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Bethléem : témoignage de Luz Mawada - Réponse à Florilège

Le jeudi 8 septembre 2022

Bonjour,

je voudrais répondre à ce passage du message de « Florilège » :

« La communauté » pleure« sur ces vies détruites comme elle l’exprime dans le communiqué de presse, alors pourquoi elle-même ne prépare-t-elle pas un lieu de vie et une équipe pour panser les plaies de tant de personnes blessées. Il suffit d’y croire et de le vouloir. Dieu fera le reste. Le chemin de pardon se fait souvent à sens unique ou sans visage de la part de sa propre communauté. »

Je comprends la réaction de Florilège en voyant l’indifférence des communautés à l’égard de ceux et/ou celles qu’elles ont détruit(e)s par leurs abus : on aimerait en effet que ces communautés fassent preuve de charité évangélique en aidant leurs anciens membres à panser leurs plaies…

Mais franchement, et je parle d’expérience pour avoir moi-même quitté, il y a plusieurs années déjà, une communauté religieuse où de graves dérives sectaires avaient eu lieu, le dernier endroit où j’aurais désiré me reconstruire c’est bien « un lieu de vie » qui aurait été préparé par la communauté que j’avais quittée ! Et je n’aurais jamais fait appel à une équipe préparée par cette communauté pour panser mes plaies ! Cette communauté aurait tout à fait été capable de continuer à me manipuler au sein de ce lieu de vie et par l’intermédiaire cette équipe de soutien psychologique soigneusement préparée et choisie par elle !

Quand on quitte une communauté religieuse où on a subi des abus de type « dérives sectaires », il vaut mieux aller se reconstruire très loin de cette communauté et ne plus avoir aucun contact avec elle et avec ses membres.

De même je ne conseillerais à personne de faire partie d’une association d’anciennes victimes de telle ou telle communauté, c’est encore tourner en rond à ressasser indéfiniment ses blessures. Il peut être bon de partager ponctuellement avec d’autres ce qu’on a souffert dans la communauté qu’on vient de quitter, mais si l’on veut se reconstruire en profondeur, mieux vaut faire du neuf, de l’entièrement neuf, et laisser loin derrière soi tout ce qui nous rappelle ce qu’on a vécu comme abus. De toutes façons, les abus sont tellement gravés en nous qu’ils s’invitent d’eux-mêmes dans notre mémoire traumatique, et donc, inutile d’en rajouter : mieux vaut éviter tout ce qui peut réveiller ces souvenirs et nous faire retomber dans le trou de détresse et de déstructuration de notre personne d’où on essaie pauvrement de s’extirper.

Dorothée.

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