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Pédophilie, une épine au flanc du Pape François ?

Le mercredi 4 mai 2016

Bonsoir Christian

Allez jeter un œil sur les archives des établissements pénitentiaires pour femmes de Cadillac (en Gironde) gérés par la Fraternité Lataste, allez discuter sur le forum des anciennes pensionnaires du Bon Pasteur et de la Miséricorde. Vous avez différentes intervenantes qui vont expliqueront en détail les méthodes coercitives particulières des si « gentilles » soeurs paloises de ces établissements entre les années 50 et 70. Vous risquez de tomber de haut.

C’est vrai que le Bon Pasteur d’aujourd’hui n’est plus du tout ce qu’il fut. Ce n’est plus un ordre féminin à visée pénitentiaire du tout. Mais juste une congrégation vieillissante dont les activités sont plutôt missionnaires maintenant. Rien à voir avec le passé coercitif. Le virage s’est fait dans les années 70, au moment de l’avènement des droits des femmes et de la mutation de l’Assistance Publique en Aide Sociale à l’Enfance. Ce qui a impliqué la fin de la coercition à des fins d’assistance (fin de l’enfermement pénitentiaire préventif pour enfants et ados en difficulté avec situation de bagnards et travail forcé gratuit pour les intérêts de la congrégation, vente des bébés nés hors mariage pour les filles enceintes). Et ce qui impliquait la fin de la dotation publique de l’état pour chaque jeune accueilli, la fin du travail forcé des jeunes, la fin de l’enfermement et des humiliations. Et cela impliquait l’avènement de foyers d’aide sociale et éducative ouverts, gérés par des éducateurs et éducatrices spécialisés formés à la pédopsychiatrie, à des pédagogies nouvelles, à l’écoute et l’éducation scolaire de mineurs en difficulté. Ce qui n’était absolument pas le cas des religieuses, d’où à leur époque la mise en place d’ un système très répressif , fait de contraintes, d’humiliations et de mépris, de culpabilisation et d’isolement pour les jeunes filles placées.

Si sur le règlement initial du Bon Pasteur (qui démarre dans les années 1840), les filles devaient y venir librement et garder une constante liberté d’action et de décision à l’intérieur de l’établissement, la réalité fut rapidement celle du placement arbitraire, la société de la fin du 19e voulant cacher misère et se faire espace concentrationnaire pour individus pauvres considérés comme déviants, immoraux. Les religions protestantes et catholiques unies et financées par les différents états laïcs européens conçoivent donc une politique d’enfermement des plus pauvres et surtout des enfants, des filles « perdues » (le terme englobait à la fois des jeunes prostituées que des filles enceintes hors mariage ou des filles violées par un membre de leur famille, en difficulté sociale familiale -parents chômeurs, alcooliques) placées soit par des juges ou bien encore directement par les familles par le biais d’un prêtre. Les religieuses n’étaient absolument pas formées pour accueillir ces fillettes et ces jeunes filles. Elles avaient une approche sèche et violente de ces enfants, estimant qu’elles devaient leur extirper le démon du corps, ces gamines étant pour les nonnes l’incarnation du péché (même quand elles avaient été violées) et juste bonnes à travailler comme des bêtes de somme, à payer leur pain quotidien souvent réduit à une soupe deux fois par jour et du pain. A l’époque, on considérait que le travail forcé rachetait les fautes (dans le cas de ces fillettes, elles étaient plus imaginaires que réelles). Je peux vous en parler puisque sur la cheminée d’un des salons de mes parents dans notre maison familiale construire fin du 19e siècle, était inscrite la formule suivante : in labora salus (le salut par le travail). Cette formule sera reprise quelques décennies pour les camps de concentration nazis sur les portails : arbeit macht frei (littéralement, le travail rend libre). On sait ce qu’il en était réellement.

Si les pénitentes du Bon Pasteur, du Bon Secours et autres congrégations pénitentiaires n’ont pas fini dans des chambres à gaz, ces enfermements arbitraires avec leur lot d’humiliations quotidiennes, travail forcé, malnutrition jusque fin des années 50 et maltraitances physiques et psychologiques (plus rarement sexuelles) persistantes ont fait de sacrés dégâts sur la plupart d’entre elles. Les plus âgées qui témoignent des violences subies parlent encore de cauchemars réguliers plus de soixante ans après leur séjour en ces couvents-prisons. C’est dire si l’ambiance, le lieu, les activités, les religieuses étaient sympathiques…

A côté de ça, les Bon Pasteur, Bon Secours, Miséricorde se sont enrichis du travail forcé des jeunes filles, des dotations de l’état et de la vente des bébés des pénitentes que les soeurs forçaient à abandonner. Ce de 1850 à 1975. Avec quelques interruptions entre 1880 et 1910. Mais on comprend mieux que durant tout ce temps, le patrimoine immobilier de ces congrégations ait augmenté considérablement. Quand vous pensez que chaque ville moyenne française avait au moins deux établissements de ce genre (en partie financés au niveau construction par des donations de nobles et grands bourgeois), ce jusque dans les années 70, vous saisissez le pourquoi du rapide enrichissement de ces congrégations mais aussi la violence et la généralisation d’une politique sociale et familiale focalisée sur la répression des filles, sous couvert parfois de protection (qui était l’argument de départ de création de ces établissements, c’est ça le plus grave).

Pourquoi la protection charitable est-elle devenue aussi rapidement (en à peine dix ans),placement autoritaire et arbitraire ? Pourquoi les idéaux charitables d’accueil manifestés au départ, ont-ils été rapidement remplacés par l’humiliation, la culpabilisation des filles reçues, avec maltraitances et travail forcé ?

Ce qui est curieux, c’est de voir que l’argumentaire de départ a toujours été utilisé dans les brochures publicitaires, jusque dans les années 60-70 alors que les conditions d’accueil et de séjour étaient très différentes de la brochure.

Et l’on voit encore dans les tentatives de canonisations de certains religieux à l’origine de ces établissements, l’utilisation de la même défense argumentaire pour justifier à la fois ces personnes et les œuvres malgré les errances criminelles faites.

C’est ce qui est le plus lamentable. On se retrouve pris dans une forme de révisionnisme qui fait totalement abstraction et des victimes dont les témoignages pourtant sont particulièrement éloquents sur les violences commises. Comme on fait fi des archives judiciaires attestant de la violence des religieux, religieuses oeuvrant dans ces établissements ainsi que du partenariat d’état dans la répression de la jeunesse pauvre, principale cible de ces bagnes religieux.

Comme je le disais sur Golias tout récemment à une intervenante, l’utilisation de l’argument mythologique démoniaque relève d’une volonté de déresponsabilisation de certains individus criminels. C’est aussi un moyen d’intimidation misant sur la superstition des individus sur lesquels certains plaquent la diabolisation. Le mal existe mais l’humain en est entièrement responsable. Il est avant tout capable du pire sur ses pairs comme sur l’environnement et les animaux. Simplement pour du pouvoir, de l’argent. L’engagement religieux ne prémunit personne contre le crime. On en voit de plus en plus l’exemple actuellement.

J’ose espérer qu’Aillet sera prochainement démis de ses fonctions d’évêque eu égard au maintien de Dominique Spina en fonction malgré les avertissements sur sa nature perverse et sa condamnation par le tribunal de Pau. Cela fera des vacances au diocèse.

A ce sujet, je vous invite à lire l’excellent petit livre de Michel Oronos « Et don Aillet vint » qui doit être encore disponible dans quelques librairies, si vous allez de temps à autre sur Bayonne, Anglet, etc.

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