En réponse au message :
Pédophilie, une épine au flanc du Pape François ?
Bonjour Agapé
La difficulté de trouver des places en foyers maternels comme en maisons des femmes lorsqu’il y a violence conjugale est manifeste. Mais ce n’est hélas pas récent. Malgré les lois en vigueur. Je connais bien la réalité via différentes élèves qui travaillent à l’Aide Sociale à l’Enfance (j’enseigne aussi au Conseil Général). Le problème est important aussi pour renouveler le nombre de gynécos et donc d’assurer la santé génésique des femmes, chose qui risque de devenir problématique incessamment sous peu. On a le même problème avec les médecins homéopathes qui ne sont pas renouvelés ou si peu. Et se ne sont pas les dernières lois pour l’emprise des labos pharmaceutiques qui vont arranger les choses.
Ce manque vient d’un mépris massif pour les femmes, pour leur santé, leur prise en charge. Les mouvements féministes qui ont lutté pour nos droits et l’établissement de ces lieux, voient comme la plupart des associations, une baisse de subventions mais aussi une baisse de militants. Et politiquement, quand vous savez que le nombre de femmes stagne à 15% de députés à l’Assemblée Nationale, c’est pas franchement elles qui peuvent peser pour une amélioration de la prise en charge. Les AFC (associations familiales catholiques) font tout pour au contraire défaire les avancées de la prise en charge. Le Planning, comme le MLAC en savent quelque chose. Et c’est pas la création des foyers anti-IVG liés à l’OD, avec leur lot de criminels patentés qui a amélioré les choses. (voir l’affaire du Foyer d’Ariane de la Roche Sur Yon). Aujourd’hui les femmes, entre la Leche League qui lobotomise des sages-femmes libérales et certaines parlementaires écolos, les groupes intégristes cathos et protestants des AFC, de l’UDAF, l’UNAF, les groupes sectaires qui cherchent aussi à instrumentaliser les femmes et leur corps, doivent faire preuve d’une vigilance et d’un discernement incroyables pour échapper à ces groupes et pouvoir disposer de l’information sur les structures et les aides dont elles peuvent disposer pour vivre au mieux leur parcours conjugal et maternel.
Ce qui manque cruellement, c’est un travail sur la responsabilité sexuelle des hommes. Ca, c’est vraiment un manque qui place les femmes dans une solitude face à la contraception, qui devrait pourtant être double. Concerner autant les hommes. Bien sûr, le dialogue est important mais il faut aussi éduquer les garçons à la contraception. J’aimerais que tout ado garçon puisse bénéficier d’un suivi chez un andrologue, avec une éducation à la sexualité et à la contraception équivalente à ce que nous, nous avons chez le gynéco. On ne peut pas avancer sur ce plan là, sans éducation équivalente tant chez les filles que les garçons.
Tant que la contraception ne sera qu’une affaire de femmes, on ne pourra pas faire baisser les IVG. Concernant la contraception féminine, il n’existe pas que la pilule : vous avez aujourd’hui sur le marché des stérilets adaptés aux jeunes filles, donc qui ne posent pas de souci hormonal comme la médication pilule. Sauf que, encore faudrait-il que les gynécos le proposent. C’est pareil pour les patchs, les anneaux vaginaux, moindrement dosés et beaucoup mieux supportés par les femmes, beaucoup plus adaptés aussi à la vie moderne. Vous avez aussi le préservatif féminin, mais qui n’est ni remboursé ni présenté aux femmes qui ne savent pas l’utiliser la plupart du temps. Pour celles qui ne veulent pas se retrouver chamboulées par une pilule, un implant ou gênées par le stérilet, c’est une solution qui est tout à fait adaptée. Sauf que là aussi, elle n’est quasiment pas proposée par les gynécos. Seul le Planning fait de l’information sur l’ensemble des méthodes contraceptives.
Logiquement, l’ensemble des contraceptions devraient être remboursées par la Sécu. Ce n’est pas un luxe, mais une nécessité. C’est une réalité que chaque couple hétéro vit. Et même homo, au moins pour éviter les maladies sexuellement transmissibles si le couple n’est pas très stable.
Au-delà du dialogue, il faut quand même une éducation sexuelle, anatomique pour comprendre son fonctionnement et celui de l’autre sexe. Sinon, je ne vois pas comment on peut parler de contraception en ignorant comment son corps et celui de l’autre fonctionnent. Or les religions refusent cette éducation. Les états ne se bousculent pas pour l’éducation à l’école et à tout âge de la vie. Si le Planning ne faisait pas de l’information et de l’éducation sur ce sujet, on serait dans une situation vraiment dramatique. Parce que les méthodes Ogino, glaire cervicale ne fonctionnent que sur très peu de femmes. Parce que la plupart des femmes ont des cycles irréguliers, avec des ovulations fantaisistes. Donc ces méthodes dites naturelles favorisent plus les grossesses que la régulation des naissances.
Le monde pharmaceutique s’il s’est penché sur la pilule hormonale féminine, ne se bouscule pas pour la pilule hormonale masculine. Et n’a pas forcément intérêt à faire de l’information sur le stérilet ou le préservatif féminin, masculin, puisque le but est de vendre du médicament régulièrement. Il faut donc qu’il y ait des associations qui médiatisent le préservatif, le stérilet pour celles et ceux qui ne veulent pas de contraception hormonale (ce que je peux tout à fait comprendre). Et pour celles et ceux qui ont peur que ça gratte le préso, faut leur apprendre à l’utiliser avec un lubrifiant qu’il soit spermicide ou pas. Ca aussi c’est un minimum. Sinon, je vois pas comment on peut avancer dans l’éducation massive des gens sur ce sujet.
Les associations anti-IVG ont sur l’acte un discours que l’IVG est forcément traumatique. Mais en tant qu’avortée moi-même, je peux vous dire que le plus traumatisant n’est pas l’acte en soi (bien que la démarche ne soit pas du tout facile et qu’on ne s’y résout pas de gaieté de cœur) mais le manque d’écoute, le mépris à la fois du corps médical, du corps social, de la famille souvent, vis à vis de la démarche IVG des femmes et des couples. Vous avez d’abord les médecins de famille et de plus en plus de gynécos dont certains vont refuser l’IVG, qu’elle soit médicamenteuse ou chirurgicale. Perso, je préfère la chirurgicale sous anesthésie générale. Je trouve qu’elle est plus sûre, sans douleur et elle garantit aux femmes un suivi médical et psy vraiment correct, à la fois préalable et postérieur à l’IVG. Vous avez des entretiens, un accompagnement qui sont vraiment très bien en hôpital public en service gynéco quand vous faites une IVG chirurgicale.
Après, il faut les solliciter. Ce qui n’est pas forcément fait par toutes les femmes ni les couples. Là encore, il y a ignorance massive. Et les fortes demandes, le manque de centres IVG dans les très grandes villes, ainsi que le manque de revalorisation de l’acte médical, rendent les situations des femmes et l’information des femmes difficile. D’où des dépassements de délais et des femmes qui sont obligées de se faire avorter à l’étranger. Ce qui est un vrai problème. Mais qui a été voulu par les lobbys anti-IVG auprès des politiques.
Si on prend l’IVG médicamenteuse (possible jusqu’à à la cinquième et sixième semaine d’aménohrrée de façon sûre), elle peut être très douloureuse physiquement donc plus probablement traumatique. Elle s’adresse à celles qui peuvent supporter et assumer. Ce qui, dans la pratique ne concerne finalement que très peu de femmes. Je n’aime pas le procédé parce qu’il se fait à la maison la plupart du temps et même si le gynéco ou le médecin laisse le téléphone dispo, c’est une situation très dure pour les filles et les femmes psychologiquement, moralement. C’est mieux que ça se passe en milieu hospitalier avec les infirmières présentes, pour soutenir psychologiquement les femmes. Et il faut dire que l’IVG médicamenteuse n’écarte pas des risques d’avortement incomplet, donc un risque de curetage post avortement, ce qui n’est pas une partie de rigolade. Si je ne l’ai pas vécu, celles qui l’ont eu, savent de quoi je parle.
La pilule du lendemain a limité les dégâts ces dernières années. Mais, elle ne peut pas régler tous les problèmes. Toutes les femmes n’ont pas conscience qu’elles peuvent être enceintes en oubliant leur contraception hormonale habituelle. Elles ne mesurent ça qu’une fois le test de grossesse positif.
Vous avez ensuite les cliniques privées qui font de plus en plus la datation de la grossesse pour les femmes en procédure d’IVG. Et pour l’avoir vécu, je peux vous dire que certains médecins sont vraiment d’une violence à notre égard qui n’est pas acceptable. Se faire traiter verbalement de tous les noms les plus sales parce qu’on avorte, l’examen gynéco fait pour faire mal, sans délicatesse, la culpabilisation, ça je peux témoigner l’avoir vu et vécu et savoir que ce comportement médical est toujours largement en vigueur, tant de la part d’hommes que de femmes hélas. Dommage que mon compagnon n’était pas là pour dire au médecin ce qu’il pensait ce jour-là, parce que ça, voyez-vous, c’est traumatisant dans le contexte.
En plus, en vomissant continuellement, c’était déjà dur pour moi, mais là, j’en veux toujours à ce médecin de clinique qui m’a violentée, simplement parce que lui idéologiquement, était dans une posture anti-IVG. Heureusement, le Planning, comme le service gynéco de l’hôpital public, ont été vraiment vraiment chaleureux et aidants. Ca a compensé. Mais c’est pas forcément le cas partout, beaucoup moins en tout cas dans les grandes villes. Et la suppression des services gynécos dans pas mal d’hôpitaux publics pour des questions de rentabilité, fait que la surpopulation des centres IVG ne peut plus proposer des suivis, des moments d’écoute, de partage comme peut le faire encore le Planning. C’est regrettable.
Vient enfin le poids familial qui est d’autant plus lourd dans les familles religieuses. Je le dis pour toutes les religions, massivement opposées à l’IVG et à la contraception. Le discours généralement des parents est lamentable vis à vis des filles et femmes avortant. Il est l’équivalent de ce qui est servi aux jeunes faisant leur coming out homo. Et il peut s’accompagner d’une exclusion définitive familiale mais aussi de chantages affectifs, financiers. Je le sais, je l’ai vu pour certaines jeunes filles. Ce qui conduit beaucoup à taire cet IVG pourtant assumé et à le porter comme une honte, dans une solitude encore renforcée si elles ont fait la démarche seule, sans même l’amoureux ou une copine, une amie pour les aider. Cette solitude immense est sans doute le plus terrible à supporter pour ces jeunes filles et jeunes femmes qui avortent. Et si elles n’arrivent pas à sortir de ce milieu culpabilisant, elles porteront d’autant plus l’IVG comme une douleur permanente. Ce qui ne pourra que renforcer la dépression. Le manque de libre parole sur l’IVG, la contraception dans les milieux religieux, est terrible pour les femmes et les filles. C’est un accélérateur de traumas et de dépression.
C’est pour cela que tant qu’on ne fait pas une réelle politique d’éducation sexuelle fille-garçon à et d’éducation à la contraception, on ne s’en sortira pas. Et on reviendra sur les situations connues par nos grands-parents. Et ça, je ne le souhaite ni à ma fille ni aux enfants des générations futures.
Se ne sont pas les films pornos qui éduqueront les jeunes bien au contraire. Ces films favoriseront juste la domination masculine et l’objétisation des femmes. Et la consommation sexuelle de tous. Ce qui n’a rien à voir avec une vie sexuelle et amoureuse heureuse.
Sur la question de la relation amoureuse et affective, il faudrait déjà que les gens puissent comprendre la nécessité de s’émanciper psycho-affectivement. Parce qu’un couple durable ne peut se construire que si les deux partenaires sont sortis de la dépendance psycho-affective et sont réellement matures. Et ça nécessite un apprentissage, un cheminement ne serait-ce déjà qu’individuel avant d’être de couple, que la plupart des jeunes amoureux ignorent largement. Et qui ne concerne hélas, qu’ une minorité de couples, tous âges confondus. Ca n’entre pas encore dans la préoccupation des gens ni de l’éducation en général. Qu’elle soit familiale ou scolaire. Je le déplore également. Ca fait partie des défis actuels qui sont de notre responsabilité à tous.
Les conseillers conjugaux, enfin certains, pas tous hélas, ont bien pris conscience de ça et y travaillent avec les couples, les femmes, les hommes qui les sollicitent.
Certains individus adultes ont pris aussi conscience de ça. Et y travaillent pour leur couple, leur relation amoureuse, conjugale, etc avec des psys.
Mais force est de constater que ce n’est pas forcément l’apanage de tout un chacun. Tout dépend de l’éducation, de la curiosité, du stade de développement personnel psycho-affectif des individus. Nous sommes tous différents. Autant de situations que d’humains. Difficile donc d’imposer ce genre de travail psy, qui généralement n’est pas fait, avant le stade de la quarantaine.
J’espère vivement que ça changera et sera au cœur de tous dans les prochaines années. J’y travaille en tant qu’enseignante et en tant que femme. Parce que ça me paraît important. Parler d’individuation est encore quelque chose de difficile pour beaucoup. Il faudra encore du temps et de l’éducation avant que ça ne devienne une préoccupation générale.
La prise en charge des femmes dépressives post IVG, ne doit pas relever de groupes anti-IVG mais de psys et médecins compétents. Et il faut aussi que les femmes, comme elles le font heureusement de plus en plus, médiatisent leur IVG et expliquent comme je le fais, ce qui peut être traumatisant dans la démarche.
Il y a quelques années, j’avais participé au site IVG, je vais bien, merci. Et j’en suis très contente. Ce site devrait être médiatisé auprès des filles et femmes cathos qui n’ont souvent comme discours sur le sujet que celui des groupes anti-IVG. Je crois que ça leur permettrait d’échanger sur ce sujet de façon beaucoup plus libre et sans tabou. Et de comprendre la réalité d’une IVG, de trouver des appuis et non des situations qui vont les culpabiliser et les traumatiser un peu plus.