En réponse au message :
Pédophilie, une épine au flanc du Pape François ?
Christian
C’est vous qui m’avez dit que votre mère a été placée arbitrairement par votre grand-père au Bon Pasteur. Elle ne pouvait donc y être que comme pensionnaire pénitente et non comme religieuse. Dans ce cadre-là, elle y a subi tout ce que je vous ai expliqué et si malgré ces souffrances, elle a voulu être religieuse, c’est du fait de la pression des religieuses faite sur ces jeunes filles, souvent complètement abandonnées par leur famille et ne sachant pas comment pouvoir survivre hors situation carcérale monastique. Ce n’était pas une question de vocation mais de survie économique pour ces filles et femmes.
Votre maman a pu heureusement sortir de tout ça. Elle a pu se marier et avoir des enfants dont vous. Je m’en réjouis.
Manifestement, elle ne vous a pas raconté ce qu’elle a vécu. Je le déplore parce que du coup, vous en êtes resté à un discours sur le sujet très intégriste et très édulcoré. Je vous ai proposé de vous renseigner auprès d’autres pensionnaires du Bon-Pasteur sur leur forum internet pour y avoir des informations que votre maman ne peut pas ou ne veut pas vous donner. Si vous n’y allez pas, je ne peux pas le faire à votre place.
Je n’ai pas insulté votre mère. Je vous ai simplement expliqué les horreurs qu’elle et les autres jeunes filles placées dans les Bon Pasteur ont vécu. Je me doute que c’est un choc énorme pour vous. Que c’est quelque chose qui vous est très difficile voire insupportable à admettre. Personne n’aime découvrir les souffrances d’une maman.
Hélas, oui, l’Eglise catholique a été capable de telles horreurs, de telles atrocités sur des filles dont la seule faute était d’avoir été placées arbitrairement ou par les tribunaux ou par leur père afin de les soumettre ou de les préserver moralement comme on disait pudiquement à l’époque.
J’en suis désolée pour vous, pour votre maman qui a dû beaucoup souffrir et que le silence sur cette période de vie a dû beaucoup isoler, meurtrir aussi. C’est aussi pourquoi je vous ai donné l’adresse du forum « Bon Pasteur, nous y étions ». Pour qu’elle puisse, si elle fait un peu d’internet, y discuter avec les dames qui y parlent de ce vécu traumatique et douloureux. Et d’autres choses plus riantes aussi. Elle s’y sentira moins isolée, pas jugée mais entourée.
Peu de femmes qui ont vécu ces horreurs peuvent parler de ces moments difficiles. Et c’est encore plus problématique d’en parler dans le cadre familial. Plus facile de le faire avec d’autres anciennes pensionnaires.
Maintenant, je doute que vous lui passiez l’adresse. Parce que vous préférez rester dans la négation des informations que je vous livre. C’est plus facile pour vous pour le moment.
Si je vous ai donné toutes ces infos, ce n’est pas par bavardage mais pour faire de l’éducation populaire. Peu de catholiques savent tout ça. Ces sujets ne sont que très rarement abordés et largement ignorés. Ca commence à changer du fait des scandales en Irlande, en Suisse, en Australie, au Canada. La France se réveille peu à peu aussi…Mais il faudra sans doute encore du temps.
Au moins, vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas. C’est ce qui m’importe à chaque fois que je m’exprime ici ou ailleurs et que j’aborde ces sujets. Informer et éduquer sont mes préoccupations. Je le fais bénévolement parce que je crois en la vertu de l’éducation pour tous. Et que je sais primordiale une éducation sur l’histoire de certaines congrégations religieuses dans les milieux cathos. Histoire qui n’est jamais expliquée, ou alors seulement, de façon révisionniste et largement édulcorée. Ce qui permet d’ailleurs la désinformation et la perpétuation sous d’autres formes des mêmes atrocités dans les communautés déviantes aujourd’hui. Et ça, en tant que catho, en tant qu’enseignante, femme et maman, je ne peux pas supporter ces mensonges. Je ne supporte pas non plus ces violences perpétuelles faites aux individus. Donc j’informe. Ce qui permet aux catholiques de pouvoir petit à petit lier les évènements, les contextualiser, comprendre la réalité d’une institution largement répressive et oppressive, y compris jusqu’au stade criminel. Sans cette reconstitution du puzzle, pas de réforme de l’Eglise, pas de changement ni de prise de conscience des croyants, ni de prise en compte des victimes catholiques de différentes congrégations.
Que ça vous mette mal à l’aise, vous trouble, vous irrite, je le comprends tout à fait. Ca m’a aussi mise à mal quand j’ai découvert tout ça par moi-même. Ce n’était pas l’image que j’avais de l’institution. Mais c’est hélas la réalité. Croyez bien que j’en suis toute aussi triste que vous.
Bonne journée !
Cordialement Françoise