En réponse au message :
Affaire Jean Vanier : l’ancienne présidente d’Irlande menace de quitter l’Eglise catholique
https://www.golias-editions.fr/2020/09/04/la-fabrique-des-desabuses/
ter 5 septembre 2020 à 14 h 04 min
J’ai entendu- lors d’un colloque à l’Arche de Jean Vanier, il y a quelques années, sur « l’autorité dans l’Eglise »- un abbé bénédictin (dont je ne citerai pas le nom) déclarer en substance : « Mon autorité consiste le plus souvent à indiquer à mes frères où se trouve la vraie sagesse. Mes subordonnés ( i.e, les frères de ma communauté), la plupart du temps, ne savent pas trop comment agir comme il faudrait, il faut les reprendre pour leur indiquer ce qui est juste. C’est l’essentiel de mon activité d’autorité ». Choqué par cette façon très « supérieure » d’envisager l’exercice de l’autorité, je lui ai posé la question : « Et si, d’aventure, il vous arrivait de vous tromper dans un de vos avis ou de vos jugements, pourriez-vous le reconnaître et en demander pardon au frère concerné par un défaut de votre responsabilité ? ». Il y eut un moment de surprise. Il ne s’attendait pas qu’on puisse mettre en doute son infaillibilité supposée (par lui). Avec un peu de retard et d’hésitation, la réponse fut : »Non, bien sûr, je ne demanderait pas pardon, cela entamerait mon autorité ». Sous-entendu, mon autorité ne vaut qu’en se faisant passer pour infaillible. Commentaire des participants à la session après « évaluation » : « La contribution du P.Abbé bénédictin était en tous points remarquable. On voyait bien comment pouvait s’exercer une saine autorité dans une communauté bénédictine ». Pas un, sauf moi, n’a remarqué l’énormité du propos de la dite autorité. Les participants étaient tous des responsables ou amis de l’Arche, ce qui explique qu’on y repère plus tard des abus graves d’autorité de la part de Thomas Philippe ou de Jean Vanier. On idolâtre l’autorité. C’est le premier abus. On accepte d’être traités comme des mineurs par des « autorités » aux quelles on accorde les droits absolus d’être traités en mineurs irresponsables. Autre histoire d’une dizaine d’années. Un évêque de mon diocèse, aujourd’hui décédé, m’accuse de divers infractions (7) (en réalité plutôt anodines), et m’en fais la liste et le reproche devant moi, sans me demander ce que j’en pense. »Vous avez fait ceci et ceci… ». Il me réitère quelques jours après, une deuxième fois, l’énumération de ces incriminations, sans me demander ce qu’il en était réellement. J’étais comme un délinquant pris en faute. Je me revoyais à l’école primaire, semoncé par le maître ! Je n’ai eu le droit que de filer honteusement hors du bureau de l’évêché, la bouche close. Je savais que cela venait d’une cabale menée contre moi pour détruire ma réputation. J’ai appris qu’il y avait des personnes qui s’adonnaient avec délectation à ce genre d’exercice dans l’Eglise. A l’évêque de ne pas tomber dans le panneau et de prendre le temps de discerner. Ce que ne fit pas ce brave évêque. Quinze jours après, j’ai eu la surprise de le voir arriver chez moi. Il s’est assis face à moi et m’a dit : »Je regrette toute ces allégations contre vous. Je me suis aperçu que tout était faux et sans fondement. Je vous demande pardon de vous avoir accusé à tort ». Merci, Mgr. Il y avait eu abus flagrant d’autorité corrigé par une demande de pardon dûment formulée. J’essaie de ne plus y penser. Il y a eu pardon. Mais une autorité, fût-elle épiscopale, ne peut tout se permettre. Et elle peut demander pardon sans nullement déchoir. Les abus d’autorité, ce sont toutes ces attitudes indues auxquelles les « autorités » s’habituent, si elles ne savant pas se remettre pas en question.