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Fraternités monastiques de Jérusalem : “Nous devons faire la vérité sur la part sombre de notre histoire”

Le dimanche 12 janvier 2020

Bonjour mesdames

Ne pas oublier de recontextualiser. Ces atrocités, ces maltraitances dont vous parlez des siècles passés, s’inscrivent dans le fait que la plupart des responsables communautaires du passé, hommes comme femmes, ont été placés là contre leur désir dans 98% des cas. Se sont à la base leurs familles qui les offraient à l’institution cléricale catholique pour ne pas trop éparpiller, disperser l’héritage familial.

On ne se préoccupe pas durant des siècles des désirs, aspirations des enfants, des jeunes, on les place en religion le plus tôt possible (vers l’âge de 9 ans environ) et on leur annonce au cours de leur formation qu’ils n’en sortiront pas puisque le père de famille l’a décidé ainsi. Ce placement arbitraire et unilatéral génère chez l’enfant, le jeune concerné, des frustrations, des comportements d’auto-mutilation, une révolte, une colère immense, des comportements abusifs de vengeance, de représailles sur autrui du moment que ces personnes, une fois adultes, accèdent à un peu de pouvoir. Comme cela peut générer aussi des suicides, des pathologies psy graves, une forme d’illuminisme, refuge pour échapper à une réalité quotidienne sordide.

Ne pas oublier que ce type d’engagement était principalement lié à un diktat familial et lié à la nécessité de survie économique dans la grande majorité des cas.

Intégrer un couvent, un monastère, la prêtrise, c’était un moyen de survie économique, physique, mais aussi de promotion sociale. Ca le reste encore pour des jeunes issus de pays en voie de développement.

La vocation religieuse libre est très récente. Même quand on nous dit que différents saints ont choisi cette profession librement, si vous sortez un peu du roman clérical et que vous allez voir de près le contexte familial, social de ces saints, l’époque à laquelle ils vivent, vous comprendrez vite que dans bien des cas, le choix n’en était pas forcément un. Mais découlait de problématiques personnelles, de fidélités familiales, de diktat familial, social, d’incitations poussées du clergé ou de familles bien comme il faut.

Plus on remonte dans le temps, aux débuts de l’institution cléricale, plus on découvre que beaucoup de jeunes saints ont été carrément achetés physiquement par le clergé pour fournir de la main-d’œuvre aux abbayes, couvents. Il n’est pas besoin d’être devin pour comprendre ce qui pouvait se passer dans de telles situations d’assujettissement, l’enfant sachant que ses nouveaux maîtres avaient pouvoir de vie et de mort sur lui ou elle. Aujourd’hui on s’étonne presque de découvrir un clergé en partie pédophile, maltraitant, abusif. Mais il y a toujours eu ces dérives criminelles depuis les débuts de l’institution. De la maltraitance, de l’exploitation, de l’humiliation des jeunes et moins jeunes par celles et ceux qui dirigeaient ces couvents, abbayes, monastères, séminaires.

Parce que le contexte de départ est dicté non par un élan d’amour de l’âme vers Dieu, mais dicté par des contraintes, par des violences, par de l’assujettissement, de la mise sous tutelle, de l’enfermement arbitraire, des atteintes à la dignité, à l’intégrité.

Pour comprendre réellement les tenants et les aboutissants, il faut sortir du registre des apparences, pour analyser la situation de façon historique, sociologique, psychologique. Vous verrez qu’alors, des situations présentées soit disant comme idéales, le sont beaucoup moins.

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