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Le retour des Turlupins. Le billet du père Vignon

Le lundi 9 mars 2020

J’aborde ces groupes sous l’angle sociologique, politique. Ce que la plupart des croyants ne font pas, parce qu’ils ne se sont pas interrogés sur ces questions. Ils voient ces groupes uniquement par le prisme de leurs rites religieux spécifiques, de leurs idéologies, pas sous l’angle de leurs origines, de leur histoire réelle et d’où parlent réellement ces groupes. Ni les visées matérielles, politiques, sociales qu’ont ces communautés.

Pensez si vous voulez que je suis dans l’idéologie. Ce qui m’intéresse est tout autre chose. Ce qui m’intéresse et ce que je vous explique, c’est ce qui à la fois rassemble ces groupes, les fédère à différents niveaux, pourquoi ils sont nés, à quelle période de l’histoire, à quoi ils aspirent et quels sont leurs alliés, leurs méthodes spécifiques pour rallier à leurs causes.

Pour répondre à votre question sur les proximités entre l’Opus Dei et le Renouveau Charismatique :

L’Opus Dei (comme le Renouveau Charismatique) fait partie des mêmes groupes dérivants sectaires catholiques, mais dans le versant ultraconservateur au plan des rites. Par contre les deux dépendent des mêmes cercles sociaux à l’origine. Et professent des idéologies politiques semblables et donc militent dans les mêmes cercles d’extrême droite et de droite dite dure.

Se sont des personnes qui sont issues de milieux très aisés, très catholiques, que la république a partiellement dépouillé de leurs privilèges, souvent aussi d’une partie de leur fortune et qui veulent revenir à une société, une gouvernance totalitaire qui les avantage comme par le passé, qui leur redonne des privilèges essentiellement matériels. Pour ça aussi qu’on les retrouve dans des think thanks ultra libéraux, c’est sous leur influence en grande partie que l’extrême droite a adopté une ligne ultra libérale dans les années 80.

Le Renouveau Charismatique lui se donne une image plus moderniste et plus babacool, mais en réalité, quand il naît en France, avant même d’être rallié aux évangélistes américains protestants (sectes là aussi), il démarre dès les années 20-30 au travers de cercles à la fois très catholiques, très politiques et très intellectuels, issus là aussi de la contre-révolution catholique. Le fondateur de ce groupe s’appelle Jean de Fabrègues et on y retrouve Jean Guitton et son frère, Jean Guitton qu’on retrouvera comme idéologue par la suite dans ce qui s’appellera le Renouveau Charismatique dans les années 60. Et qui va enclencher le phénomène Marthe Robin (qui démarre dans les années 30) qui va être instrumentalisée pour incarner la mystique du Renouveau Charismatique. Le creuset originel du Renouveau Charismatique en France se situe donc bien avant sa naissance officielle. Soit 30 ans avant.

Le rapprochement qui va s’opérer entre les futurs gourous des différentes communautés du Renouveau Charismatique et les sectes protestantes évangéliques, correspond à des voyages de jeunesse aux US de ces gourous et des rencontres qui amèneront une récupération des rites, des structures de sectes évangéliques pour ensuite les adapter au catholicisme. C’est visible par exemple aux Béatitudes chez Ephraïm avec le pasteur Thomas Roberts. Et qui va aussi aller se gargariser près de Guitton et Marthe Robin, dans les années 60.

Mais le fondement du Renouveau démarre bien avant en réalité au plan idéologique. Il démarre presque aussi tôt que l’Opus Dei.

Et c’est historiquement, ce que la plupart des croyants ne savent pas. Parce qu’ils ne font pas les liens entre différentes structures qui fonctionnent sur énormément de points communs et qui aspirent au même contrôle totalitaire social et politique.

Et ce fondement du Renouveau Charismatique démarre pour les mêmes raisons que l’Opus dei,et avec le même type de familles riches qui se constituent en groupes de protestation, de lutte idéologique, politique et religieuse.

Les contextes politiques ne sont pas les mêmes certes entre l’Espagne des années 20-30 et la France de ces mêmes années, mais au sein des deux factions, c’est la même opposition, le même rejet démocratique, le même rejet républicain, le même regret vis à vis d’une perte d’emprise religieuse sociale et politique. Et le même fantasme de restaurer une forme de gouvernance totalitaire qui ramènerait un système théocratique ou presque.

C’est pourquoi aussi on retrouve ces mouvements aujourd’hui dans les mêmes idéologies politiques d’extrême droite, dans les mêmes rassemblements.

Mais cependant, le Renouveau Charismatique reste en deça de l’Opus Dei puisque l’Opus Dei dispose d’une milice privée et de privilèges religieux au Vatican et d’appuis conséquents du haut-clergé, choses qui ne sont pas encore à l’ordre du jour pour le Renouveau Charismatique.

Aujourd’hui le Renouveau Charismatique, pour actionner plus de puissance, a fusionné complètement avec les sectes protestantes et dispose d’un organe puissant l’ICCRS qui a reçu toutes latitudes du Vatican ou presque. Mais, il a le gros problème d’être très éclaté au plan idéologique. La mixture charismatique mélange tellement différents rites sous une bannière New Age, que finalement le risque sectaire est aussi démultiplié. Et beaucoup plus rapidement identifié également que le risque sectaire opusien (qui travaille énormément le secret, notamment sur sa milice privée et ses actions militaires, et qui dispose de tout un bataillon de pseudos historiens qui sont en réalité des adeptes qui racontent une fausse histoire du mouvement et du fondateur).

Du coup, le Renouveau Charismatique risque rapidement, soit de devoir rallier du pur New Age, ce qui serait assez logique idéologiquement et au plan du fonctionnement sectaire et financier. Il y a en effet un boom exponentiel dans tout ce qui relève du développement personnel, des conférences « bien-être » qui brasse énormément d’argent et sans doute plus encore que le Renouveau Charismatique dans son ensemble.

Soit continuer à se faire passer pour catholique, avec une validation vaticane, ce qui veut dire aussi continuer à devoir plier face à l’Opus Dei et à ses consoeurs (FSSPX, Civitas) au plan hiérarchique et stratégique. Ce qui ne fera pas ses affaires. Et puis, c’est une situation qui est bancale dans la mesure où le Vatican est de plus en plus désavoué lui-même par ses propres dérives internes.

S’il y a chez tous les groupes dérivants sectaires, le fantasme de supplanter le Vatican et devenir pape à la place du pape (ce qui arrivera de toutes les façons car JP2 a mis en orbite les groupes dérivants sectaires pour à terme, que ceux-ci prennent la relève d’un clergé de plus en plus âgé et sans suffisamment de candidats pour assurer la continuité), est-ce que c’est encore pour ces groupes, le bon cheval pour leurs appétits de pouvoir et d’argent ??? Là est la question.

La plupart des groupes dérivants sectaires catholiques (Opus Dei en tête) diversifient de plus en plus leurs activités, leur entrisme politique, économique, social. Et ils doivent faire face aussi au dévoilement de plus en plus rapide, de leurs turpitudes sectaires. Ils sont donc contraints de retourner à une certaine invisibilité pour continuer à prospérer sans être trop identifiés.

Je suis frappée personnellement par la démultiplication de sociétés écran, d’associations fictives, de changements de noms qu’opèrent différentes structures liées à ces communautés dérivantes sectaires.

Ce brouillage montre aussi bien leurs appétits que leur désarroi face à la mise en lumière de leurs activités sectaires.

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