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L’association des victimes du père Preynat s’adresse au Pape

Le mercredi 23 mars 2016

« Se taire à jamais »… Il faut vraiment avoir déjà pu guérir énormément pour pouvoir entendre ça comme victime. Plus encore, il faut pouvoir se mettre dans la peau de quelqu’un qui ne peut pas comprendre, par ignorance, pour pouvoir accepter. C’est hyper violent.

C’est ce silence de la honte qui donne tous les pouvoirs aux pervers. C’est avec cela qu’ils jouent et détruisent. C’est par ce genre d’ignorance, inconsciente on l’espère, que les institutions ne bougent pas et laissent le mal se propager. On fait l’autruche. Au moment même on relativise, on n’y croit pas, on attend que ça passe, plus tard on dit « mais pourquoi vous venez avec ça après si longtemps, c’est malsain ! ». En gros, on dit aux victimes « taisez-vous, on ne veut pas savoir ».

Pas savoir quoi ? ce que vit la victime de l’intérieur, peut-être plus que tout. Devant le meurtre psychologique qu’elle subit, elle a 3 choix : le déni jusqu’au suicide pour ne jamais en prendre conscience, la folie (délire, psychose, maniaco-dépression etc…) pour ne pas en prendre conscience non plus, ou l’anesthésie provisoire, donc un déni qui va durer quelques décennies avant qu’elles aient la force de se réveiller.

Mais à quel prix, cette troisième et meilleure solution ? Au prix d’une dissociation d’avec soi-même, une absence de ressenti, d’émotions, de sentiments, de liberté intérieure, bref, une vie qui n’est plus réduite qu’à la survie, avec angoisses, crises de panique, automutilation, épuisement chronique etc… Et ensuite, quand le réveil se fait, non seulement on vit la douleur inhumaine du crime, mais en plus le monde autour nous blâme pour notre souffrance ou renverse la faute sur nous, parce qu’on commence à parler : on est donc à l’origine du problème !

Oui, la plupart des victimes retrouvent la force de parler au moment où il y a prescription et sont attaquées alors pour diffamation. C’est la loi de la perversité. Or elles ont le droit, ne fut-ce que d’essayer de comprendre. C’est souvent la seule chose qu’elles demandent. Et elles ne comprendront pas. Car la perversité est l’humain dans sa plus profonde incompréhenssibilité. Enfin je trouve.

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