En réponse au message :
Extraits Amour-Amitié décryptés
Ma critique s’appuie sur mon vécu et sur la biographie de MD Philippe que je vous ai invité à lire, écrite par Marie-Christine Lafon. Puisque vous avez démarré sa lecture, vous retrouverez sans peine les pages et les extraits où il est question de ce lien plus qu’étroit entre le Père Dehau et les frères Philippe, spécialement sur MD Philippe qui confirme ce lien lui-même et l’importance qu’il a eu sur tout ce qu’il a étudié, élaboré et créé.
On peut admirer quelqu’un mais ne pas en faire un dieu ni un gourou ni un maître à penser. Mais on ne peut faire cela que si l’on est suffisamment mature et si l’on a la possibilité de vivre des expériences hors de l’emprise de ce genre de personne. MD Philippe, son frère n’ont pas pu s’extraire de cette emprise. Ce qui les a amenés dans les chemins qu’ils ont suivis, aussi bien très brillants intellectuellement et religieusement, que manipulateurs et destructeurs.
L’époque dans laquelle ils ont vécu, n’était pas forcément très favorable à cette émancipation. C’est une certitude.
Le milieu familial ultra religieux et plutôt réactionnaire, légitimiste, ne prêtait pas non plus à une ouverture et une vie hors de ces cercles. C’est une certitude aussi.
Et puis, c’est toujours plus facile de répéter le système éducatif et familial dans lequel on a vécu, même s’il est oppressif, que d’essayer de construire sa propre voie en faisant la part des choses de son éducation. C’est évident.
L’être humain répète. Ca fait partie de sa nature et de son évolution, de sa richesse comme de sa pauvreté. Mais encore faut-il qu’il puisse comprendre pourquoi il répète et ce que cette répétition comportementale va engendrer pour lui et ceux, celles qu’il côtoie.
Autrefois, sans la psychanalyse, sans la psychiatrie institutionnelle de Jean Oury, sans les travaux de Françoise Dolto et de bien d’autres en pédo-psychiatrie, sans une ouverture au monde large par l’information et l’éducation avec un esprit critique, il était très compliqué de ne pas répéter des schémas violents, oppressifs. Qu’on vive dans un milieu populaire comme bourgeois ou nobiliaire. C’était l’usage, c’était la tradition. On allait pas plus loin. Il n’y avait aucun moyen pour les enfants de contester des violences, des comportements abusifs.
Les gens n’ avaient absolument pas conscience de tout ça. Parce que l’éducation ne leur permettait pas de saisir cet enfermement de génération en génération. Même chez les plus éduqués intellectuellement. On parlait seulement de fatalité, de destin. Mais aussi pour les plus pauvres, de mauvaise nature, de débilité, de tare congénitale. C’était le vocabulaire qui prévalait dans les années 20 à 50. En France et ailleurs.
La psychanalyse mais encore plus la psychiatrie moderne, leur vulgarisation à partir des années 70, permet de donner des clés de compréhension à tout un chacun sur le fonctionnement psy, affectif humain.
Ce qui a permis de pouvoir soigner peu à peu des traumas terribles aussi bien d’enfants, que d’ados et que d’adultes. Ce qui n’était pas encore vraiment possible au sortir de la seconde guerre mondiale, pour les survivants déportés.
Il est donc logique, que les anciennes générations, dont beaucoup voyaient la psychanalyse comme maléfique, comme juste nécessaire pour enfermer les fous, les pauvres erres, les marginaux, n’ait pas pénétré les individus, les familles.
Il a fallu presque attendre les années 70 pour commencer un petit peu à éduquer les gens sur ces sciences. Via des émissions radios, des émissions télévisées, des livres, des conférences, des formations universitaires.
Ce qui va amener la société à passer d’une approche sociale coercitive, asilaire, à une approche réellement aidante en vue d’un mieux-être pour tous.
L’Eglise catholique sera particulièrement réfractaire à toutes ces avancées. Parce que cette avancée va avec sa perte de pouvoir au plan éducatif, médical, sanitaire et social. Les religieux n’ont plus l’autorisation d’exercer professionnellement fin des années 70 ni dans le milieu scolaire, ni dans le milieu social, ni dans le milieu médical.
Cette mise à pied correspond à un constat : l’Eglise catholique via ses congrégations, et sans aucun contrôle régulier des états, a abusé, violenté, discriminé des millions de personnes, par le biais de religieux, religieuses absolument pas formées pour occuper ces fonctions. La conversion de beaucoup d’établissements religieux coercitifs fin des années 60 en France, en centres éducatifs laïcs avec des éducateurs, éducatrices spécialisés et formés, contrôlés par l’état, changera la donne pour des millions d’enfants, d’ados.
Le recours à la pédopsychiatrie, l’ouverture à la pédiatrie moderne, à une approche médicale non asilaire mais ouverte sur le monde, l’avènement des droits de l’enfant au plan international, tout ça va modifier énormément de choses. Et petit à petit, offrir des thérapies pour comprendre, soigner, traiter tout ce qui peut avoir éprouvé douloureusement l’individu psychiquement, affectivement. Et dissocier ces douleurs psychiques, affectives de maladies mentales, de tares congénitales, de maladies neurologiques. Ce qui n’était pas le cas avant les années 60.
Ce qui aboutit à aujourd’hui où les gens, s’ils sont un peu curieux, peuvent un peu mieux décrypter ce qui leur est arrivé, ce dont ils souffrent et comment faire pour s’en sortir.
MD Philippe n’a pas eu cette chance. Son frère non plus. Et toute leur génération et celle née avant la seconde guerre mondiale n’ont pas bénéficié de ces avancées. Parce qu’elles n’étaient pas accessibles et beaucoup trop embryonnaires. On sait par quoi est passée la psychanalyse chez Freud, Charcot et tant d’autres…Rien n’est allé de soi et il fallut du temps et de nombreux travaux pour avancer sur ces domaines sensibles.
Mais notre génération dispose de ces outils. Et peut sortir de ce qui lui a fait du mal. Donc sortir de la répétition oppressive, destructrice, de la fameuse fatalité chère à nos ancêtres. C’est une chance immense que nous avons. Parce qu’elle nous permet non seulement de nous en sortir, mais d’éclairer le passé différemment. Pas simplement celui de nos familles mais aussi celui de bien des personnes ayant souffert, depuis plusieurs générations.
Bien évidemment, ne pas idéaliser ces outils, dont nous nous apercevons bien qu’ils peuvent aussi détruire les individus. Nous le voyons avec les faux-souvenirs induits, les agapè-thérapies qui mélangent psy et spirituel et beaucoup de manipulation mentale.
Mais toutes les avancées liées à la psychiatrie institutionnelle, à la pédopsychiatrie, à la psychanalyse, permettent depuis quelques décennies à pas mal de gens de se réparer, de ne plus êtres simplement ni éternellement victimes, enchaînés à leurs souffrances. Mais de pouvoir vivre et affronter, traiter leurs traumas sans peur et les dépasser, ne plus en souffrir. Et vraiment s’émanciper, se construire de façon équilibrée, sereine.
C’est ce qui s’est passé pour moi. Ce qui m’a permis de comprendre énormément de choses sur moi mais aussi sur mes proches et le pourquoi notre famille a tant souffert. Alors il me paraît important d’aider à mon tour d’autres personnes à comprendre ce qui leur est arrivé.
C’est ainsi qu’on avance.
Cordialement Françoise