En réponse au message :
Pédophilie, une épine au flanc du Pape François ?
Bonsoir Christian
Merci pour le partage de cette lettre pastorale. Bonnes fêtes des Rameaux à vous aussi.
Pour répondre à votre question, je vous renvoie à toutes les affaires n’impliquant nullement des prêtres pédophiles mais des criminels sexuels (affaires récentes du réalisateur Roman Polanski, de Dominique Strausskahn, l’affaire Dutroux). Ces affaires ont été abondamment médiatisées durant des mois, non pour faire de l’acharnement mais parce que les crimes ont été odieux. Non seulement parce que une bonne partie des victimes étaient des enfants, mais aussi parce que le mode opératoire criminel était tout aussi odieux.
L’affaire Preynat n’est qu’un élément dans une affaire criminelle beaucoup plus vaste puisque l’institution toute entière est passée outre les recommandations du Père Réginald Fitzgerald, fondateur des centres de traitement pour prêtres pédophiles. Ses directives étaient pourtant parvenues à la Congrégation de la Foi en 1962, il les a réitérées à P6 en 65 et déjà 13 ans avant, il avait précisé ceci :
« Je serais enclin à favoriser la laïcisation pour tout prêtre pédophile, sur des preuves objectives, en raison d’une totale falsification de la vertu du jeune ; mon argumentation est, à partir de ce point que la charité au Corps mystique doit l’emporter sur la charité à l’individu, [ …] en outre, dans la pratique, les conversions réelles des prêtres pédophiles seront jugées extrêmement rares […] Par conséquent, en les laissant en fonction ministérielle ou en les déplaçant d’un diocèse à l’autre, l’institution cléricale catholique contribue au scandale ou au moins constitue un danger approximatif de scandale."
En Avril 1962, Fitzgerald a écrit une réponse de cinq pages à une question de la Congrégation du Vatican du Saint-Office : "l’énorme problème présenté par le prêtre qui, par manque de prêtres, prétend discipliner ses penchants pédophiles, est devenu un problème pour notre Sainte Mère l’Eglise." Une de ses recommandations était "un enseignement spécifique dans les dernières années du séminaire pour tous les futurs prêtres, concernant la lourde peine qu’implique la falsification de l’innocence (ou même non-innocence) des enfants." Concernant les prêtres qui sont "tombés dans les péchés répétés … et surtout l’abus des enfants, nous sommes convaincus que ces malheureux prêtres doivent recevoir l’alternative d’une vie à la retraite au sein des murs d’un monastère ou qu’ils soient rendus à une laïcisation complète."
Donc dès 1962, date aussi du texte Crimen Sollicitationnis, le Vatican est informé clairement sur la conduite à tenir vis à vis des prêtres pédophiles. Ce qui montre aussi que l’état d’esprit a quand même un peu changé sur ces questions. Il y a eu au moins pour certains hauts prélats, une prise de conscience sur la pédophilie, les viols et la dimension criminelle grave de ces actes.
Alors pourquoi rien ne fut fait pour prévenir, empêcher et punir ces milliers de prêtres pédophiles qui ont fait des milliers, voire plus d’un million d’enfants victimes depuis plus de 50 ans, partout dans le monde ?
Pourquoi avoir négligé les avertissements du père Fitzgerald et ne pas avoir informé le Peuple de Dieu ? Comptons-nous pour rien ? N’avons nous que le droit de subir et de nous taire ?
Je reste persuadée que le prêtre auteur de cette lettre n’est même pas informé sur l’existence des établissements cléricaux thérapeutiques ni des avertissements du père Fitzgerald. Et je suis persuadée que des millions d’autres prêtres, de religieux, de religieuses n’ont même pas eu connaissance de cela non plus. Seuls les hauts prélats ont eu l’information sans doute. Mais l’ont caché non seulement aux fidèles, ce qui est déjà très grave en soi, mais aussi à leurs frères et soeurs en religion.
Ce qui montre bien la dimension abusive et criminelle d’un tel silence à la fois cardinal et épiscopal et papal. B16 qui a commencé à agir en 2002 était à la Congrégation de la Foi depuis 1981. Vous ne croyez pas qu’il aurait pu agir bien avant, ayant eu en main dès sa prise de poste tous les avertissement du père Fitzgerald ?
Vous ne croyez pas qu’il pouvait imposer à JP2 et à l’ensemble des cardinaux, évêques une grande réunion pour réellement traiter le problème et faire cesser l’omerta et la perpétuation des crimes ?
Ces prédécesseurs le cardinal Alfredo Ottaviani et le cardinal Franjo Šeper, qui savaient tout ça encore mieux, n’auraient-ils pas dû agir ?
Les beaux gestes pastoraux décrits par Martin Lasarte ne feront pas revenir pour autant les millions de petites victimes de prélats pédophiles déplacés, recasés depuis la fin du 19e siècle à nos jours. On ne peut plus rien pour les petits qui sont morts. Mais on peut encore changer la donne pour les enfants encore en vie, certains devenus adultes et qui ont besoin de justice, de n’avoir pas peur d’un clergé catholique dont ils craignent depuis ce qu’ils ont subi, de nouvelles agressions, de nouveaux viols. Et au-delà, nous Peuple de Dieu, ainsi que le petit clergé sans grade, nous avons tous besoin de savoir sur quel pied danser, à qui se fier réellement face à autant d’horreur.
Barbarin comme tous les autres cardinaux savait pertinemment les recommandations du Père Fitzgerald ainsi que l’existence des centres psycho spirituels pour traiter les prêtres pédophiles, dont l’établissement français. Il faut qu’il nous explique pourquoi il n’a rien dit, rien fait. Et il faut bien sûr que l’ensemble de nos évêques s’expliquent, ainsi que le collège des cardinaux et F1, B16 sur cette question.
Je pense que ça intéressera tout autant que nous, le père Martin Lasarte, ignorant de ces trahisons.
Bonne soirée et bon dimanche, Christian.
Cordialement
Françoise