L’Arche fait la lumière sur la face cachée du P. Thomas Philippe : Poster un message

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Extraits Amour-Amitié décryptés

Le jeudi 4 février 2016

Merci Marie

Merci pour votre parole libre et franche aussi. Pour ce qui me concerne, je ne souhaite pas publier un quelconque témoignage autrement qu’anonymement sur des sites d’aide ou d’information catho. Le faire nominativement dans le cadre d’un bouquin personnel ne m’intéresse pas. Ca ne correspond pas à l’aide informative, l’éducation populaire directe que je souhaite donner. Il me semble que c’est plus dans l’échange pratique informatif, l’entraide directe que se situe l’utilité de mon témoignage. C’est en tout cas, ce que je ressens intimement.

Je garde également une certaine prudence dans mon témoignage, eu égard à l’assassinat paternel. Tant pour moi, que pour ma famille, mon conjoint, il est important de ne pas nous exposer à être tués à notre tour par les mêmes affreux. C’est ce que je disais à Isabelle et Aymeri lorsque j’avais échangé avec eux en privé.

Lorsque l’on révèle des violences, des crimes, la première réaction publique quel que soit l’espace, le support de la révélation est la suspicion, le refus d’entendre, le refus de voir, le refus de considérer la parole.

Toute personne qui a vécu des violences le sait.

Il arrive même que des victimes de maltraitance refusent de voir les mêmes violences perpétrées sur d’autres qu’elles par le même agresseur. J’ai vu ça dans ma propre famille. Notre mère a toujours refusé d’admettre les violences paternelles sur ma soeur et moi. Elle se considérait comme la seule victime de notre père. Ce jusqu’à sa mort. Pour elle, même si elle l’a vu nous battre, tenter de nous égorger, ce n’était pas grave. Et pour les viols, elle considérait que nous étions des menteuses. Même après les attestations médicales. Et sa réaction est loin d’être un cas isolé. C’est au contraire d’un classique achevé.

C’est dire si c’est compliqué de faire reconnaître des violences, des crimes, des atrocités y compris auprès de victimes de violences similaires.

Je pense que ça vient de ce que ces atrocités remuent énormément les gens. Et que tous ne sont pas en capacité psychique ni physique ni émotionnelle pour les admettre, même s’ils les constatent de visu, même si certains les vivent.

Et puis, c’est un peu comme découvrir à l’adolescence que les parents ne sont pas parfaits, mais peuvent être lâches, abusifs, destructeurs. C’est un choc, un désarroi tel parfois, que le déni est immédiatement le seul garde-fou possible. Pour permettre au corps, au psychisme, à la part affective de digérer l’information. Digestion qui parfois ne se fait jamais.

Parce que ça place l’individu dans un désespoir trop grand qui menacerait sa santé physique et mentale.

Et l’entourage la plupart du temps, préfère faire l’autruche, relativiser les violences ou carrément se met du côté des agresseurs.

Ces derniers jouent énormément sur la peur et la lâcheté humaine en général. D’où des situations de violence qui peuvent perdurer très longtemps. Quel que soit le cadre de ces violences.

Et puis, il faut se rendre compte également que les agresseurs adoptent un double comportement. Qui va tromper la société qui les entoure, renforcer l’isolement et le sentiment d’impuissance, d’écrasement, de culpabilité des victimes. Des années après des violences dévoilées, jugées au pénal, vous trouverez encore des personnes dans l’incrédulité vis à vis des faits criminels.

Ceci dit, il peut aussi s’agir non de déni mais de négationnisme quand il s’agit de nier des massacres, des génocides, nier l’existence d’un système de destruction d’une partie de l’humanité, jugée comme indésirable, donc devant être éliminée.

Hélas, nous voyons encore ce type de positionnement. Malgré le travail historique, malgré les témoignages de victimes, malgré les preuves matérielles.

Ce qui montre bien qu’il est important de parler à temps et à contre-temps des violences, des abus d’où qu’ils viennent. Parce que de toute façon, entre le moment de la révélation et le moment où la société, la justice, les individus seront en capacité d’entendre, d’admettre qu’il y a eu violences et abus, s’écoulera un temps très long. Et plus il y a de morale, de dogmatisme, plus longue sera la durée du déni.

Les enfants soldats ont été souvent arrachés dès l’âge de cinq ans à leur famille, celle-ci tuée devant leurs yeux parfois par les groupes armés. Puis ils ont été eux-mêmes physiquement et sexuellement brisés avant qu’on les oblige à tenir une arme et à tuer. Y compris d’autres enfants. On a brisé tous leurs repères violemment : l’attachement, l’affection, tout ce qui pouvait leur donner un espoir. Devenus des machines à tuer entre les mains de leurs tortionnaires, régulièrement violés, drogués, affamés, ils tuent simplement pour survivre.

Alors que les jeunes gens embrigadés par des circuits d’extrémistes religieux qui sont aussi des groupes de brigands (financés en partie par nos banques, nos multinationales, cherchez l’erreur), c’est complètement différent. Pour eux, se sont les discriminations sociales, familiales, scolaires, les injustices accumulées et subies dans nos pays durant leur enfance, leurs difficultés à trouver leur place dans une société qui exclut davantage qu’elle accueille, qui les conduisent à se radicaliser religieusement puis à servir de bras armés à ces brigands. Le sentiment d’exclusion, de discrimination perpétuelle conduit à la violence.

Et quand l’identité religieuse prend le pas sur l’identité humaine, la violence n’est jamais loin.

Car s’il y a bien une chose que sait faire l’extrémisme religieux, toutes religions confondues, c’est d’utiliser le sentiment d’injustice, la souffrance personnelle, le handicap, pour capter des individus, des familles et les utiliser à son profit. Tout en les détruisant, bien entendu.

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