Face aux affaires de pédophilie dans l’Eglise, le déni comme système inconscient de défense : Poster un message

En réponse au message :

Face aux affaires de pédophilie dans l’Eglise, le déni comme système inconscient de défense

Le samedi 1er décembre 2018

Bonjour Lienne

Ne me remerciez pas. J’essaie juste de comprendre les motivations, les raisons qui portent l’institution dans ces types de comportements criminels. Ce qui me choque profondément, c’est ce maintien des crimes et abus sexuels comme s’ils étaient indispensables. S’ils sont indispensables réellement, cela veut dire qu’ils permettent d’asseoir le pouvoir du clergé et essentiellement du haut clergé. On est donc en ce cas dans un exercice de domination totalitaire. Quand les principales victimes sont des femmes et des enfants et que les principaux auteurs sont majoritairement des hommes, il y a quand même un vrai problème dans le rapport qu’entretiennent de nombreux clercs masculins avec femmes et enfants. S’ils considèrent qu’en tant que clercs et hommes, ils peuvent disposer des femmes et des enfants comme objets sexuels, c’est très très grave. Qu’est-ce qui dans leur éducation, dans leur formation religieuse, les a poussés à croire cela et à le faire subir aux femmes et aux enfants dans l’exercice de leur ministère religieux ? Comment prétendre suivre Jésus et considérer que femmes et enfants sont des défouloirs sexuels ?

J’attends les explications d’Isabelle qui pense que je me trompe sur toute la ligne.

Dans ce que j’en comprends au fil des enquêtes et découvertes, je constate qu’exactement comme dans le patriarcat de la société civile, la culture du viol et la protection des violeurs sévit dans les mêmes proportions majeures au sein de l’institution cléricale romaine, jusqu’à son plus haut niveau.

Ce qui a de la valeur, ce qui soude croyants et institution, c’est la possibilité de se faire confiance. Cette confiance est complètement rompue. Et elle est rompue parce que d’un côté le discours institutionnel prétend protéger les victimes, les croyants, les accompagner pour parvenir à une spiritualité heureuse, épanouie, mais en réalité dans les faits, l’institution cléricale protège les violeurs et abuseurs et soutient des organisations, des clercs, des engagés religieux qui manipulent, blessent, sèment la confusion et le désespoir chez les croyants. Ca ne peut plus continuer.

Et quand un prêtre dénonce ce système comme l’a fait Pierre Vignon, il est viré. Signe encore plus flagrant envoyé aux croyants et aux victimes que les violences sexuelles n’ont pas pour l’institution d’importance ni de gravité criminelle. Ce qui est criminel aux yeux de l’institution, c’est qu’on la dénonce comme actrice et protectrice de ces crimes. C’est son image qui importe plus que les faits criminels.

On se retrouve donc exactement dans la même configuration d’inversion des responsabilités et des crimes qu’on retrouve dans la société civile face à l’inceste et à la pédophilie, qu’elle relève d’institutions scolaires, sportives ou de familles.

Et c’est cela le plus insupportable. Et ça ne s’applique pas qu’en France.

On observe cela partout. Je lisais récemment sur des sites canadiens francophones que pour les Orphelins de Duplessis, l’Eglise comme les psys impliqués dans ces crimes d’internement forcé attendaient impatiemment que la plupart des contestataires meurent pour avoir la paix. On entend sensiblement aussi ce type de discours en Irlande dans les congrégations qui ont violenté, abusé par le travail forcé, le trafic d’enfants, des enfants et adolescentes et jeunes femmes. En Suisse, jusqu’à ce que les différents types d’internements et d’oppressions des populations pauvres et yéniches dans des institutions religieuses abusives soient réellement dénoncées par l’Etat puis par l’Eglise, avec en plus tout un travail de réparation et d’action éducative, d’aveu de responsabilité criminelle en parallèle, on pouvait entendre le même type de discours. Même chose en Australie. En fait si on fait le tour du monde des problématiques criminelles et abusives conjointement réalisées par état et religion catho, et que ces crimes n’ont toujours pas été réellement traités et réparés, le discours est toujours une pratique d’inversion des responsabilités et du déni. C’est le classique du classique !

Il y a eu pourtant des lanceurs d’alerte engagés religieux. Richard Sipe dont j’avais parlé ici, Gerald Fitzgerald bien sûr, Eugen Drewermann, Patrick J. Wall, le père Vignon maintenant. Mais non…surtout ne pas écouter ces clercs. Les virer, les diaboliser…mais surtout continuer comme avant à protéger et cacher crimes et criminels. On croit rêver…façon cauchemar.

J’écoutais récemment l’interview de Gianluigi Nuzzi interrogé à ce sujet et voilà ce qu’il en dit actuellement au regard de toutes les affaires qui sortent sans qu’elles soient réellement traitées par l’institution :

https://www.arte.tv/fr/videos/080266-001-A/entretien-avec-gian-luigi-nuzzi/

Et lui est au plus près de ce qui se passe au Vatican puisqu’il est régulièrement sollicité par clercs, hauts-clercs, religieux, religieuses qui se confient sur des affaires criminelles vaticanes et institutionnelles.

Alors je pense que nous ne pourrons compter pour avancer sur ces dossiers que sur quelques clercs comme Pierre Vignon, Charles Morerod, Gabriel Ringlet et sur nous-mêmes et la société civile, quelques journalistes. Encore que, même les journalistes indépendants ne sont pas toujours enclins à dévoiler toute l’étendue des crimes. J’avais monté un dossier assez complet pour Daphné Gastaldi début 2016, avec liens, références bibliographiques, vidéos, qui auraient pu contribuer à dévoiler la responsabilité institutionnelle depuis 1965 sur les dossiers pédophilie cléricale et elle n’a jamais osé publier. Quand je lui ai demandé pourquoi, elle m’a dit qu’elle n’avait pas trop le temps, que c’était long…alors même que ces documentations auraient permis de pouvoir mieux traiter l’affaire Preynat et rappeler à Barbarin qu’il fallait qu’il arrête de prétendre qu’il ne savait rien et que l’institution n’avait rien à voir avec ces crimes et leur protection. Que ça passe par We report, Mediapart, Cash Investigation, il y avait de quoi pouvoir faire un reportage intéressant et instructif sur le sujet. Qui permettrait que Barbarin soit jugé au pénal et pas que lui sur ces sujets, autant que Preynat. Le fait que rien ne soit sorti (même s’il y a quand même eu quelques reportages intéressants et des interventions utiles et pédagogiques sur le sujet) permet de maintenir les citoyens dans l’ignorance et donc de facto, justifier les clercs impliqués et l’institution dans le déni et la perpétuation criminelle. Et ça, ça m’énerve vraiment. Parce que je pense aux femmes, aux enfants qui continuent à l’heure où nous échangeons de subir violences, abus sexuels de la part de clercs, religieux et qui comprennent bien que l’institution n’est toujours pas réellement inquiétée ni poursuivie pour ces crimes et qu’elle ne traitera pas le problème réellement, sauf de façon marginale ou plus généralement pour continuer de dissimuler crimes et criminels le plus longtemps possible, et les soustraire à la justice pénale.

Je n’ai pourtant rien à eu à subir en terme de violences sexuelles de la part du clergé, mais peut-être parce que je sais en tant que victime d’inceste, ce qu’est ce type de violence et d’oppression et comment le déni blesse et participe au traumatisme, je ne peux pas envisager que femmes et enfants continuent de vivre ces horreurs. C’est pourquoi aussi j’ai participé à la manif #Noustoutes également. Les crimes sexuels, les violences que subissent femmes et enfants que ce soit de la part du clergé comme du reste des institutions et individus doivent cesser et doivent être réellement combattus, dénoncés, traités. Une société humaine ne peut pas avancer sans rejeter le viol et les violences criminelles en général. Car le viol fait obstacle à toutes les avancées de liberté, d’égalité, de fraternité, de paix, d’intégrité, de respect. Tant que les centres de pouvoir et les individus en général n’auront pas compris cela (en dehors des victimes), on ne pourra pas progresser sur ces sujets, il me semble.

Prenez soin de vous, Liene ! Tout mon soutien !

Rajouter votre témoignage

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?

Votre adresse email ne sera pas rendue publique sur le site. Seuls les commentaires sont publiés sur le site. Votre adresse mail est nécessaire pour que nous puissions vous répondre si vous avez une question personnelle.

Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Lien hypertexte

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)

Revenir en haut