui-ci lui ayant demandé de mieux préciser son projet, il est allé chercher la reconnaissance de l’archevêque de Parana en Argentine. Mais les choses ont mal tourné. Thierry de Roucy a fait l’objet d’une grave accusation de la part de son adjoint, qui a donné lieu à un procès ecclésiastique. Parallèlement, d’anciens volontaires de Points-Cœur se sont plaints de phénomènes d’emprise et de dérives sectaires. L’archevêque argentin a retiré sa protection. Thierry de Roucy, avec toutes les composantes ecclésiales qu’il avait mises sur pied, a rejoint la juridiction de l’évêché de Fréjus-Toulon dont l’évêque, persuadé de construire le modèle de l’Eglise de demain, est réputé pour accueillir tous les prêtres et communautés en rupture de ban. Bien que dûment averti, il a fourni une couverture ecclésiale à Points-Cœur et ordonnera une dizaine de prêtres pour cette œuvre, sans examen, sur simple recommandation de Thierry de Roucy. Cette méthode lui permet de battre les chiffres d’ordinations. La vie fera le tri, ce qui est bon subsistera, ce qui est mauvais disparaîtra, comme il me l’a confié un jour de novembre 2013, tous deux assis sur un banc mouillé sur l’esplanade du sanctuaire de Lourdes. Mais quid des dégâts humains qui en résulteront ? Je pourrais en citer un de particulièrement tragique. (Albert, c’est largement en ta mémoire que je me suis décidé à sortir de l’ombre.) Faut-il dire, ainsi que me le lâchera un de ses admirateurs : ce sont les bavures de la nouvelle évangélisation ?
Cependant, Thierry de Roucy s’est installé dans un luxueux domaine aux Etats-Unis. En fin de compte, Mgr Rey a été amené à retirer progressivement sa protection. De son côté, la justice ecclésiastique a reconnu Thierry de Roucy coupable d’abus de pouvoir et d’abus sexuels à l’issue d’un procès en première et deuxième instances en 2011 et 2015, puis il a été relevé de l’état clérical (en d’autres termes, réduit à l’état laïc), et est semble-t-il sous le coup d’un décret d’excommunication. L’ensemble de l’œuvre a été l’objet de plusieurs enquêtes ecclésiales et mise sous tutelle à plusieurs reprises en vue de son assainissement. Sans succès. Les membres de Points-Cœur se sont joués des enquêteurs en mentant, en cachant le luxe dans lequel vivait leur fondateur, en refusant l’accès aux comptes obscurs de Points-Cœur avec son réseau d’associations. Ils ont établi une double hiérarchie, l’une apparente, l’autre secrète. Thierry de Roucy avait assimilé la doctrine gnostique des frères Thomas et Marie-Dominique Philippe, dont il était proche : parmi les fidèles, certains sont des initiés dispensés des règles communes. Pendant ce temps, Thierry de Roucy tirait les ficelles tout en se cachant et circulant avec un VPN. Son successeur a hérité de ce mode de fonctionnement.
Finalement, la fraternité sacerdotale des molokaïs a été dissoute. Les prêtres qui en faisaient partie ont été en principe reversés dans le diocèse de Fréjus Toulon sous la responsabilité de Mgr Rey. Les Servantes de la Présence de Dieu sont sorties de la communauté. Quand il n’y est resté plus qu’une seule soeur, Mgr Rey n’a plus eu qu’à la dissoudre en mars 2020 puisqu’elle n’existait plus de fait. Enfin l’association Points-Cœur de droit ecclésial qui chapeautait le tout s’est auto-dissoute. L’œuvre Points-Cœur a cessé d’exister en tant qu’œuvre catholique. Il ne subsiste plus qu’une association Points-Cœur loi 1901 qui est évidemment libre de suivre les activités qu’elle veut pourvu que ce soit sans ambigüité.
Là où les choses se compliquent, c’est que l’Eglise n’a publié aucune information publique à ce sujet selon son habitude du secret. De la sorte, d’anciens membres de Point-Cœur, en fonction des lieux à travers le monde où l’œuvre était implantée, continuent à laisser croire qu’ils sont investis d’une mission d’Eglise et à recruter des jeunes volontaires qui ignorent la situation réelle. C’est ainsi le cas en Amérique latine où, par exemple, d’anciennes religieuses de Points-Cœur continuent à circuler en habit comme si de rien n’était, à se présenter comme religieuses pour bénéficier du statut qui y est attaché, etc. En particulier, d’anciens membres de Points-Cœur jouent de cette ambiguïté pour récolter des dons, occupation qui a toujours eu une grande place à Points-Cœur.
Est-ce que tous les évêques des diocèses dans lesquels Points-Cœur était implanté sont bien conscients de la situation qu’ils couvrent ? Ont-ils été bien informés ?
Ce ne doit pas être le cas puisque, par exemple, l’archevêque de Buenos-Aires ignore la dissolution de Points-Cœur, ainsi que le prouve le site de la Communauté catholique francophone de la capitale argentine :
Il est vrai que, lorsque l’évêque de Beauvais avait cherché à mettre en garde l’archevêque de Parana contre la reconnaissance de Points-Cœur, entre l’envoi de sa lettre un peu avant 2000 et la réponse, 3 ans avaient passé.
Il est vrai aussi que, jusqu’au début de cette année, les Servantes de la Présence de Dieu figuraient toujours sur le site du diocèse de Fréjus comme œuvre d’Eglise reconnue par Rome.
Pourquoi les instances de l’Eglise de France ne peuvent-elles pas communiquer à ce sujet, l’évêque diocésain qui en avait la charge ne l’ayant pas fait en temps voulu ? Il s’agirait simplement de faire savoir publiquement, tant à l’étranger qu’en France, que Points-Cœur n’est plus une œuvre d’Eglise et ne peut en aucun cas se réclamer de l’Eglise catholique.
Comment l’Eglise pourra-t-elle retrouver la confiance des victimes d’abus commis en son sein si elle n’est même pas capable de rendre publiques ses propres décisions ?
Faudrait-il qu’au moment de l’entrée en Carême, les simples baptisés (instruits de l’article 212-3 du Code de droit canonique) entreprennent de participer au nettoyage de printemps et d’aider à vider les placards ?
