En réponse au message :
Bethléem : témoignage de Luz Mawada - Réponse à Josette
Il importe de ne pas tout confondre et de maintenir une réelle distinction entre les différentes raisons qui font qu’une personne quitte sa communauté religieuse. Je crains que Florigège et Josette n’aient pas assez fait cette distinction, ou peut-être est-ce moi qui me suis mal exprimée ? C’est pourquoi je voudrais préciser ici ma pensée.
Par respect pour les personnes qui ont subi de graves abus dans des communautés religieuses de type sectaires, n’allez pas comparer leur situation avec celle des personnes qui quittent la communauté religieuse où elles sont entrées parce qu’après y avoir vécu pendant un certain temps elles discernent qu’elles ont une autre vocation ou un autre appel, ou parce qu’elles se rendent compte qu’elles ne sont pas faites pour la vie de cette communauté telle qu’elle y est organisée.
En ce dernier cas, leur départ peut effectivement être difficile et douloureux en raison des liens affectifs que ces personnes ont tissés avec leur communauté, et en raison de la part d’inconnu et de précarité qui entoure leurs perspectives d’avenir (où et comment vont-elles pouvoir refaire leur vie après avoir quitté leur communauté ?). Mais alors leurs relations avec leur ancienne communauté sont normalement et généralement bonnes. Il n’est donc pas nécessaire de briser totalement ou brutalement ces relations. Conserver un lien avec cette communauté et avec ses membres peut leur être une aide précieuse. On pourrait, en cas, souhaiter que les communautés religieuses prévoient ou organisent des lieux d’accueil incluant un soutien psychologique et matériel pour ceux de leurs membres qui les quittent, afin de les aider à prendre un nouveau départ dans la vie.
Mais ce ne sont pas ces communautés et ce genre de parcours de vie dont il est question à « l’Envers du décor ».
Les personnes qui témoignent à « l’Envers du décor » sont des personnes qui quittent leur communauté parce que celle-ci est une communauté déviante où elles ont subi de graves abus, et ce parfois pendant de longues années, et le témoignage de Luz Mawada entre dans ce cas de figure. Je ne dis pas que sortir leur sera facile, et il se peut qu’elles conservent un lien affectif avec certains membres de leur communauté, c’est-à-dire de leur secte. Mais je ne pense pas que couper les ponts avec ce genre de communauté puisse briser la personne qui en sort car ce sont les abus qu’elle a subis dans la communauté déviante qui l’ont brisée et non pas le fait d’en sortir ou de couper les ponts avec cette communauté. Bien au contraire : pour cette personne s’ouvre enfin le chemin d’une délivrance et d’une renaissance.
Il faut aussi savoir que si la communauté d’où quelqu’un sort est effectivement une communauté où des abus de type sectaire ont eu lieu pendant de nombreuses années (pendant plus de 70 ans pour le cas de Bethléem !!!), il est fort probable que les abus y persistent encore longtemps après une visite apostolique, et si je lis les témoignages publiés au sujet de Bethléem, c’est effectivement ce qui s’y passe aujourd’hui. En ce cas, cette communauté est un milieu de vie malsain, et c’est pourquoi il vaut mieux s’en éloigner le plus possible. Quand on quitte une communauté déviante parce q’uon y a été gravement abusé, on est en urgence vitale de se reconstruire, on n’a pas le temps d’attendre encore 50 ans pour que la dite communauté se soit réformée. Je ne vois pas comment une personne qui quitte une telle communauté pourrait trouver refuge et se reconstruire dans un lieu de vie qu’aurait préparé cette secte, et donc en continuant de dépendre affectivement et matériellement de cette dernière.
Je ne sais pas si certains réalisent ce que c’est qu’avoir vécu dans une communauté de type sectaire… Je ne sais pas s’ils réalisent à quel point le mensonge et la manipulation imprègnent ces communautés et leurs responsables, et à quel point ce climat de mensonge et de manipulation est destructeur. Ces communautés sont vraiment un enfer (cf. aussi le témoignage de Patricia Blanco au sujet de Bethléem). Il faut regarder en face que rester en lien avec ces communautés et attendre d’elles un soutien affectif ou psychologique, c’est rester plus ou moins prisonnier du filet de l’emprise qu’on y a subi.
Il est tellement difficile de s’extirper de l’emprise d’une communauté de type sectaire qu’une fois qu’on a réussi à en sortir, mieux vaut s’en tenir éloigné le plus possible. Sinon, on est comme une personne qui aurait été violée et qui voudrait, malgré tout, continuer de vivre sous le toit de son violeur, ou dans sa proximité, quitte à risquer de se faire encore violer par lui.
Après, chacun est libre… Si certains veulent continuer de vivre sous le toit de leur violeur, ou de vivre dans un lieu de vie aménagé par lui et où ce dernier a toute lattitude de continuer à les violer, ou s’ils veulent continuer de fréquenter leur violeur, qu’ils le fassent ! Mais en ce cas, qu’ils soient lucides au sujet des risques qu’ils prennent et qu’ils les assument ensuite jusqu’au bout. Pour ma part, jamais je n’encouragerais quiconque à prendre de tels risques et à continuer de jouer avec le feu qui l’a brûlé.
C’est un avis personnel mais qui a le mérite de reposer sur une expérience vécue et non pas sur des considérations théoriques et générales.
Dorothée