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Communiqué de presse concernant le père Georges Finet

Le dimanche 12 juillet 2020

Bonjour Jean-Pierre

Je ne sais pas si c’est à moi ou pas que vous vous adressez mais si c’est à moi, merci de ne pas me diaboliser. Pour quelqu’un qui se dit prêtre et chrétien, commencer à diaboliser d’entrée son interlocutrice, ça la fiche rudement mal. Ca ne me viendrait jamais à l’idée de le faire, même si je ne suis pas d’accord avec la personne avec laquelle j’échange. Alors pourquoi le faites-vous ?

Pour revenir à votre question : j’accuse les religions parce que dans le sujet qui nous occupe, il s’agit à la base d’un totalitarisme religieux qui amène et crée des crimes et des dérives sur la base d’un chef tout puissant et d’une poignée d’hommes se prétendant supérieurs au reste de l’humanité et prétendant modeler l’humain selon leurs intérêts particuliers ou l’exterminer s’il fait opposition à leur projet. Comme tout totalitarisme, Pol Pot et autres compris. Les totalitarismes se ressemblent tous. Ils font tous autant de mal à l’humain. Tout en prétendant pourtant en faire une espèce de surhomme, d’être parfait.

Jésus n’a jamais souhaité créer de religion, pas de système totalitaire, Dieu non plus. Le texte de la passation de Pierre n’a jamais été prononcé par Jésus mais écrit par le diacre Philippe (rédacteur de l’évangile de Matthieu) pour mettre Pierre en avant (il le reconnaît ainsi comme chef) et le remercier de l’avoir fait diacre et de lui avoir confié la rédaction de cet évangile. Peut-être l’ignoriez vous mais c’est la réalité. Ca n’est qu’un échange de politesses, qui malheureusement, a été utilisé comme un pilier dogmatique religieux. Pourquoi ? Parce qu’il y a eu une lutte sans merci après la mort de Jésus pour diriger le groupe. Et puis parce que l’idée d’un Jésus sans institution, sans pouvoir, qui ne cherche pas le pouvoir, qui n’est pas dans une démarche de pouvoir, ne sert pas une vision totalitaire.

Or, pour faire rentrer Jésus dans une dimension totalitaire et justifier aussi la création religieuse institutionnelle, il était nécessaire de prétendre qu’il avait nommé un chef institutionnel et appelé à la création d’une nouvelle institution religieuse. Sauf qu’il ne l’a pas fait. Tout au plus, avait-il indiqué que lui mort, c’est son demi-frère Jacques qui guiderait le groupe de disciples. Mais il n’a jamais désigné Pierre. Le fait que les différents courants chrétiens institutionnels se soient mis d’accord sur ce chapitre, ne rend pas pour autant l’écrit vrai. Jésus n’avait aucune ambition religieuse ni de sortir du judaïsme, ni de fonder une religion différente. Juste faire progresser spirituellement et humainement, relationnellement ceux et celles qui le souhaitent. Ce qui est une toute autre démarche. Spirituelle mais pas religieuse. Cette dimension spirituelle peut être vécue par tous, peu importe son contexte de vie, sa religion, sa culture. C’est sa dimension spirituelle et non religieuse qui fait l’universalité du message.

Jésus nous a transmis un message d’amour et de paix. Un message qui doit permettre à chacun de s’émanciper au plan spirituel, d’avancer dans sa vie en conscience, en joie, en paix aussi bien avec soi qu’avec les autres.

Ce message, chacun le reçoit différemment, parce que nous sommes tous différents et que Dieu s’adresse à nous en tenant compte de notre spécificité d’âme, de notre rythme, de notre capacité d’écoute, de réception, de notre cheminement. Il n’y a personne d’autre que soi qui peut avancer dans ce chemin. Et nul ne peut prétendre guider les autres sur ce chapitre de la foi, du domaine spirituel. Dieu n’est pas une technique, ce n’est pas un savoir-faire artisanal avec une gestuelle à reproduire. Dieu est immatériel. Et ce qu’il nous transmet à nous personnellement, n’est pas ce qu’Il transmet au voisin, à la voisine. Et ce que Dieu nous donne est toujours de l’immatériel. Donc pas du tout quelque chose de matériel. Un bien matériel se transmet. Ce qui relève de l’immatériel reste immatériel et personnel. Ce n’est pas transmissible.

Dans la foi, tout au long de notre vie terrestre, chacun est seul(e). Et nous sommes chacun individuellement appelés dans cette solitude qui est la demeure de notre intériorité, à être capitaine de notre âme. Nullement capitaines d’autres âmes. Même si pour autant, nous sommes interdépendants les uns des autres. C’est déjà quelque chose d’extrêmement difficile que de parvenir à une certaine harmonie en soi et avec les autres (ce qui peut prendre toute une vie), alors vouloir en plus guider les autres…ça paraît plus que mission impossible rapport à tout ce qu’il nous faut apprendre, traiter, surmonter, dépasser, soigner ne serait-ce que pour nous-même individuellement.

On ne peut que rappeler le message christique, en essayant soi-même de le vivre du mieux qu’on peut avec qui l’on est. Mais partager le message christique ne donne aucun savoir ni aucun pouvoir supplémentaire par rapport aux autres. Nous sommes tous autant que nous sommes aussi démunis, aussi pauvres, aussi ignorants par rapport à Dieu. Ce que malheureusement, l’institution cléricale, les religions au plan institutionnel, ont oublié. Se pensant Dieu à la place de Dieu. D’où les dérives, crimes, abus sordides que nous déplorons tous et toutes.

Et ce n’est pas seulement le fait d’une poignée d’individus. Quand l’institution dans son ensemble cautionne des dictatures, utilise des milices pour tuer, opprimer, terrifier des personnes, pour dépouiller financièrement, pour réduire en esclavage qu’il soit domestique ou sexuel, et que tout cela est caché, les documents inaccessibles, qu’il n’y a pas de justice pénale pour punir ces crimes, mais une impunité constante, et que tout le clergé travaille à cacher ces crimes, atrocités durant des siècles avec un discours lénifiant comme écran de fumée, vous appelez ça comment ? Juste le fait d’une minorité ? Ou alors le fait d’une institution totalement corrompue à tous les niveaux ?

Il y a un moment où il faut quand même appeler un chat un chat. Admettre les faits tels qu’ils sont. C’est une base. Sinon aucune confiance n’est possible.

Il va sans dire qu’en 1980, quand vous êtes devenu prêtre, vous ne saviez pas le dixième de ce que nous savons tous et toutes aujourd’hui sur l’institution en terme de crimes et d’atrocités. Parce que l’omerta était encore très importante et l’institution disposait encore d’une forte emprise sur la société. Et la plupart des prêtres, religieux, religieuses ignoraient tout de cette dimension criminelle institutionnelle. Beaucoup ne la découvraient jamais de toute leur vie tellement le formatage idéologique et le peu d’ouvrages critiques accessibles leur rendaient impossibles ces découvertes. Depuis une bonne vingtaine d’années, cette documentation est de plus en plus accessible à tous, par voie numérique. Si peu qu’on sache taper les bons mots-clés et trouver les bons espaces documentaires, sérieux et non fantaisistes, on découvre des tas de choses au plan historique et politique et social et judiciaire sur l’institution cléricale. Sans même parler des affaires criminelles récentes. Ce qui n’était jusque là connu que d’un petit nombre au sein du haut-clergé (savamment confiné et mis au secret au St Office) peut être connu de tout le monde, même sans appartenir au clergé. Il n’y a donc plus la possibilité de cacher les faits criminels. Qu’ils soient récents comme plus anciens. Et c’est bien ce qui embarrasse l’institution qui a toujours misé sur le fait que jamais ses crimes ne seraient découverts ni mis en lumière. Que tout serait toujours caché, dissimulé et donc ignoré de la population.

Sauf que ce temps est révolu. Et que le minimum est d’admettre les faits. Pas de continuer à prétendre que c’est faux. D’une, ça ne sert pas la réalité des faits. De deux, ça ne grandit pas l’institution mais en fait un système voyou, criminel, abusif. Une mafia religieuse… Et de trois, ce déni, ce refus d’admettre la réalité criminelle est en train de précipiter la fin de l’institution.

On le voit depuis les années 70 par la diminution constante de vocations religieuses aussi bien monacales que pastorales. On le voit par la radicalisation religieuse qui s’exprime au niveau idéologique clérical. On le voit par les passe-droits accordés à des communautés dérivantes sectaires qui ont de plus en plus d’emprise dans la pratique communautaire et dans les responsabilités cléricales. On le voit par la désaffection de plus en plus grande des pratiques communautaires. On le voit par le dévoilement de plus en plus régulier d’affaires criminelles internes.

Se sont des situations et des expressions qui montrent la fin d’un système totalitaire. Qui se « sectarise » de plus en plus, à mesure que la population conquiert par l’accès à l’information et à l’éducation scolaire, de nouvelles connaissances sur l’Histoire, la politique, les sciences, les religions, etc.

Ce qui ne veut pas du tout dire la fin de la foi. Au contraire, plus nous avançons dans le temps, plus les gens ont la foi. Même des gens très pragmatiques, très scientifiques. Sauf que la foi se vit et s’exprime de plus en plus hors du contrôle des religions. Et qu’elle se vit davantage dans une démarche individuelle, personnelle, privée. Pas dans une démarche collective ni communautaire. Ce qui en réalité est logique. La foi relève du domaine spirituel au sens large, pas du seul domaine religieux. Ce que ne veulent surtout pas admettre les institutions religieuses.

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