En réponse au message :
Le retour des Turlupins. Le billet du père Vignon
Bonjour Pierre
Cette doctrine est surtout une escroquerie que vous retrouvez présente non seulement dans les sectes New Age (et le Renouveau Charismatique et ses différents gourous sont liés au New Age), mais présente depuis très longtemps au sein de l’institution cléricale lorsque différents clercs vont justifier abus et crimes sexuels sur enfants d’abord, mais aussi rapidement sur religieux, religieuses inférieurs hiérarchiquement, en parlant d’union mystique réalisée sexuellement.
Cette doctrine devient très rapidement un véritable dogme secret sans l’être vraiment, qui permet à l’institution cléricale de pouvoir disposer de façon permanente, sans vergogne et de façon totalitaire, d’un grand nombre de personnes des deux sexes (généralement jeunes) comme objets sexuels, via une emprise psychologique, hiérarchique religieuse et affective.
Ce qui explique d’ailleurs la tradition de l’abus, l’exploitation sexuelle des religieuses, des séminaristes, des novices, des orphelins, des jeunes en situation de détresse qui remonte au début de l’institution cléricale et qui n’a pas attendu le 20e siècle pour se vivre.
Ce qui explique d’ailleurs l’immense problème pour l’institution cléricale y compris pour la papauté, de reconnaître et de définir clairement comme crime, ce qui constitue pour beaucoup en réalité, une tradition et un privilège. Jamais réellement puni au pénal.
Je me souviens d’une conférence d’un historien italien qui précisait (en lien avec la consultation d’archives très très anciennes au Vatican), qu’à aucun moment de l’histoire de l’institution cléricale, il n’y a eu de réelle condamnation de ce type d’exploitation sexuelle, doublée souvent d’une exploitation par le travail.
Retrouver cela dans les groupes dérivants sectaires actuels, mais aussi dans les comportements dérivants d’instituts, de couvents, d’abbayes du passé (je pense en écrivant cela aux colonies pénitentiaires, aux bagnes religieux, aux orphelinats, aux couvents prisons, aux instituts éducatifs, aux petits séminaires) ne devrait surprendre aucun croyant ni aucun clerc. C’est un secret de polichinelle en réalité.
Il me semble que si on reste figé historiquement uniquement sur la secte des Turlupins et leur gnose, on ne va pas au bout de l’origine de ce type d’idéologie. Qui démarre au tout début de l’institution. Qui est donc structurelle. Et pas juste le fait d’une secte à un moment donné de son histoire.
Doctrine qui sans doute s’appuie sur le paganisme (on sait à quel point le catholicisme a récupéré et revisité à sa sauce les traditions païennes -la plupart des fêtes religieuses correspondent à des dates de fêtes païennes et si l’on reprend différents lieux mystiques catholiques, ils ont supplanté des lieux mystiques païens) mais aussi sur la certitude que pour endoctriner et dominer complètement un individu, le soumettre en tout, il faut aussi le dominer sexuellement. Et quoi de mieux que de justifier par la mystique des abus et crimes sexuels ?
Ainsi ils deviennent moralement acceptables et ne peuvent plus être contestés. Ni par les victimes, ni par la société.
C’est une manipulation mentale complète, qu’on retrouve dans tout ce qui relève du totalitarisme et des exercices de domination. Ou comment justifier l’injustifiable, l’inacceptable. C’est aussi une instrumentalisation extrêmement perverse de Dieu qui, en divinisant l’agresseur (qui est aussi le dominant), prétend, par l’abus et le crime sexuel, diviniser ses victimes (les dominés). Ce qui ne permet plus aux victimes de pouvoir protester, s’opposer à cette domination, puisqu’elles participent au sein de l’abus et du crime perpétré contre elles, à une élévation soit disant spirituelle et une divinisation par l’intermédiaire de leur agresseur. Elles ne vivent plus idéologiquement parlant un crime, mais une initiation spirituelle élitiste. La sexualité sacrée dans le cadre religieux, sectaire, c’est cela. Et l’institution va trouver tout un tas de textes religieux pour appuyer cette thèse.
Les frères Philippe et leur oncle Dehau et tous les autres gourous religieux ou laïcs se réclamant de ce type de doctrine, n’ont fait que réactualiser une perversion religieuse qui en réalité, est présente depuis les débuts de l’institution et a participé depuis toujours à fanatiser, soumettre et empêcher la révolte des personnes victimes. Tout en empêchant aussi une sanction pénale et morale de la société en général.
Aujourd’hui les masques tombent. Principalement parce que les femmes qui constituent depuis toujours l’essentiel des victimes de ce type d’emprise, sortent du silence, de la peur et osent porter plainte, témoigner de ces atrocités subies soit disant au nom de Dieu et d’une élévation spirituelle.
Il était temps. On sait aujourd’hui que l’institution exploite sexuellement et par le travail depuis très longtemps enfants, femmes et jeunes. Que ce type d’exploitation se retrouve de façon quasi systématique et ostensible dans les groupes dérivants sectaires.
Il y a sans doute quelque chose à réfléchir tous ensemble avec le clergé le plus conscient de cette problématique dérivante et criminelle, sur pourquoi cette exploitation criminelle. Sur le fait que cette doctrine détourne une sexualité destinée à être vécue de façon épanouie et heureuse dans l’égalité, le partage et l’amour entre des adultes consentants et libres, en un rapport de domination à tous les niveaux sous couvert de mystique.
Et puis aussi, peut-être, assumer qu’un rapport sexuel vécu dans le cadre amoureux et non pas dans un rapport de manipulation, de domination et de perversion, constitue, dans le plaisir partagé qu’il apporte aux deux protagonistes et partenaires, une forme d’élévation et d’édification spirituelle.
Le fameux septième ciel n’est pas juste un terme fantasmatique. Il faut le sortir de ce registre. Mais admettre que le plaisir partagé entre adultes consentants dans le respect et l’amour, constitue un rapprochement d’avec Dieu. Ce qui se comprend très bien quand on l’expérimente par la plénitude, la réassurance, la sécurité et l’épanouissement personnel et relationnel que le plaisir partagé procure. Et qui donne de l’élan, de la joie et une ouverture au monde dans le quotidien.
Il faudrait sortir d’une espèce de peur de la sexualité et du plaisir, de tabou aussi, comme si la sexualité était quelque chose de sale, de dégradant, de suspect.
On sait que dans le cadre clérical et institutionnel, il y a un rapport complètement tronqué à la sexualité, vécue dans le secret, l’hypocrisie, la honte et l’idée d’emprise et de domination. Pas seulement du fait de courants ascétiques, qui certes peuvent expliquer un peu cette problématique, mais sans complètement la résoudre. Mais pour des raisons de pouvoir religieux et politique uniquement masculin. Les femmes étant celles qui portent les enfants, qui dispensent l’éducation, dominer leur corps, leur sexualité par la manipulation, la violence, le contrôle et la domination, permet de contrôler l’ensemble de la société.
En quoi faudrait-il diaboliser la sexualité entre adultes consentants et amoureux ? Parce qu’elle libère justement de toute idée de domination, de contrôle, d’emprise. Donc rejette l’idée du pouvoir d’un genre sur l’autre. Et travaille sur l’idée d’égalité des sexes refusée par l’ensemble des religions monothéistes comme des institutions religieuses.
Est-ce que, si cette sexualité égalitaire avait été simplement admise, comprise sans idée de diabolisation, de domination, d’emprise, de secret, ça n’aurait pas évité toutes ces déviances et ces crimes sous couvert de mystique ? Très certainement.
C’est peut-être quelque chose que nous autres femmes (dans la mesure où nous avons un vécu épanouissant en ce domaine) pouvons apprendre aux hommes y compris aux hommes du clergé. C’est notre apport à toutes (simples croyantes, religieuses, compagnes de prêtres) pour réparer, guérir de cette espèce de déviation complète de la sexualité, de l’affectivité qui n’étaient jusqu’à présent vécues par pas mal d’ hommes et encore plus d’hommes religieux, que dans une perspective de diabolisation, de contrôle et de domination.
Je pense aussi qu’il faut réellement raconter l’histoire des religions pour comprendre comment le monothéisme (essentiellement masculin) et l’ère des empires vont, pour asseoir leur suprématie, utiliser le contrôle et la domination des femmes et donc aussi la diabolisation de la sexualité (et d’autant plus de la sexualité des femmes). Ce qui forcément a eu et a encore des conséquences immenses dans la culture et l’éducation en ce domaine que nous avons toutes et tous.
Mettre tout ça en pleine lumière dans des discussions simples tous et toutes ensemble avec des historiens spécialisés, des sociologues, des anthropologues, me paraîtrait une bonne base pour sortir de toutes ces horreurs criminelles et poisseuses et remettre de la confiance et de la sérénité dans ce chaos et cette succession de scandales.