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Pédophilie, une épine au flanc du Pape François ?

Le lundi 23 mai 2016

Bonsoir Eglantine

Oui, j’ai perçu cet Amour fort, infini, enveloppant, ni enfermant ni intrusif, et qui comble jusqu’à la moindre fibre de soi. Dire que c’était inconnu pour moi, pas tout à fait dans le sens où j’en avais un aperçu intellectuel et culturel du fait des enseignements religieux que j’avais reçus à la maison, à l’école, à l’église. Mais je ne l’avais pas vécu avant de façon physique ni véritablement spirituelle. C’est le vivre physiquement, spirituellement un court moment qui a fait une immense différence. Entre la théorie et la pratique, déjà il y a un écart important voire une contradiction. Mais là, c’était presque sans rapport.

Parce que Dieu tel que je l’ai rencontré dans cette expérience particulière n’a rien à voir avec nos repères, nos codes humains, les projections religieuses, fantasmatiques faites sur lui.

Ce qui pourrait se rapprocher le plus humainement parlant de l’étreinte que j’ai vécue dans l’EMI, c’est la plénitude orgasmique vécue par deux amoureux en même temps, ou encore cette sensation d’être au-delà de soi et en pleine conscience, qu’on a quand on créée. Que ça passe par le chant, la musique, la danse, l’écriture (littérature, poésie), le dessin, l’artisanat, la peinture, la sculpture, même la cuisine. Ce que certains appellent l’inspiration et qui guide les gestes pour trouver le bon rythme, la bonne façon de faire, de dire… Chaque artiste sait au plus profond de lui, que ce qu’il trouve ne lui appartient pas. Vient d’un ailleurs (qu’il ne sait pas forcément nommer) qui l’étreint, le possède, le submerge au moment où il créée. A partir du moment où il croit que ça vient de lui-même, généralement tout se gâte. Mais s’il laisse parler ce qui agit en lui, sans vouloir le contrôler ou l’exagérer ou le provoquer, l’orienter, poser de signification particulière dessus, non seulement ça le nourrit, lui permet d’affronter la vie et ses difficultés, mais ça lui permet d’accéder humainement à cette étreinte pour ensuite, sous la forme qui lui est révélée sur l’instant, la communiquer aux autres.

Ces deux expériences (amoureuses et artistiques) il me semble, avec l’oraison (prière intérieure profonde dans une forme de contemplation et d’écoute totales), sont, en tout cas pour moi, ce qu’il y a de plus proche de l’étreinte que j’ai vécue dans l’EMI.

Ceci dit, avec le recul des années, je pense que beaucoup d’activités humaines (même les plus humbles, les plus banales) pourraient permettre à tout homme, toute femme d’entrer dans cette dimension relationnelle intense et archi intime avec Dieu. Mais encore faut-il un certain degré de conscience et de lâcher-prise.

Ce qui n’est pas souvent possible. Je trouve notre humanité et moi la première, beaucoup trop dans un rapport de contrôle. Sans doute est-ce dû au monde âpre,focalisé sur la vitesse, la rentabilité, mais aussi dû à la pression sociale, économique, financière que nous vivons, qui engendrent ce besoin humain de contrôle permanent de soi comme des autres. Je trouve donc qu’il faut beaucoup de temps pour accepter de lâcher prise et d’être en capacité d’écoute et d’accueil de Dieu. Je ne parle pas de méditation forcément mais simplement nous poser un peu comme Samuel le fait quand il dit : parle Seigneur, ton serviteur écoute. Mine de rien, c’est très difficile à faire, pour la majeure partie d’entre nous. Je ne suis pas sûre que, hors de la EMI, je serais parvenue à ne serait-ce que conscientiser ça.

La EMI m’a obligée du coup, à me poser la question de ce qu’était la prière véritablement et ce qu’était aussi le lien à Dieu. Donc qu’est-ce que la foi ?

Les religions nous disent quoi penser et comment penser à ce sujet. Avec tout un tas de réponses dogmatiques, théologiques, pratiques.

Ce qui nous évite de nous poser la question personnellement finalement.

Or si nous n’y répondons pas avec nos mots, notre sensibilité, avec notre intimité, notre liberté, notre vécu, et sans dirigisme extérieur, est-ce que véritablement nous pouvons tisser un lien relationnel authentique avec Dieu ?

Et est-ce que dans un cadre formel et dogmatique religieux, nous pouvons prétendre avoir la foi malgré tout ?

Ca c’est une question que je me suis posée après la EMI. Et que je ne me serais jamais posée avant.

Cet Amour immense que j’ai ressenti, j’ai compris qu’Il attendait une réponse individuelle de notre part à chacun. Pas un truc protocolaire prémâché, même s’Il fait avec, la plupart du temps, à défaut d’autre chose. En fait, dans ce que j’ai saisi, cet Amour attend qu’on déverrouille nos armures. Qu’on soit croyant, athée, agnostique. Il s’en fiche complètement. Et peu importe le temps que ça prendra. Il a le temps. Parvenir à cet abandon, prend je crois toute une vie. Ce n’est pas une question de religion ou pas, de vie de prière ou pas, de connaissance de Dieu ou pas. Je pense que ça a plus à voir avec notre propre accomplissement à nous-même. J’allais dire notre propre émancipation. Que Dieu souhaite pour nous aussi bien individuellement que collectivement, afin de pouvoir nous rendre vraiment disponibles pour Lui et cette étreinte qu’Il veut nous donner à chacun. Mais est-ce que nous avons envie de nous émanciper en dehors d’une certaine autonomie matérielle ? Est-ce que nous sommes prêts à sortir des dépendances successives que nous vivons, subissons, que nous avons aussi parfois construites ou que nous exerçons sur d’autres ? Est-ce que vraiment nous avons envie de rencontrer Dieu sans barrière, sans protocole religieux, dans cette intimité, cette nudité ?

Ca fait aussi partie des questions que je me suis posées post EMI. Et que j’ai ressenties aussi comme des questions que me posait Dieu.

Et auxquelles j’essaie progressivement de répondre à ma façon à moi. Ce qui engendre en moi un travail d’introspection mais aussi m’oblige à me mobiliser pour travailler à construire une certaine autonomie psycho-affective par exemple, à établir une certaine cohérence personnelle tout en apprenant à gérer les paradoxes inévitables liés à toute vie humaine. Dieu accompagne ce travail introspectif. Il fait partie intégrante de ma démarche.

Au fil des évolutions, je me rends compte que ce travail intérieur que j’ai choisi de mener, m’aide progressivement dans ma relation interpersonnelle (acceptation de soi, respect de soi) que dans ma relation aux autres, aussi bien personnelle, familiale que professionnelle, sociale. Je n’ai pas besoin d’un cadre religieux pour le faire. C’est quelque chose que je fais à mon rythme, de ma propre initiative, qui respecte mon corps, mon psychisme, ma liberté, mon intimité et en partenariat avec Dieu. Si je peux m’appuyer sur le socle culturel religieux que j’ai reçu dans mon cadre familial d’origine, c’est une démarche que j’ai vraiment personnalisée pour me l’approprier. Depuis l’EMI, l’approche religieuse dogmatique, j’ai vraiment du mal avec. Elle me paraît en décalage complet d’avec l’étreinte vécue. Si je l’utilisais, j’aurais l’impression d’écrire à Dieu une lettre de motivation pré-remplie (genre y a plus qu’à cocher les cases ou rayer les mentions inutiles), alors que ce qu’Il m’a offert était un moment de partage intime exceptionnel. Vous imaginez le ridicule et le guindé de la chose…Rien que l’idée me fait rire !

Les religions ont fait des dogmes, des diktats cléricaux, qu’elles ont monté en vérités absolues, indépassables qui me semblent depuis l’EMI très éloignées de la réalité, de simplicité, de la générosité et de l’intimité de Dieu que j’ai vécue dans ce coma dépassé.

Nous mettons beaucoup de formes, faisons beaucoup de circonvolutions religieuses alors que l’accès à Dieu est tout simple. Sans fioritures.

Ceci étant dit et là je vais mettre un gros bémol sur ce que je viens de vous dire, l’étreinte que j’ai vécue fut mon expérience de EMI. Une expérience très personnelle qui correspondait certainement à ce que j’avais besoin de vivre pour pouvoir supporter ce que j’allais devoir endurer par la suite et avancer, quand même, garder la foi.

Chaque EMI étant différente, même si le début et la fin de cette séquence entre vie et mort est similaire pour la plupart des personnes qui ont ce type d’expérience, le contenu entre les deux moments (décorporation, lumière puis chute et retour dans le corps) diffère largement d’une personne à l’autre.

J’ai lu dans différents ouvrages sur ce thème que quelques personnes ont eu des visions particulièrement horribles, avec d’immenses angoisses. Qui leur ont laissé des traumas devant être soignés en thérapie psy. D’autres ont fait l’expérience de retrouver des proches mais pas forcément celles, ceux qu’ils s’attendaient à retrouver, ou n’ont pas pu supporter de reprendre le cours de leur vie et se sont suicidés après. Donc toutes les EMI ne sont pas forcément aussi planantes et constructives que celle que j’ai eue. J’ai bien conscience de ça.

C’est pourquoi la portée d’une telle expérience reste quand même (enfin il me semble) assez limitée. L’universaliser est tentant, certes, et d’autant plus du fait d’être croyante en présence d’autres croyants ayant les mêmes bases culturelles et religieuses, mais cela me semble risqué. Non seulement parce qu’il y a autant de EMI que d’expérimenteurs. Mais aussi, parce que la révélation qui nous est faite sur le moment de l’expérience ne concerne que notre cas personnel au stade où nous en étions à ce moment-là. Il n’y a donc pas de réalité universelle à en tirer.

Ce que Dieu a à dire à chacun, Il n’a pas besoin de moi pour le faire entendre. Il se débrouille très bien tout seul. Et puis, ce que vous Eglantine avez besoin d’entendre, c’est différent et unique par rapport aux autres humains. Donc je ne voudrais pas que ce que je vous dis, vous le preniez pour une vérité ou une réalité au sens absolu du terme.

C’est la vérité, la réalité de l’expérience personnelle que j’ai eue. C’est ce que j’en vis et en comprends, en tire en terme de réflexions, de questionnements, d’avancées. C’est tout.

Une autre personne ayant le même type d’expérience vous donnerait peut-être un témoignage très différent qui serait tout aussi vrai, concret pour elle, mais qui pareillement ne s’appliquerait pas à une quelconque universalité.

L’approche divine est quelque chose de tellement intime et personnel…qui change au fil de l’âge, du temps, du vécu, de la personnalité que ça me paraît hasardeux de l’enfermer dans un cadre figé, y compris celui d’une EMI.

Ce serait peut-être la conclusion logique de mon propos. Dieu est une histoire et une expérience intime et personnelle. Tenter de l’universaliser, c’est nier la diversité et la personnalisation de ses révélations. Qui ne seront pas les mêmes d’un individu à l’autre. Ce qui du coup, fait des dogmes religieux, toutes religions confondues, des constructions humaines très matérialistes et opportunistes, pas des vérités universelles et objectives, contrairement à ce qui nous est dit.

Réflexion qui choquera certainement quelques intervenants mais qui, dans l’approche que j’ai eue dans le cadre de la EMI, me paraît très concrète.

Très bonne soirée ! En espérant avoir éclairé votre curiosité.

Cordialement

Françoise

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