Communiqué de presse concernant le père Georges Finet : Poster un message

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Réponse à Daniel

Le jeudi 4 juin 2020

Nous sommes de la même génération alors. J’ai été aussi tabassée régulièrement en plus des attouchements et des viols, une tentative de meurtre sur ma mère, une autre sur ma soeur et moi un soir de Noël. Ca a démarré j’avais 5 ans. Et ça s’est terminé j’avais 19 ans. 17 concernant les crimes sexuels. Dans un petit village. Le rural profond. Et pas d’alcool non plus chez mes tortionnaires familiaux. Abuser sexuellement d’une gamine de 5 ans quand on est une vieille femme de 75 ans, je pense que c’est un crime aussi grave qu’un viol. Ca détruit tout autant. Ca handicape tout autant dans la vie et durablement. D’autant que ça a duré plusieurs années me concernant, chaque dimanche après-midi ou presque. Après ça, mon père m’a violée et tabassée, comme il l’a fait sur ma soeur et ma mère. Avant les tentatives de meurtre, dernier acte de sa violence avant rupture familiale définitive.

Pendant des années, je n’ai pas pu m’asseoir sur un siège de toilettes. Des problèmes à chaque visite médicale. Gynéco, c’était pire encore. Je n’ai pas pu envisager une grossesse durant des années et des années. Il m’a fallu des années de thérapie pour soigner, traiter les traumatismes et attendre la quarantaine pour enfin me lancer dans un projet familial. Et j’ai compris que pour ce qui concerne le crime sexuel, l’abus sexuel régulier perpétré sur moi par ma grand-tante paternelle durant mon enfance avait fait autant sinon plus de dégâts sur moi que les viols, humiliations et coups paternels sur mon corps d’adolescente. Et pour avoir discuté avec nombre de victimes d’abus et de viols dans un cadre associatif, j’ai constaté que nous étions une majorité dans ce cas. Je dis donc très clairement qu’un attouchement est un crime sexuel aussi grave qu’un viol. D’autant que nous autres victimes avons tendance rapidement à relativiser, à nier la portée traumatique de ces abus par rapport à d’autres violences sexuelles et non sexuelles subies. Mais c’est en réalité ces abus qui ont le plus de mal à être traités et guéris. Parce que nous avons du mal à en reconnaître la gravité. Donc tendance à minorer ces actes, ce qui perpétue encore plus le traumatisme initial. Le jour où véritablement on traite le problème en thérapie psy, alors on comprend qu’il faut le traiter autant et aussi longtemps que le reste parce que c’est aussi grave. Donc pénalement, il devrait être traité de façon aussi dure que le viol. D’autant plus sur des mineurs.

Ma critique de l’institution cléricale, je pourrais l’appliquer aussi à la famille. Je suis la première à dire qu’elle n’est absolument pas protectrice de ses membres, mais souvent le premier lieu de souffrance profonde d’un individu. Je suis en lien depuis des années avec des associations de victimes d’inceste et de victimes de violences intrafamiliales. Ca n’a rien d’un hasard.

Ceci étant dit, la famille ne prétend pas être Dieu à la place de Dieu ni incarner la vérité avec un grand V. Ce qui permet de pouvoir s’en extraire et de se reconstruire sur des bases différentes quand la famille est toxique, déficiente et violente. Pour ce qui concerne le clergé, on est sur un registre spirituel. Quand un clergé est abusif et criminel sexuel, manipulateur, parce que ça touche aux croyances, à la spiritualité, l’emprise est d’un autre ordre que familial. Ca touche à la transcendance. Si on a de lien à la spiritualité que par le biais du roman clérical et pas de lien personnel à Dieu, tout ce qui relève de la spiritualité s’effondre. Pour s’en sortir, il faut dissocier foi et religion. Travailler sur la foi et non sur la dimension religieuse. Mais ça ne peut se faire qu’en comprenant précisément le rôle et l’histoire des religions.

Vous avez déporté votre manque d’affection et vos traumatisme en investissant Marie. C’est une solution que vous avez pensé préférable à la thérapie. Mais ça ne remplace pas une thérapie psy. J’ai un lien profond et personnel à Dieu, à Jésus. Je prie chaque jour et vis quelque chose de très très fort au plan spirituel dans le cadre de ma foi. Pour autant, ça ne remplace pas une thérapie psy. Et heureusement que j’en ai fait une pour comprendre, travailler et dépasser mes traumatismes. Ce travail psy m’a permis de pouvoir réaliser les projets qui me tenaient à cœur. C’est un cadeau que l’on s’offre à soi-même. Même si ça demande du temps, du travail sur soi. Mais c’est la base pour aller mieux. Marie, Jésus, Dieu Père ne feront jamais le travail thérapeutique d’un psy. Ni ce travail à notre place. Et ce travail est nécessaire pour aller mieux. Et s’autoriser à être heureux, heureuse de façon pleine et entière aussi. Lâcher ses grosses valises et ne pas les faire porter à la génération suivante aussi. Car ce qu’on ne traite pas en thérapie psy se reporte sur la génération suivante. Qui aura en plus de ses propres soucis, le devoir de traiter ce qui n’a pas été traité par les générations précédentes. Ce qui, de mon point de vue, n’est pas normal ni souhaitable. C’est pourquoi d’ailleurs avant d’avoir et de concevoir des enfants, j’ai entrepris tout le parcours thérapeutique psy. Je n’avais pas envie que mon enfant porte tout ce vécu traumatique. Ca me paraissait injuste et une forme d’abus également.

Dernière précision : je n’ai plus de mal-être. C’est fini, grâce aux longues années de thérapie psy que j’ai entreprises. J’ai une vie très heureuse et très alignée depuis une bonne vingtaine d’année entre mon métier qui est aussi une vocation, mon couple et ma petite famille. Des passions également. Je suis sortie de ce passé et j’en suis heureuse. Une belle victoire. Par contre, je reste très sensible à ce qui touche à ces questions d’abus, de crimes. Et je peux réagir de façon épidermique quand un propos me choque sur ces questions.

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