En réponse au message :
L’Arche fait la lumière sur la face cachée du P. Thomas Philippe
Bonjour Marie
Avant de reconnaître ses erreurs, il faut d’abord se connaître vraiment. Or tant que l’on s’est construit uniquement dans le regard, le fantasme familial posé sur soi, on ne se connaît pas. Si l’on est passé ensuite au sein d’une communauté religieuse qui vous dit au quotidien comment vivre, comment penser, comment être, comment faire pour tout ce qui vous concerne, on se connaît encore moins.
L’on est passé simplement d’une domination à une autre. Mais de connaissance de soi, il n’est pas question.
Le problème de pas mal de religieux et religieuses, c’est qu’ils se sont trouvés dans ce cas de figure. Ils n’ont pas pu accéder à eux-mêmes ou alors seulement à celui, celle qu’ils étaient au stade adolescent, voire pré-adolescent. Ce qui en fait des êtres profondément immatures.
Plus ces personnes ont intégré tôt le monde religieux, moins elles ont pu se construire personnellement. Elles sont juste devenues ce que leurs parents projetaient comme image idéale d’elles ou ce que la communauté religieuse intégrée fantasmait d’elles.
L’absence de contact réel avec elles-mêmes les rend extrêmement fragiles psychologiquement et perméables à tous les abus, toutes les manipulations mais aussi les rend aptes à manipuler et abuser les autres.
Tant que la personne ne s’est pas éprouvée elle-même dans tous ses aspects, elle ne se connaît pas.
Ce qui va permettre à une personne de se construire, c’est justement de s’émanciper d’une dépendance matérielle, affective, psychologique par la réalisation de projets (personnels et pas seulement incluant les autres), des objectifs qu’elle s’est elle-même fixés (sans que ce soit quelqu’un qui lui ait dicté ces objectifs) et des rêves (autrement appelés désirs profonds) au fil du temps. Ce que ne permet pas la vie religieuse.
Ce qui va permettre également à une personne de se construire, c’est de pouvoir échanger avec des personnes différentes, évoluant dans des univers différents, de faire ses expériences sociales, relationnelles dans différents cadres, environnements. Dans la vie religieuse, les personnes d’une même communauté, si elles peuvent venir d’univers différents, ont déjà reçu un formatage religieux qui va faire progressivement s’éteindre toute altérité. L’uniforme, les horaires, les pratiques étant les mêmes pour tout le monde, l’individualité trouve de moins en moins d’espace d’expression. S’il peut y avoir des voyages, des formations, des envois en mission, le milieu reste très souvent clos et constitué de personnes toutes formatées au même moule idéologique et religieux, voire social. Ce qui ne permet pas de progresser ni d’accéder à qui l’on est véritablement.
Dans ce genre de cadre, seules les personnalités un peu fortes peuvent tenir. Et encore, ce n’est pas évident tous les jours. Il faut parfois la confrontation avec un univers radicalement différent et hors cadre religieux pour que ces personnalités se révèlent.
Il est donc assez logique de voir des religieux comme les frères Philippe avec une éducation religieuse très marquée, aussitôt suivie d’un engagement religieux dominicain pour correspondre au profil familial, n’ont pas pu se construire eux-mêmes, seulement dans le fantasme familial religieux et dominicain.
On sait Marie-Dominique très lié à son oncle qui est depuis son enfance, une sorte de mentor, de père spirituel. On comprend donc qu’il s’est construit dans l’image idéalisée que son oncle avait et souhaitait de lui. Ce qui ne lui a pas permis d’entrer en contact avec lui-même. Dans une famille de 12 enfants dont 7 finissent dans les ordres religieux, c’est difficile de pouvoir exister en dehors de la religion. S’opère une confusion entre famille et religion. Il n’existe pas de séparation entre les deux. Dans la tête d’un enfant et même d’un ado, cette absence de cloisonnement, de différences ne lui permet pas de dissocier les choses ni d’établir des limites entre elles.
Ce qui nous amène logiquement à l’élaboration idéologique qui se réfère à l’amour d’amitié. On sait pourtant que les deux termes sont différents. Pourquoi donc les réunir comme s’il n’y avait pas réellement de différences ? C’est bien le manifeste qu’il n’y a pas chez Marie-Dominique Philippe de compréhension réelle des différences entre les deux. Ce qui explique aussi la dérive comportementale issue de la théorie mise en place.
Cette confusion est liée à la confusion religion-famille de départ. Cette absence de séparations entre les univers, créé un climat toxique et une absence de limites qui vont autoriser tous les abus mais aussi créer des individus formatés qui ne pourront pas faire de différence entre monde religieux et monde familial. A partir de là, la survie passe par la perpétuation de la manipulation d’autres personnes. Pour correspondre à l’idéal de départ imposé par les parents mais aussi par l’oncle dominicain. La personnalité ne s’est construite que dans ce regard fantasmatique familial qui n’a rien à voir avec la personne réelle. Fantasme qui repose sur du vide. Difficile de se construire psychologiquement, affectivement sur du vide mais aussi de correspondre quotidiennement à ce fantasme parental, familial puis religieux.
Il est donc urgent de pouvoir créer une communauté qui leur sera dévouée et qui reproduira le regard fantasmatique et émerveillé familial. Sans lequel ce type de personnalité ne peut pas exister.
Et il est tout aussi logique d’attirer des personnes dans la même problématique, ou des personnalités simplement très formatées religieusement, pensant qu’elles vont trouver dans ce type de communauté, un approfondissement, des réponses, voire une justification qui apaisera leur propre confusion intérieure.
Ce qui fait la différence avec un Jean Vanier qui avant de fonder l’Arche a vécu une vie dissociée du monde religieux, puis une vie d’adulte comme officier de marine, a réalisé son rêve de faire des études de philosophie, a voyagé, rencontré des gens différents qui l’ont suffisamment ouvert sur lui-même et les autres. Il a donc pu s’éprouver lui-même dans tous ses aspects, s’émanciper, avant de pouvoir engager un projet communautaire, ce qui n’est absolument pas le cas des frères Philippe.
Ca fait une sacrée différence de construction identitaire mais aussi de vécu. Ce qui explique aussi que Jean Vanier pouvait moins dériver que les frères Philippe dont la construction identitaire n’a pas pu avoir lieu finalement. Sauf dans le fantasme de leurs parents puis des ordres religieux qu’ils ont intégrés.
Alors pourquoi Jean Vanier a été attiré par Thomas Philippe ? Sans doute parce que l’homme était brillant intellectuellement, séducteur. Beaucoup de manipulateurs sont extrêmement charismatiques. C’est un masque qu’ils savent utiliser pour abuser leur entourage. C’est aussi ce qui leur donne une couverture irréprochable et leur permet d’ entretenir l’image qu’ils veulent donner et dont ils ont besoin pour ne pas sombrer dans le néant. C’est le cœur de leur système d’abus. On l’a vu avec Maciel, Ephraïm, Madre, etc…
Cordialement
Françoise