En réponse au message :
Réponse à Marie-Christine
Merci MC : c’est, comme toujours, clair et vif, et suggestif. Néanmoins, il est essentiel à mon avis d’ajouter, comme vous le faites, que tous ces abus sont « encore plus étonnants » quand il s’agit des autorités de l’Eglise, qui prétendent défendre les faibles et les vulnérables. Car l’Eglise n’est pas la seule institution défaillante : les grandes institutions publiques aussi (Ecole, Armée, Police, administration, partis, syndicats…) et les grandes ou moins grandes entreprises privées aussi tentent autant que faire se peut d’étouffer les affaires et les scandales qui se passent chez elles, avec fric, faux témoignages (rémunérés), etc. Il faut que vivent les Institutions, et tant pis s’il y a des victimes au bord de la route !
Je laisse sociologues, anthropologues et politologues expliquer cela ; néanmoins j’ai envie d’ajouter ceci : dans l’Etat, dans la vie publique, il y a la raison d’Etat, et dans les institutions, toutes sortes de bonnes raisons pour dissimuler les fautes et les erreurs, pratiquer l’omerta et invoquer l’irresponsabilité des dirigeants. Mais, au moins dans les Etats démocratiques, le droit existe contre la raison d’Etat et les intérêts privés, et il est constamment réévalué et ajusté pour défendre les individus, réévaluer leurs droits, etc. (avec bien entendu des tentatives parallèles des pouvoirs pour les limiter).
J’ai l’impression que d’une part, dans l’Eglise (et c’est original, en tout cas à ce point, par rapport à d’autres institutions) on a enfoncé dans l’esprit de ses membres qu’il fallait la défendre à tout prix, que toute critique venait de ses adversaires (ou du Malin), et donc que la raison d’Eglise l’emportait sur tout, y compris sur l’évangile et son message de défense des faibles et des pauvres. Aucun problème pour mentir et couvrir au nom du « bien » de l’Eglise ! Il est probable que la Réforme a joué un rôle dans ce sens (la Tradition contre l’Ecriture), pour créer cette autodéfense malsaine de l’institution. Mais comment aurait-on encore confiance dans une telle institution ? C’est bien ce qui a ébranlé les fidèles avec les révélations en cascade sur les prêtres pédophiles, les religieuses violées, les fondateurs de communautés nouvelles et les pratiques de ces communautés, etc. : quand l’écart devient insupportable entre la parole et les actes, des institutions qui prétendent incarner la plus haute spiritualité deviennent effroyables.
Mais en second lieu, parallèlement, alors que partout s’est affirmée dans la société civile à partir des années 70 la défense des droits individuels, et de toutes sortes de catégories de personne discriminées, le Droit canon a très peu évolué à propos du droit des personnes dans l’Eglise. C’est seulement ces dernières années qu’il a un peu changé les normes à propos des victimes. Mais toutes sortes de choses ne sont pas claires, comme ce qui relève de Rome et ce qui relève des évêques dans leur diocèse, ou des Conférences épiscopales par rapport aux abuseurs et aux victimes, ou les responsabilités précises des Ordres et congrégations par rapport aux victimes de leurs religieux, etc. J’ai appris sur FB (grâce à une victime) qu’en cas de viol par un prêtre, la victime était considérée comme une « complice » (selon le principe qu’elle l’a bien cherché ?) mais aussi que le cas du prêtre qui l’absolvait (!!) pouvait être (tranquillement ?) résolu « entre soi », à domicile en quelque sorte, alors qu’en principe il est excommunié d’une excommunication majeure réservée au jugement du pape… On ne sait pas très bien non plus à quel moment et pour quels crimes un curé pédophile ou violeur peut ou doit être renvoyé à l’état laïc… La question des réparations aux victimes n’est pas claire du tout, et laissée à la bonne volonté et à l’estimation des institutions, donc à des voies par définition obscures… Ou encore : on ne sait ce qu’il faut penser et faire de sa fondation quand un fondateur a totalement failli (je ne dis pas qu’il faut les supprimer, mais le moins qu’on puisse dire est qu’on a le droit d’être sceptique sur la suite), etc. etc.
Pour conclure : la conversion intérieure, spirituelle, le retour à l’Evangile sont en permanence d’actualité, la vérité, l’amour et le pardon aussi, mais l’Eglise n’aurait-elle pas aussi et surtout besoin aujourd’hui d’être claire sur les droits des personnes et les sanctions (la loi) imposées à ses serviteurs indignes ?