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Réponse à Marie-Christine
Bonsoir Marie-Christine
L’enseignement du fait religieux n’est même pas superficiellement abordé durant les cours d’Histoire. Il n’est pas abordé du tout. Ce n’est pas quelques commentaires sur l’art byzantin, les croisades, la conversion de Charlemagne, les guerres de religions qui travaille réellement la question. Si le fait religieux était enseigné à l’école, nul doute que bien des petits musulmans n’ignoreraient pas que leurs camarades juifs sont circoncis comme eux et ont des prescriptions alimentaires proches. Tout comme d’autres enfants n’ignoreraient pas les fondements du monothéisme et la parenté qui existe entre différentes religions y compris des religions polythéistes. La philosophie n’aborde guère la question non plus, à moins de s’en tenir à quelques auteurs. Rares sont les jeunes qui au sortir de la classe de terminale ont une culture du fait religieux. Hormis sur leur pratique religieuse s’ils en ont une.
Les historiens des religions ont toutes les compétences pour enseigner le fait religieux à l’école sans tomber dans le roman national ou religieux (la plupart ne sont pas croyants, leur approche est extérieure). Mais encore faut-il la volonté politique pour cette mise en place d’intervenants historiens des religions. Qui n’arrange ni les théologiens ni les religions, ni certains politiques. D’où le blocage persistant vis à vis de cet enseignement dans un cadre scolaire primaire, secondaire. Désolée mais c’est Najat Vallaut-Belkacem qui suite aux attentats, propose ce type d’enseignement en plus à l’école, pour justement éduquer les jeunes et les sortir de logiques communautaristes et de glissement dérivant sectaire. Or, cette belle intention ne sera pas suivie d’effet tout simplement parce qu’il y a opposition massive politique et religieuse à ce type d’enseignement.
J’aborde différents domaines car ces domaines sont la plupart du temps oubliés, balayés dans les discussions. C’est pourquoi j’en parle. Je n’ai pas d’à priori. Mais quand je lis certains commentaires, dont les vôtres, je trouve souvent en terme de contenu, une vision très restrictive et limitée au religieux plutôt qu’une vision ouverte et réellement spirituelle.
Si les choses que je décris étaient si connues, alors pourquoi personne n’en parle ni au plan clérical ni chez les croyants ? Pourquoi uniquement ne voir la civilisation et la culture que sous l’angle religieux institutionnel ? C’est quand même très intriguant cette façon de réduire le champ de la spiritualité et de la foi aux seules religions institutionnelles. Comme si avant, c’était le néant total…Comme si en dehors des religions monothéistes, rien n’existe en terme de civilisation, de culture, de comportement spirituel.
Ce type de discours réducteur religieux, et je m’en rends compte en discutant avec des personnes très différentes croyantes comme non croyantes, est dominant. Mais quand on creuse pour savoir si les gens connaissent un peu les origines de la spiritualité, d’objets religieux, de rites, c’est la plupart du temps, le silence et l’ignorance. S’il y a des personnes qui savent, elles se gardent bien de diffuser ces informations hormis à un cercle restreint. Ce que je trouve particulièrement dommageable pour l’édification de tous. Le manque de curiosité fait aussi beaucoup pour le maintien de l’ignorance. Moins maintenant à l’ère internet, mais tout de même.
Détrompez-vous concernant le judaïsme. Ce n’est pas pour éviter le dogmatisme que la discussion est sans cesse argumentée et commentée. C’est pour la passion du verbe et de la contradiction. Et je vous le dis en connaissance de cause pour avoir eu une partie de ma famille de cette confession (sans doute suis-je à ce titre tout à fait dans l’esprit de cette parenté quand je m’exprime sur ces sujets). Je ne vous raconte pas les discussions durant les repas de famille, hautes en couleurs. Mais c’était passionnant aussi. Les lettres d’Elephantine sont par exemple quelque chose qui reste très dur à avaler pour pas mal de juifs religieux et la plupart du temps c’est un document ignoré d’une majorité de croyants juifs (et encore plus ignoré de chrétiens). Parce que ça pose le judaïsme comme ayant sa base non sur le roman religieux monothéiste mais sur le polythéisme qui a évolué progressivement en monothéisme. Autre chose : que l’Ancien Testament ait pu être écrit de par nombre de documents antidatés et par une cohérence de style et d’écriture par un seul et même homme aux alentours de -200 avant JC pour contrer la culture grecque, pose encore aujourd’hui un gros problème à pas mal de juifs très religieux. Alors que c’est un sujet abordé par différents historiens des religions, documenté par différentes sources archéologiques et historiques. Je ne vous raconte même pas la crispation chrétienne sur le sujet…elle n’est même pas envisageable en terme de discussion ni même d’éventualité. Le jour où l’on invitera des historiens des religions et non des théologiens sur ce type de sujet sur Arte ou sur une chaîne TV à diffusion nationale, il fera très beau. Mais je doute que ça soit pour demain. De même je doute qu’un jour au catéchisme, les enfants reçoivent un enseignement sur comment le christianisme s’est réellement implanté et comment les enfants étaient acheté par le clergé pour servir de domestiques mais aussi de petit personnel dans les abbayes, couvents, etc.
Vous me faites rire car vous dites que vous ne jugez pas la foi des uns ou des autres mais vous mettez en doute ma foi. Ce que je trouve très drôle parce que très contradictoire. Mais c’est pas grave du tout. Je ne me formalise pas car la contradiction est le propre de l’humain. C’est juste que ce paradoxe me fait rire.
Pour répondre à votre question, j’ai été baptisée bébé, suivi le catéchisme et un parcours religieux familial catholique. Jusqu’à 19 ans, j’avais une pratique religieuse et une foi ancrées dans le roman clérical. Et puis, à 19 ans ou presque, j’ai un grave problème de santé qui va me conduire à un arrêt cardiaque et à un coma dépassé générateur d’une expérience de mort imminente.
Au cours de cette expérience, j’ai eu une espèce de mise à niveau spirituelle et religieuse qui m’a fait réaliser et comprendre différentes choses. On va dire que ça m’a provoqué un discernement en accéléré, digéré ensuite très lentement car la compréhension de l’âme hors du corps terrestre est beaucoup plus rapide qu’une fois le corps réintégré.
Ce qui correspond pour moi à un éveil spirituel profond mais très différent de l’approche éducative religieuse que j’ai reçue au départ. Cheminement personnel spirituel qui m’a permis d’ouvrir ce domaine en ne le réduisant pas à la culture religieuse que j’avais reçue, mais à me documenter sur la spiritualité en général , de façon large. Ce qui m’a poussée à vivre réellement la foi de façon intime et personnelle plutôt que me fier au monde religieux quel qu’il soit.
Pourquoi ? Parce que durant cette expérience, ce que j’ai appris sur Dieu fait que je ne peux plus considérer comme véridiques des dogmes, des croyances. Qui appartiennent davantage à une adhésion et à une soumission cléricale qu’au registre de la foi en Dieu dans ce qu’il y a de plus authentique et de concret.
La réalité divine que l’on rencontre durant ce type d’expérience, permet de comprendre les différences entre cette réalité divine concrète vécue, qui est et qu’on ne peut pas nier tellement elle est vécue sur tous les plans en même temps (physique, psychique, émotionnel, subtil, mémoriel, sensible, spirituel) et les croyances religieuses.
Ce qui permet de comprendre qu’aucune religion ne détient la vérité. Qu’il y a parfois des choses justes au plan spirituel mais aussi beaucoup de choses qui relèvent des fausses croyances et de l’absurde, du contresens parce que la réalité divine n’est pas comparable ni compréhensible à l’échelle humaine. C’est d’une toute autre nature sans que l’humain puisse poser des repères dessus que ça soit en terme de temporalité, d’expression, de verbalisation, de localisation, d’espace, de géométrie, de physiologie…Ca relève du tout autre. Ce n’est comparable à rien de connu sur terre. On ne peut donc pas y plaquer des concepts humains. Quand on en fait l’expérience concrète, on se rend compte immédiatement que ce serait ridicule. C’est autre. Et il n’y a pas de mot humain pour le définir.
Le contenu de l’expérience de mort imminente que j’ai faite durant le coma dépassé, nourrit ma foi depuis 30 ans et m’a permis d’immenses découvertes à la fois intimes et spirituelles, mais aussi d’apprendre énormément de choses culturelles, scientifiques, historiques, sociologiques. Vers lesquelles je ne serais jamais allée me documenter ni même n’auraient pu m’intéresser si j’en étais restée à la culture religieuse et spirituelle que j’avais avant mon coma.
L’approche du Divin que j’ai depuis 30 ans n’est pas du tout la même que celle que j’avais avant mon coma. La connaissance que l’on a de Dieu, de la Parole de Jésus non plus n’est pas pareille après. Elle ne se fait pas du tout sous le même angle du fait de la sortie hors du corps, des informations reçues durant l’expérience et des connaissances apprises durant cette expérience. Et qui se trouvent prolongées et étoffées, digérées très lentement après le retour à la vie normale, au rythme que l’on souhaite (sans jugement de Dieu) et suivant les particularités vécues durant le coma.
Pour résumer, c’ est comme avoir eu une première vie avec un certain environnement relativement limité en terme de connaissances, d’apprentissages, d’expériences mais dont vous pensez que c’est la seule vérité en terme de spiritualité, de rapport concret au Divin.
Et avoir une seconde vie complètement différente après, parce que lors de la dissociation de l’âme d’avec le corps, il y a eu une mise à jour complète du système, des croyances, du fonctionnement avec un élargissement total en terme de repères, de connaissances, de pratiques, de ressentis. Une telle expérience spirituelle mais aussi physique (qui sort du cadre et des limites habituelles) pousse sur un chemin très particulier, à travailler l’unité en soi et à s’ouvrir dans tous les sens du terme, ce qui suppose des approches très différentes mais aussi de se documenter différemment. Et amène la prise en compte de tout ce qui existe depuis la nuit des temps en terme de spiritualité. Pas juste à se cantonner au religieux.
Ce que je vis spirituellement au quotidien n’est pas ancré dans le discours ou le texte religieux ni dans une pratique rituelle religieuse mais dans un lien profond, intime, personnel avec Dieu qui me guide dans ma vie et dans mon rapport aux autres et dont je ressens la présence et l’énergie chaque jour. C’est cette présence et cette énergie qui me poussent et m’amènent à ouvrir mon regard, à comprendre le Divin non en terme d’adhésion à des textes religieux, mais à le chercher dans le silence, dans l’amour, dans un paysage, dans la contemplation, dans la prière, dans l’équilibre de l’ombre et la lumière, dans un sourire, dans un partage, une discussion, dans l’intuition, la création artistique sous toutes ses formes, la transmission, les synchronicités de faits, de rencontres, d’évènements, l’interdépendance des humains avec l’ensemble du monde vivant et de l’environnement.
Voilà sur qui et quoi s’appuie ma foi. Ca se vit dans l’intimité ordinaire, uniquement sur du vécu personnel. Il y a sans doute dans ce cheminement quelque chose de proche d’une expérience spirituelle d’ermite. Mais sans appartenance ni dépendance religieuse. Ni à un groupe ni à un clergé ni à un gourou ou je ne sais quel bonimenteur de foire. Ni coupure avec le monde extérieur mais au contraire intégration pleine et entière dans le monde.
L’intériorité, c’est à dire l’âme, la reconnexion à son âme et aux aspirations de son âme lorsqu’elle s’unit à Dieu et en Dieu, s’accepte dans son intégralité qui comprend aussi le corps qui la reçoit et ses interactions, est un chemin long, lent tout au long de la vie et est balisé par tout un tas d’étapes et de prises de conscience. De doutes réguliers, de nuits noires de l’âme aussi. Ca fait partie de la foi vécue, du parcours. Avec la certitude cependant que Dieu ne nous lâchera jamais. Qu’Il sera toujours là.
Je trouve que ce type d’expérience et de parcours permet un recul vis à vis du monde religieux quel qu’il soit. Et une analyse nourrie d’une documentation davantage historique, sociologique sur le sujet, en parallèle avec ce que l’on comprend post expérience de mort imminente au sujet du Divin et avec ce qu’est réellement la foi.