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Résilience et histoire des crimes et maltraitances dans l’Eglise

Le lundi 8 février 2016

Bonjour Marie

J’essaie de donner ce que je peux dans la mesure de mes tous petits moyens. Après, ce que les victimes lecteurs et lectrices en feront leur appartient. Ce que j’ai fait n’est qu’un premier défrichage.

J’aime beaucoup Frida Kahlo. Moins les autres. J’ai énormément de mal avec Marthe Robin. Le fait qu’elle ait inspiré différentes personnalités plus que controversées ainsi que les communautés religieuses toxiques actuelles, a plutôt tendance à me la rendre néfaste que positive.

Personnellement, je pense que la résilience chère à Cyrulnik reste un phénomène relativement rare et transitoire. On peut être résilient à un moment donné et plus du tout à d’autres. Face aussi bien à des souffrances extérieures, des agressions, une catastrophe, qu’à une maladie chronique qu’elle soit physique ou psychique.

Il peut y avoir des phases de résilience, puis brusquement, parce qu’un évènement difficile survient qui fait écho au passé, le trauma peut se réactiver. La résilience continue suite à un trauma reste rare. Et pas accessible à tout le monde. Rebondir après certains drames est déjà en soi une performance. La continuité de la performance sur toute une vie reste une exception. Et pour moi, relève plus de la légende urbaine que de la réalité.

Je pense aux travaux de Muriel Salmona sur la mémoire traumatique, qui montrent bien à quel point le parcours de sortie du déni, de reconstruction de différentes victimes est long, difficile, fait d’avancées et de régressions.

A contrario, la notion de mort-vivant s’applique très bien aux personnes ayant vécu des évènements, des situations particulièrement traumatiques, tragiques. Si l’on peut parler de résilience malgré tout, ça n’empêche pas une brisure profonde et définitive de l’être intime. Que rien ne rachètera jamais.

C’est pourquoi certains crimes dont les crimes sexuels devraient relever selon moi, comme les génocides, de crimes contre l’humanité. Si les gens avaient ne serait-ce qu’un aperçu du dixième de ce que l’on peut vivre d’horreur lors d’une seule de ces agressions, je crois que ça ferait péter les plombs du plus grand nombre. Et il est évident qu’il y aurait des lois beaucoup plus sévères sur les violences sexuelles qu’actuellement.

L’art est certes une forme de catharsis mais il ne suffit pas à soulager de la souffrance ni à surmonter durablement des traumas. L’apaisement lié à la création artistique reste aléatoire et temporaire, parfois l’expression artistique sert de purge. Quoi qu’il en soit, même si l’artiste y puise son inspiration, y base sa survie quotidienne, y trouve sa vibration à nulle autre pareille, l’art ne fera jamais disparaître les problématiques les plus graves qu’il ou elle a vécu. C’est visible à toutes les époques et pour de nombreux artistes, quel que soit leur domaine de compétence.

Il me semble également que les épreuves de la vie n’enseignent pas toujours quelque chose.

Tout dépend du type d’épreuves, de leur durée dans le temps et de notre capacité sur le moment à pouvoir affronter puis gérer et transformer positivement ces épreuves. Nous sommes tous inégaux face aux traumas et donc aussi dans nos réactions. Ca dépend de tant de paramètres à la fois physiques, psychologiques, culturels, sociaux, économiques…Je pense aussi que le fond de caractère joue un rôle. Ainsi que l’entourage relationnel. On ne se relève pas d’un drame, d’un énorme trauma, de violences extrêmes, tout seul.

Je ne connais pas suffisamment l’histoire de Xavier Léger au sein des Légionnaires. Mais j’ai l’impression qu’il a suffisamment cheminé pour pouvoir aider, informer et mettre en garde l’ensemble des catholiques vis à vis de différentes communautés catholiques sectaires.

Comme moi, il découvre peu à peu, au fil des ans et de ses recherches, l’immense responsabilité vaticane et cléricale dans la dissimulation, le déni des crimes cléricaux comme des crimes communautaires sectaires.

Je remarque que tout comme moi au début, il espérait que ce qu’il avait vécu serait un phénomène isolé, non répétitif ni n’ayant soutien vatican.

Et que peu à peu, il s’est rendu compte qu’hélas, son vécu rejoignait celui de bien d’autres victimes, de bien d’autres groupes communautaires sectaires cathos et qu’hélas, ces groupes avaient dissimulé leurs crimes et continuent de faire des victimes avec le soutien du Vatican.

De mon côté, je me suis rendue compte de la constante dissimulation vaticane des crimes au sein de différentes congrégations religieuses catholiques (masculines comme féminines) . Le fait de m’être penchée sur l’OD et son histoire, m’a fait aussi aborder la situation religieuse dans les années 30 sur différents pays européens et ce qui se passait à la même époque via notre catholicisme romain.

D’où ma découverte des bagnes religieux pour garçons et filles. Et des violences, des crimes qui s’y déroulaient du fait de l’abus de pouvoir de l’Eglise à cette époque, abus de pouvoir d’autant plus important qu’aucun contrôle étatique n’existait dans ces congrégations pénitentiaires. Curieusement, à la même époque où j’ai fait ces découvertes, les premières affaires sortaient sur les couvents prisons irlandais. Et à leur suite, d’autres pays via des groupes de victimes, révélaient les mêmes oppressions.

En collectant tout cela, en consultant des sites, des forums de victimes, j’ai pu comprendre notamment par le biais du travail historique fait sur ces périodes, que ce qu’on appelait coercitions à des fins d’assistance, était la réponse de la classe dominante de l’époque face aux classes populaires dont les plus riches craignaient l’émancipation via l’éducation scolaire pour tous, la révolte via le socialisme, le syndicalisme, le marxisme, le communisme. Il fallait donc limiter l’instruction, l’émancipation des plus pauvres par le biais de l’enfermement des enfants et d’une rééducation religieuse morale dans la soumission, la mise en esclavage.

Depuis la fin du 19e siècle et jusque dans les années 70, les historiens expliquent très bien que l’approche sanitaire et sociale qu’elle soit laïque ou religieuse relevait principalement de l’internement pénitentiaire, de mesures discriminatoires et de violences, d’abus de toutes sortes. C’est pourquoi l’on observe autant d’abus, de crimes sur cette période partout en Europe et hors territoire européen.

Et je me suis aperçue que non seulement il y a eu depuis toujours dissimulation constante des crimes des congrégations impliquées dans ce dispositif par le Vatican, mais silence média sur ces crimes religieux dans la plupart des médias catholiques. Ce n’est que très récemment que ces sujets sont abordés. Et encore, de façon très sommaire.

Les seules personnes à avoir brisé ce silence et seulement tout récemment (depuis une quinzaine, vingtaine d’années environ) sont la plupart du temps, uniquement les associations de victimes survivantes et descendants des victimes de ces crimes. Ce qui laisse des quantités astronomiques de victimes muettes, mortes sans avoir jamais été entendues ni reconnues victimes, mais aussi des quantités d’établissements religieux et non religieux restés impunis de crimes affreux, des milliers de criminels religieux morts de leur belle mort sans être jamais inquiétés par la justice. D’autant plus protégés que pour ce qui concerne les archives religieuses, elles restent la plupart du temps inaccessibles aux victimes voire aux états. Sauf autorisation expresse épiscopale. La rétention d’information sur ces sujets est donc maximale. Quand des congrégations religieuses féminines ont par exemple volé des bébé d’adolescentes pour les vendre ensuite à des couples, elles ont consigné les informations sans que les victimes puissent avoir jamais accès à leurs dossiers. Ce qui fait que dans l’histoire des bébés volés du franquisme espagnol ou d’ailleurs en Irlande, au Québec, au Canada, en France, en Australie, le blocage institutionnel catholique fait que des millions de mamans biologiques ne peuvent pas retrouver leurs enfants volés, vendus et placés dans des familles adoptives.

C’est dire s’il est important de parler.

Parce que ça ne viendra pas de l’institution elle-même ni de ses représentants. Il ne faut pas y compter. L’esprit de corps surpasse la morale, toujours.

Même s’il y a quelques exceptions. Je suis notamment extrêmement touchée d’entendre ces dernières semaines, l’évêque suisse Charles Morerod, dire clairement que l’Eglise a commis des crimes et les a multipliés en ne punissant pas certains de ses membres abusifs, criminels, pédophiles et violents. C’est si rare d’entendre un évêque parler ainsi…Ca fait du bien cette sortie du déni, même si elle ne concerne qu’un évêque, qu’une institution. C’est réconfortant.

Je constate aussi que trop peu de catholiques sont informés sur ces sujets. Notre institution cléricale, les congrégations concernées évitent de communiquer là-dessus. Par déni, honte, culpabilité, ou simplement par mépris. J’ai pu en parler une fois à un prêtre de la Fraternité Lataste qui reconnaissait les faits criminels passés mais n’en aurait jamais parlé si je n’avais évoqué le sujet. C’est toute l’ambiguïté des congrégations concernées.

Je me rends donc compte qu’’il faut éduquer, informer les gens sur ces sujets pour qu’ils s’aperçoivent que ce passé criminel est réel au sein de l’institution cléricale catholique romaine. Que ça n’a rien de rumeurs ni de légendes façonnées par des groupes anticléricaux.

Ainsi informés, les catholiques pourront comprendre que les actes criminels qui s’opèrent dans les communautés déviantes actuelles sont les suites directes des dissimulations d’ actes criminels de différentes congrégations religieuses. Et qu’il faut que cela cesse, qu’il n’y ait plus de victimes ni d’agresseurs au sein de l’Eglise.

Tant que les catholiques n’auront pas une vision historique d’ensemble des maltraitances, abus et crimes opérés au sein même des structures communautaires catholiques, que ces horreurs relèvent de congrégations purement religieuses ou de communautés mixtes comme celles dont il est question sur ce site, il n’y aura pas je pense d’action véritablement efficace et durable pour préserver les enfants, les jeunes et moins jeunes de ces maltraitances, abus et crimes.

Si le pape a créé une commission pontificale pour la protection des mineurs en 2014, je doute qu’il fasse pression sur les congrégations religieuses catholiques ayant opprimé, violé, abusé, enfermé, volé des millions d’enfants et d’ados filles et garçons sur un siècle et demi un peu partout en Europe et hors Europe. Il faudrait pourtant que cette commission pontificale contraigne les congrégations concernées pour que les faits criminels anciens comme actuels soient reconnus pays par pays et les archives rendues accessibles aux victimes et aux chercheurs, historiens. Cela pourrait faire l’objet de demandes de l’AVREF et d’autres structures identiques d’autres pays de culture catholique, associées avec les différentes associations de victimes des différentes congrégations.

Il me semble en tout cas très important de faire ce genre de démarche. Les victimes de ces couvents prisons, instituts et bagnes religieux sont âgées. Elles ont droit à une fin de vie digne et à une réparation pour toutes les horreurs subies qui ont handicapé leur vie jusqu’à aujourd’hui aussi bien matériellement, que personnellement. Et les victimes qui ont subi cela sans jamais pouvoir en parler, mortes parfois de maltraitance dans ces institutions, ont droit à un devoir de mémoire tant de la part des catholiques, des clercs que de l’ensemble de l’humanité.

Bonne semaine, Marie ! Et au plaisir de vous lire !

Cordialement

Françoise

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