En réponse au message :
Pédophilie, une épine au flanc du Pape François ?
Pour moi, c’est plus qu’une épine. C’est une boîte de Pandore dans la mesure où F1 a fabriqué une commission qui se révèle incapable de traiter réellement ces questions parce qu’elle ne dispose pas de l’autorité nécessaire pour mener à bien cette mission. Pire, quand un membre de la commission émet justement une alerte sur ce point, il est débarqué parce qu’on ne touche pas au ministre des finances. Lequel ministre des finances interrogé sur le dossier australien impliquant des prêtres pédophiles, déclare que la pédophilie dans l’Eglise ne l’intéresse pas. Dans le genre mépris des victimes, ça se pose là.
Le Vatican est toujours, comme par le passé, dans la préservation de son image et non dans un souci de protection des plus faibles.
Il faut effectivement parler des crimes du passé, les traiter, faire la lumière sur ces sujets si l’on ne veut pas reproduire ces crimes indéfiniment. Ce qui se passe depuis des siècles.
Car, comme le mentionnait le père Ringlet récemment, la pédophilie dans l’Eglise n’est pas une nouveauté mais une tradition. Le recrutement d’enfants (généralement de 8-9 ans, garçons et filles) pour les congrégations s’est fait jusqu’à la Révolution de 1789. Donc on peut tout à fait comprendre et certains auteurs comme Diderot, Restif de la Bretonne en parlent, que les mômes devaient rapidement passer à la casserole…Ce qui était un moyen d’obtenir la soumission rapide des enfants, la plupart du temps offerts à ces institutions religieuses pour ne pas avoir à les nourrir ou à leur fournir une dot, une place. Dans cet état d’abandon familial et social des enfants, tous les abus et violences deviennent possibles par personnes ayant autorité absolue, presque droit de vie et de mort. Et on l’observera aussi ce phénomène de violences, d’abus et de crimes pédophiles dans les congrégations qui se spécialisent dans une approche pénitentiaire entre le 19e et le 20e siècle. Les archives des tribunaux, quand les archives religieuses ne sont pas rendues accessibles, ainsi que les archives de presse de ces époques, en témoignent largement. Car il y eut des procès aux Assises. Et les états à l’époque rémunéraient les congrégations religieuses pour accueillir des enfants, des femmes considérés comme indésirables et potentiellement dangereux socialement. L’exploitation par le travail forcé et les humiliations des dits enfants et femmes, dérivant parfois sur des crimes pédophiles, certaines congrégations perdirent la dotation des états et durent fermer du fait de pratiques abusives et criminelles.
Sur ce sujet spécifique, les congrégations impliquées n’informent pas les catholiques. Sauf si elles sont contraintes de le faire. Pire, certaines déforment les réalités criminelles, invoquant une divergence politique et l’anticléricalisme, qui auraient selon leurs dires, entraîné la fermeture de certains établissements, quand en réalité il s’agissait de crimes pédophiles, de tortures sur enfants, jeunes filles. Je l’ai constaté récemment sur le cas de l’abbaye de Cîteaux où tant sur le site des monuments historiques, sur Wikipédia, sur le site de l’abbaye, n’est pas mentionné le motif criminel de la fermeture de la colonie pénitentiaire agricole du père Rey (pour crimes pédophiles et tortures sur 250 enfants). J’ai donc dû rectifier au moins l’article de Wikipédia pour renvoyer le lien sur l’article issu des archives du Ministère de la Justice concernant le procès aux Assises des moines pédophiles de la colonie pénitentiaire. Bien sûr, aucune communication des moines sur ce sujet. Et j’ai compris pourquoi, puisque depuis quelques années, l’abbaye et ses amis cherchent à faire canoniser le père Rey pour son entreprise. Il ne faut donc parler que d’entreprise charitable. Un procès retentissant aux Assises pour pédophilie de moines de la colonie dans le dossier, ça la ficherait très mal. Dans sa tentative de réhabilitation du père Rey et de la colonie pénitentiaire de Cîteaux, l’historien Eric Baratay s’est lancé dans une entreprise de relativisation et d’explication de luttes de pouvoir chez les moines, pour minorer les tortures, humiliations, crimes pédophiles à Cîteaux, c’est assez effarant.
Et si l’on se penche sur l’ensemble des instituts religieux pénitentiaires, cette dissimulation lorsqu’il y a crimes, tortures, scandales est systématique pour pouvoir canoniser, béatifier les fondateurs, fondatrices, garder une image positive des congrégations. Dans le but de générer des dévotions, de l’argent, des vocations religieuses pour les communautés et les diocèses.
A partir de là, tout un pan de l’histoire de ces congrégations, toutes liées à des crimes, abus, maltraitances sur enfants, est passé sous silence. Et on retrouve les fondateurs béatifiés, sanctifiés pour certains, les congrégations passent pour saintes, les histoires sont totalement réécrites dans le sens vertueux qui convient. Ce qui illusionne une majorité de catholiques sur ces entreprises. La fermeture de ces établissements, leur changement d’activité, l’absence de victimes encore vivantes ou bien l’absence de médiatisation des victimes encore en vie de ces instituts ne permet pas l’information générale des populations sur le sujet et sur la réalité qui prévalait alors.
Ce système de dissimulation ayant très bien fonctionné et fonctionnant encore actuellement, pourquoi le Vatican changerait ?
Ce système ne se fissure que depuis trop peu de temps. Parce que les victimes même âgées à très âgées de ces congrégations parlent, dévoilent les horreurs commises par religieux, religieuses, prélats. Et parce que les archives de tribunaux s’ouvrent et livrent pas mal de choses sur l’histoire sociale des états et de leur partenariat avec des congrégations religieuses dans le domaine pénitentiaire.
Mais on peut remarquer que rien ne filtre ou presque du côté des congrégations et encore moins de l’institution vaticane. Il n’y a je pense même pas de travail de réflexion mené collectivement sur les dérives comportementales et idéologiques au sein du clergé, comme ça peut se faire par des historiens, des sociologues non religieux. Tout s’opère comme si tout ce qui venait du clergé était par essence divin, parfait, saint, donc exempt d’un travail critique. C’est si visible que lorsque des scandales éclatent et que des victimes se mobilisent, le clergé, les épiscopats sont obligés de déléguer des historiens sociaux pour mener et le travail d’enquête et d’analyse des situations criminelles (voir la situation récente en Suisse sur les affaires des enfants placés en instituts religieux dans différents cantons et diocèses).
Comment donc face à une telle situation pouvoir traiter le problème pédophile et criminel au plan clérical si déjà sur les crimes du passé, s’opère un système révisionniste et dissimulé de l’histoire ?
Sur la question de la pédophilie, à quand un livre historique et sociologique sur les pratiques pédophiles, les abus sur enfants dans le clergé catholique depuis les origines ? A quand sur les synodes, les rencontres diocésaines, des tables rondes pour travailler ces questions pas seulement dans un huis clos clérical mais avec les cathos pratiquants lambdas ?
Nous ne sommes avec l’éclatement de la loi du silence sur ces sujets qu’à l’aube d’un immense chantier à mener tous ensemble pour que les choses changent.