Il avait fait la connaissance du père ROUSSEL-GALLE, fondateur des TM, à Saint Denis au moment où il s’y est installé. Le père ARNOLD a longuement enquêté sur les TM et plaidé leur cause auprès des autorités ecclésiales.
Il avait longuement rencontré le cardinal Poletti pour lui parler du problème des TM. Ce grand témoin, âgé de 92 ans, est plus actif et vif que jamais et il a tenu à nous apporter son témoignage sous forme d’un rapport précis.
Nous recevons avec joie son précieux soutien et l’en remercions.
Rapport du père Georges ARNOLD 26 août 2014
Marcel Roussel est né le 8 juin 1910.
Il est ordonné prêtre pour le diocèse de Besançon le 22 décembre 1934. Il arrive à Paris en avril 1947 et est aumônier de JOCF (Jeunesse Ouvrière Chrétienne Française).
Le père Georges Arnold, ordonné pretre en 1947, est nommé vicaire à Saint-Denis de l’Estrée (diocèse de Paris, plus tard diocèse de Saint-Denis) en juin 1953.
A cette époque, l’abbé Roussel habite un appartement, rue de la République, proche de la Basilique de Saint-Denis.
Des questions se posent au sujet de l’abbé Roussel :
- A-t-il reçu une nomination de l’évêque ?
- Pourquoi ne fréquente-t-il pas les prêtres de Saint-Denis ? Une seule fois il répond à une invitation de notre part. Il m’apparaît perturbé, très émotif et sentimental, mystérieux sur son ministère.
- L’évêque, Mgr Le Cordier, se pose des questions à son sujet, dont il me fait part.
- L’abbé Roussel a acquis une petite maison, sur les bords de la Seine, dans un quartier pauvre de Saint-Denis, où sont établies plusieurs usines de produits chimiques, fort nauséabondes. C’est là que viennent loger les premières Travailleuses Missionnaires et qu’elles sont envoyées au travail par l’abbé Roussel.
Le 11 février 1950, l’abbé Roussel regroupe ces jeunes filles sous le nom de « Travailleuses Missionnaires de l’Immaculée ».
Ce quartier est justement celui qui m’est attribué par la paroisse. Mgr Le Cordier m’envoie auprès du groupe et je fais le catéchisme avec l’une d’entre elles, dans leur maison. Mais l’abbé Roussel ne tarde pas à m’écarter. De toutes façons, elles n’ont pas le droit d’adresser la parole aux prêtres, quand elles viennent à la messe du matin.
Je n’apprendrai que plus tard qu’il y eut, en 1958, un premier départ pour la Haute-Volta (aujourd’hui Burkina Faso). Ce sera le début d’une importante entreprise de recrutement de jeunes filles en Afrique pour le compte des Travailleuses Missionnaires.
Le père Michel Guillot, prêtre du Prado du diocèse de Saint-Denis, parti comme « Fidei Donum » dans ce pays, m’a raconté les remous occasionnés dans les familles africaines autour du départ de ces filles, souvent très jeunes. Le père Guillot est décédé depuis.
En 1963, douze travailleuses africaines arrivent en France.
L’abbé Roussel, conscient de la méfiance épiscopale à son égard, part brusquement en 1965 s’installer en Belgique, avec les Travailleuses Missionnaires, à l’abri du sanctuaire marial de Banneux.
Entre temps, l’abbé Roussel a modifié profondément la vocation du groupe des TM, en créant, en 1960, l’Eau Vive d’abord à Toulon. Désormais les TM seront affectées au service de la restauration, dans des restaurants parfois luxueux, comme à Rome (1969).
Le diocèse de Liège, où se trouve Banneux, se pose lui aussi des questions au sujet des TM. D’autant plus que le journal Le Monde des 26 et 27 novembre 1981, sous la plume d’Alain Woodrow, a révélé des faits qui mettent gravement en cause les TM.
Mgr Le Cordier, puis son successeur Mgr Deroubaix, m’envoient rencontrer le vicaire général et l’évêque de Liège, qui a déjà constitué un dossier, amorce d’un procès canonique contre les TM. Tandis que je suis à Liège, une émission de télévision fait grand bruit autour des TM. L’abbé Roussel est obligé de se défendre, avec beaucoup d’âpreté…
En 1967, j’avais été élu comme responsable des Prêtres du Prado. Je demeurerai à Lyon jusqu’en 1983. Dans les années 1970 se produit dans le groupe une vague de départs.
Tandis que de vives tensions se font jour au sein des TM, on me donne mission pour recevoir les doléances de plusieurs anciennes TM. C’est accablant. Finalement, les tensions sont telles qu’un procès est mis en route au Vatican. Je me rends à Rome en février 1984. Je rencontre le cardinal Poletti, représentant du pape pour le diocèse de Rome. Une scission se produit entre les « Travailleuses Missionnaires » demeurées en Belgique et les « Travailleuses Missionnaires » consacrées aux maisons de restauration.
Finalement, le cardinal Poletti et son secrétaire le père Guy Charvault, procureur des Prêtres du Prado à Rome, sont chargés de remettre de l’ordre dans les groupes des TM (il est décédé depuis).
Fait notable : tandis que je suis à Rome pour ce procès, l’abbé Roussel meurt le 22 février 1984…
Au retour, je rends compte à mon évêque, Mgr Deroubaix, le 8 mars 1984 (voir les archives du diocèse de Saint-Denis). Le 15 mars, je rencontre Colette, ancienne TM, témoin de nombreux abus.
Et voici que, ces temps-ci, j’apprends par le journal La Croix que rien n’a changé chez les TM, car d’anciennes TM devenues responsables sont toujours en place !