En réponse au message :
Le retour des Turlupins. Le billet du père Vignon
Pour comprendre le paradoxe, il faut je pense resituer le contexte.
Années 70-80 : l’Arche est devenue une affaire qui marche et qui draine de l’argent, une image que le catholicisme institutionnel souhaite récupérer pour sa propre publicité. Et pour générer des bénéfices financiers, religieux directs et indirects. L’image sectaire et dévoyée des frères Philippe passe donc à la trappe pour devenir respectable et largement diffusée.
Et ça correspond aussi à un abandon des poursuites et condamnations des clercs pédophiles et déviants sous Paul VI, qui sera ensuite définitivement adoptée sous JP2.
Ce qui, sous JXX23 principalement (même si un peu sous Pie XII) a été condamné et sanctionné (dont la pédophilie cléricale avec la création et le fonctionnement des centres de traitements des Serviteurs du Paraclet pour prêtres et clercs déviants, pédophiles) va être progressivement abandonné, puis relégitimé sous Paul VI à partir de 1965.
Pourquoi ?
1/Parce que pour un haut clergé plus conservateur que progressiste, il est hors de question que ces pratiques déviantes et criminelles soient sanctionnées par l’institution puisque ce haut-clergé considère que ça fait partie de ses privilèges et d’une certaine tradition.
2/ Parce que le clergé qui est concerné par ces agissements dérivants est aussi assez conservateur idéologiquement et socialement. Il apparaît donc pour Paul VI et encore plus pour JP2 qui sont dans une dynamique plus conservatrice idéologiquement que progressiste, qu’il serait malvenu et contreproductif de sanctionner ces clercs dérivants. Qui sont issus de bonnes familles, de cercles religieux et intellectuels qui ont un certain poids social, politique, financier. Donc présentent un intérêt matériel conséquent à ne pas négliger pour une institution qui a décidé d’abandonner l’ouverture progressiste voulue par J23.
3/ Les mouvances ultraconservatrices alliées à l’extrême droite politique (mouvance avec laquelle le Vatican a toujours frayé depuis le 19e siècle quand le système monarchique s’est progressivement effondré) ont en partie fondé ce qui s’appellera le Renouveau Charismatique, c’est à dire en réalité, une sorte d’expérience sectaire et fondamentaliste, assez proche de la contre-révolution catholique mais mélangée avec l’anthroposophie, le New-Age. Ces mêmes ultra conservateurs ont fondé en 1965 la FSSPX (via Mgr Lebfèvre, grand ami de Marie-Dominique Philippe) qui elle, va aller jusqu’au schisme et qui propose une variante issue là aussi de la Contre-Révolution catholique. Mais dans un principe de conquête politique et de retour de la monarchie ou au moins d’une dictature militaire. Son organe politique sera Civitas.
Parallèlement mais fin des années 20, les ultra conservateurs non schismatiques issus des grands propriétaires terriens de noble naissance vont aider à fonder l’Opus Dei, dans le même but de revenir à un principe de gouvernance monarchique ou au moins à une dictature militaire pour contenir voire empêcher une gouvernance pleinement démocratique et refondé une société de privilèges pour la classe sociale la plus riche et ultra hiérarchisée. Les expériences politiques du franquisme, du pinochetisme sont l’application directe du système idéologique opusien. Et qui ensuite investira les positions politiques ultra libérales de Tatcher, Reagan avant de fusionner avec les grandes organisations patronales, les ligues religieuses d’extrême droite et infiltrer les grands groupes industriels internationaux et les verrouiller les instances internationales.
Fin des années 60, l’Opus Dei qui travaille à l’internationalisation après avoir aidé le Vatican à déplacer et sauver nazis, collabos et oustachis, ce qui deviendra le Renouveau Charismatique mais qui s’appelle les Non Alignés liés à Jean de Fabrègues, qui constituent la base des mouvements dérivants sectaires qui ont déjà des points communs et des alliés communs avec l’extrême droite politique, retrouvent avec Paul VI un allié. Idéologiquement et financièrement et socialement, ils vont présenter des garanties qui vont permettre ensuite sous JP2, lui aussi conservateur, de disposer d’une respectabilité et d’une médiatisation très importantes.
JP2 décide que ces mouvements issus de la Contre-Révolution catholique qui a échoué début du 20e siècle, sera le fer de lance de la destruction de Vatican 2, mais aussi le contrepoids à une société qui a des aspirations de plus en plus égalitaires, de plus en plus libres et hors religion. Il va donc laisser faire ces différents gourous en pensant que ce sera pour la plus grande gloire de Dieu et qu’il va ainsi sauver l’institution cléricale qui déjà est en train de s’effondrer, tant au plan des vocations que de la crédibilité, que de l’influence politique et culturelle. Et puis il y a l’argent que rapportent ces groupes. La ferveur, l’emprise que ces groupes ont sur une jeunesse catholique pratiquante. Ca représente un poids, une aura dont l’institution cléricale ne voulait pas se passer.
B16, malgré les premiers scandales des groupes dérivants sectaires, perpétue cette mise en valeur sectaire et celle de leurs gourous, en soutien à la politique de JP2 et malgré sa connaissance de leur gravité criminelle lorsqu’il dirigeait le St Office (il a accès à tous les dossiers criminels sans pour autant sortir ces documents et taper du poing sur la table).
Entre temps, l’Opus Dei est rentrée à l’IOR, tient le Vatican en laisse financièrement, travaille main dans la main avec différentes mafias et ligues terroristes d’extrême droite, a sa propre milice armée qui opère à la fois pour ses intérêts et ceux du Vatican. Et le Renouveau Charismatique qui s’est allié aux sectes protestantes et aux sectes New Age brasse énormément d’argent, prend du poids au plan des congrégations et devient un poids lourds financier en capacité de peser idéologiquement et financièrement.
De plus en plus d’évêques opportunistes vont utiliser ces groupes pour progresser dans la hiérarchie cléricale, obtenir de l’argent et tenter de capter le plus possible de jeunes pour des vocations sacerdotales et religieuses.
Ces groupes veulent formater la jeunesse selon leurs intérêts et dans le sens des gourous. Ce qui implique bien sûr, toutes les dérives et crimes, que ces groupes considèrent comme des privilèges d’une élite sociale spirituelle, économique et religieuse.
Voilà la raison qui a conduit le Vatican à fermer les yeux et à réhabiliter les frères Philippe et à laisser faire plus généralement les groupes dérivants sectaires.
Se sont des intérêts matériels, financiers, politiques qui ont guidé le Vatican. Derrière il y a le fantasme d’un retour en Europe de la monarchie de droit divin, la cessation de la démocratie, la restauration d’une institution cléricale dominant tout le corps social et politique comme au 19e siècle et le maintien d’un train de vie princier pour les hauts-clercs jusqu’à leur mort et en toute impunité en terme d’action. Ce qui veut dire pas de sanction pour crimes, abus, manipulation mentale, emprises, exploitation, tortures, etc.
Les dangers pour les croyants sont minorés, voire niés. C’est le principe du « on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ». Et puis, il ne faut pas oublier que priment les intérêts du clergé. La population des croyants a toujours dû supporter ce qui lui est imposé par le clergé. Il n’y a pas dans la tête du clergé de possibilité de discussion, d’aménagement. C’est une relation de domination.
Quand le clergé et le Vatican ont utilisé les couvents prisons, les bagnes, les colonies pénitentiaires et les instituts spécialisés pour soit-disant réformer une jeunesse en perdition, vous croyez qu’ils se sont préoccupés des tortures, de l’exploitation par le travail, de l’exploitation sexuelle et de la traite d’enfants dans ces établissements ? En aucune façon. Ce n’était pas un problème. Ce qui était un problème : c’était que ces horreurs soient connues du grand public et soient dénoncées au pénal et socialement.
Aujourd’hui, toutes ces atrocités sont progressivement découvertes par les croyants et divulguées au grand public. Les masques tombent. Les croyants prennent la mesure de la dimension criminelle que peut aussi prendre l’institution cléricale, qui les a mis en danger et qui en a détruits énormément. Et pas seulement durant ces dernières décennies via les groupes dérivants sectaires. Mais depuis en réalité dès ses débuts en tant qu’institution totalitaire.
C’est LA grosse prise de conscience du siècle… Et ça fait l’effet d’une bombe parce que du coup, ça modifie complètement l’approche idéaliste et naïve que les croyants pouvaient avoir jusqu’à présent vis à vis des institutions cléricales et de la religion en général. Le cynisme, l’opportunisme, le matérialisme apparaissent clairement derrière des arguments mystiques et charitables.
Et ça correspond à la fin de l’ère des empires au plan politique et économique. Parce qu’on est en train de s’apercevoir que ce modèle politique et religieux est néfaste et détruit l’individu et son environnement plus qu’il ne construit. Nous changeons par ces prises de conscience successives, de paradigme, ce qui veut dire que nous changeons progressivement de modèle de société. Par le rejet de ces concepts abusifs, totalitaires, manipulateurs et criminels.