En réponse au message :
Pédophilie, une épine au flanc du Pape François ?
Si le Christ est votre religion (je vous rassure, c’est la mienne aussi) alors pourquoi n’a-t-il pas voulu créer de religion ? Pourquoi ça n’a jamais été son souci ni sa préoccupation ? Pourquoi se sont ses successeurs qui ont d’abord créé des communautés chrétiennes très égalitaristes pour la plupart, puis bien plus tardivement quand il s’est agi non de Dieu mais de pouvoir matériel, une religion ?
Votre réponse à ce sujet m’intéresserait énormément.
Pourquoi l’institution cléricale considère qu’elle seule incarne l’Eglise ? Que le reste des croyants ne sont que des sous-citoyens, n’ayant que le droit d’être soumis par l’ensemble des clercs qui sont touts-puissants parce, se définissant comme supérieurs au reste de l’humanité et des croyants par leur sacerdoce comme leur profession religieuse ?
Pourquoi avec un Jésus si prévenant à l’égard des femmes, on arrive en bout de course à une institution cléricale qui violente, bafoue, nie les femmes, travaille toujours à démolir leurs droits fondamentaux et considérait jusqu’à il n’y a pas si longtemps que toute femme était par essence impure, malfaisante, sans âme ?
Pourquoi l’Eglise institutionnelle considère qu’elle ne relève pas des mêmes droits, ni des mêmes devoirs que l’ensemble de l’humanité mais doit être traitée à part et ne doit référer de ses actes qu’à Dieu ? Donc impunité totale puisque par essence les clercs sont structurellement des saints de par leur engagement religieux. Ce qui autorise donc tous les crimes, tous les abus.
L’histoire de Jeanne d’Arc fut parmi les plus manipulées, réécrites et romancées des saints. Une légende dorée à elle toute seule.
Si gamine, j’ai eu en cadeau ou lu par la bibliothèque religieuse de mon école, comme la plupart de mes camarades, les livres illustrés des saints de l’abbé Laurentin avec les vignettes bleutées, grisées, sépias, les larges couvertures en couleurs, je me suis aperçue à l’âge adulte que ces vies étaient largement romancées si ce n’est revues et corrigées comparativement à la réalité historique des personnes mais aussi au contexte des époques. Bien aussi retracer le contexte historique, social et politique dans lesquels s’inscrivent les dogmes. Ca aide à comprendre le pourquoi de certains, notamment des trois derniers. Sans cette contextualisation, rarement faite dans nos milieux cathos hélas, on ne saisit que ce que le clergé souhaite que nous entendions. Pas ce qu’il souhaite en réalité pour renforcer son pouvoir matériel. De même, en ce qui concerne les saints du calendrier, il faut toujours contextualiser leur histoire avec l’époque où ils ont vécu et quelle mentalité prévalait dans leur milieu social. Mais il faut aussi voir quel intérêt politique, idéologique avait le Vatican de canoniser certains d’entre eux.
Sans cette mise en situation, hélas rarement faite au sein du catholicisme, nous gobons des vies, des sanctifications qui finalement créent des personnages sans rapport avec les véritables personnes.
Le clergé est dans le maintien d’un système de domination totalitaire. Il n’est pas et n’a jamais été dans un principe d’émancipation des individus.
Si vous reprenez les évangiles et l’attitude de Jésus, comparativement, on est aux antipodes au niveau tant du comportement que des aspirations.
Jésus cherche l’épanouissement et l’émancipation des individus, leur apaisement aussi, il leur apporte un éclairage qui va leur permettre de poser de nouveaux choix, une nouvelle vie. Il ne cherche pas le pouvoir ni religieux ni politique. Il n’est pas du tout dans cette configuration. Et ses frères qui ont pris la suite après lui, n’étaient pas davantage dans cette recherche de pouvoir. Ceux qui vont l’appeler ce pouvoir, c’est Paul, c’est Pierre. Mais Jésus jamais. Alors comment se revendiquer de Jésus qui se situe hors volonté de pouvoir quand la seule raison d’être du clergé, est justement le pouvoir et l’emprise sur autrui ?
On sait que les femmes entourant Jésus étaient considérées par lui comme des apôtres au même titre que les douze. Il y a des exemples aussi bien avec Marie-Madeleine, que Marthe et Marie. Ce qui était totalement choquant pour l’époque et le monde religieux juif. Et Jésus persiste et signe une fois ressuscité puisqu’il s’adresse prioritairement aux femmes. Cherchez une telle égalité dans le clergé institutionnel. A moins d’une illumination soudaine du haut-clergé, la prêtrise, la gestion vaticane restent une affaire d’hommes. Les femmes consacrées sont à la botte des clercs…
Par contre, les injonctions sur les femmes, la nécessité de leur soumission aux hommes et au clergé est constante. Le pouvoir matériel clérical repose d’ailleurs principalement sur la domination masculine exercée sur le féminin. Ce qui est le cas d’ailleurs dans toutes les religions. Et dans notre catholicisme au moins, cette volonté de domination n’a strictement rien à voir ni avec Jésus, ni avec Dieu. Pour autant, elle n’a jamais été remise en question et la structure de pouvoir n’a jamais accueilli de religieuses femmes au plan décisionnel.
Si l’on prend les dogmes les plus récents, l’infaillibilité, l’Immaculée Conception et l’Assomption, ils ont été conçus pour assurer un pouvoir moral, politique et financier au pape, mais aussi tenter de maintenir l’ensemble des femmes sous domination également. En 1850 peu avant l’Immaculée Conception, l’industrialisation ouvre notamment toute la filière textile aux femmes, un peu partout en Europe. Cette échappée hors du foyer est vue comme extrêmement scandaleuse par le Vatican de l’époque. L’institution a peur que le travail féminin pervertisse les femmes. Il assimile ce travail salarié à la prostitution. Il utilise donc Marie pour redonner un modèle de pureté et de soumission aux femmes, pour les convaincre de ne pas quitter le foyer. L’obligation dès 1850 faite en Europe de commencer à scolariser toutes les femmes de 6 à 13 ans, fait là aussi peur au Vatican. L’instruction scolaire n’est pas considérée comme nécessaire aux femmes pour l’institution catholique. Elle est même jugée dangereuse pour leur vertu. Seule l’éducation domestique et morale est jugée importante et agréée. Le Vatican va donc brandir la pureté de Marie contre l’impureté féminine accentuée par l’école obligatoire et le travail hors du foyer. Et les empires vont utiliser aussi ce dogme pour une pression généralisée sur les femmes les plus pauvres, pensant qu’ainsi, sous la houlette religieuse qui les rééduquera moralement, les empires produiront plus facilement des nations pures. Ce qui contribuera à la violence des nationalismes, les guerres, etc.
Les premières ligues féminines mariales sont créées par des dames patronnesses bourgeoises, nobles et des religieuses, à destination des femmes pauvres jugées par essence impures et donc devant être rééduquées et vouées à Marie pour éviter les risques de damnation éternelle. La légion de Marie connaîtra ses heures de gloire durant près d’un siècle (ma mère en faisait partie et m’a raconté ce qui s’y passait). C’était via les patronages, un moyen de dresser les femmes à la soumission aussi bien milieu rural qu’urbain. Défilés, processions toutes vêtues de bleu et blanc, mais aussi ouvrages de moralité féminine à la sauce religieuse. J’ai un exemplaire qui me fut remis par ma mère à mon adolescence, et qui vaut son pesant d’or. Je l’ai gardé pour l’exemple, tellement son contenu est profondément réactionnaire, sexiste et culpabilisant pour les femmes. Christine Pedotti m’a confié avoir reçu le même livret quand elle était jeune fille, remis aussi par sa mère, alors que la rédac chef de Témoignage Chrétien est bien plus âgée que moi en âge. Et elle m’a avoué avoir été aussi choquée que moi par son contenu. Ce qui est terrible, c’est que ce genre de bouquin n’évolue pas dans le temps. Moi qui ai la version de 1951, alors que Christine a la version des années 30, si l’on compare les contenus des deux versions (ce que nous avons fait), ils sont quasiment les mêmes. C’est dire si le message donné aux femmes n’évoluait pas. Ce bouquin qui s’appelle « le code du bonheur » était distribué dans tous les patronages et toutes les légions de Marie. Vous aviez une édition rurale et une édition ouvrière. Il existait aussi une édition à destination des femmes et jeunes filles placées comme domestiques. J’ai découvert ça en vide-grenier.
Et vous aviez également en complément, des ouvrages « littéraires moraux » pour jeunes filles (la fameuse Bibliothèque de Ma Fille avec les livres récompensés par l’Académie Française) avec tout un discours valorisant la religion, la femme au foyer, la dévotion mariale, la maternité nombreuse…Demandez à vos grands-mères si elles n’ont pas eu la série des Brigitte de Berthe Bernage, par exemple. Parce que c’est quand même emblématique de la culture catholique des femmes entre les années 30 et les années 60. Moi-même, pourtant plus jeune, j’ai eu droit aussi à ces livres qui ont été réédités et revisités un peu en même temps dans les années 80 chez Gautier-Languereau. Ca fait encore partie de la culture féminine littéraire catho dans certains milieux. Je le sais pour en discuter avec des catholiques qui ont mon âge et même plus jeunes. Berthe Bernage, c’est la Nadine de Rotschild catho. D’ailleurs, c’est rigolo de voir qu’elle a aussi écrit des bouquins de savoir-vivre et recevoir. Et c’est très instructif de lire les premières éditions de la collection des Brigitte, tant l’idéologie réactionnaire y est éclatante. Beaucoup de points furent supprimés dans l’édition revisitée des années 80 de la série fleuve, pour que la jeunesse catho de l’époque, ne soit pas rebutée. Là aussi j’ai le comparatif dans ma bibliothèque.
Si l’on prend le dogme de l’Assomption, il se situe au moment où les femmes, massivement, commencent à disposer du droit de vote mais aussi d’accès plus important à l’emploi comme à davantage d’accès à différents domaines de l’enseignement supérieur. Il se situe un an après la publication du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, ouvrage critique qui va accélérer la réflexion des femmes les plus aisées sur la condition féminine et va engager les ligues féministes démarrées avec les suffragettes du début du 20e siècle, vers l’établissement de droits fondamentaux féminins.
Je vous donne ces contextualisations parce que je les pense très utiles au plan informatif. La plupart des catholiques ignorent tout ça. Ne situent pas les dogmes dans l’histoire politique, sociale des nations. Ne parlent pas du pourquoi de la création de certains dogmes ni ce que ça amène au plan social, religieux. Or, tant qu’on ne raconte pas cette histoire, qui fonde la raison d’être politique, idéologique des dogmes, on ne comprend que ce que le Vatican a bien voulu nous dire là-dessus.
Sur ce chapitre, il faudrait un gros travail d’éducation populaire. Qui n’est pour le moment, que très peu fait, et surtout très peu accessible aux catholiques pratiquants lambdas. D’où l’importance de témoigner, de faire ce genre d’explication tout en étant catholique. Parce que ce type de travail fait à l’extérieur ne sera jamais lu. Il faut que ça vienne de l’intérieur de la communauté. Sinon, ce ne sera pas validé ni agréé par les croyants.
Je m’en étais aperçue plus jeune. Mais plus j’avance dans ma vie, plus ce constat d’ignorance d’une majorité de catholiques est manifeste sur ces sujets précisément. Plus je vois l’importance de faire de la pédagogie sur ces domaines précis. Parce que le silence a prévalu et prévaut encore sur ces questions. Et il manque des outils de réflexions, d’analyse interne à la communauté catholique.
D’où d’ailleurs tant de scandales et tant d’incrédulités dans les milieux catholiques vis à vis de crimes, de situations d’oppressions, de violences sur femmes, enfants. D’où l’abus continuel dans les communautés catholiques de la Nouvelle Evangélisation, d’hommes et de femmes et de jeunes, avec toute la douleur, les souffrances qui accompagnent ces abus. Et d’où aussi cette incapacité à sortir d’une certaine emprise épiscopale.
Je suis toujours triste quand je vois des associations de victimes, demander l’aide vaticane, épiscopale alors que l’institution via des communautés déviantes agréées, des prélats criminels, n’a cessé de bafouer à tous les niveaux, ces croyants sincères.
J’ose espérer qu’avec l’association de la Parole Libérée, une prise de conscience sera faite pour mesurer qu’il n’y a rien à attendre de l’institution quant à un éventuel soutien clérical pour les victimes. Cela aidera je pense les croyants à grandir, à sortir d’une soumission qui ne leur permet pas encore de dissocier leur foi sincère, belle et qu’ils peuvent être heureux d’avoir, du système religieux qui ne favorisera perpétuellement que ses propres intérêts, intérêts qui n’ont rien à voir avec Dieu mais tout avec le pouvoir et la domination.