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L’Arche fait la lumière sur la face cachée du P. Thomas Philippe

Le samedi 16 janvier 2016

Merci aussi à vous Marie, pour vos interventions. J’ai gardé précieusement votre témoignage qui vient tout à fait en cohérence avec l’étude sur base de données historiques fiables - en majeure partie celles référencées par le communiqué de l’Arche - de ce qui s’est passé à l’Eau Vive. A cette époque le P.Thomas a reconnu ses « erreurs » mais n’a pas présenté de signe d’une capacité à se rendre compte du mal qu’il avait pu faire subir à ses victimes. Malheureusement, dans de tels cas, l’expérience montre que ces personnes, si elles ne sont pas extrêmement bien cadrées et suivies, vont récidiver.

Cette étude m’a aussi montré que Jean Vanier, dès l’Eau Vive, était très lié au P.Thomas. Ses parents l’étaient tout autant, voire plus. Ils ont tous été informés des rumeurs à son sujet au moment de son écartement par les Dominicains, mais l’Eglise n’a pas dévoilé les faits dont il était accusé, si bien que ceux qui soutenaient le P.Thomas ont logiquement cru à un complot pour l’évincer. Mon hypothèse est que Jean, parce qu’il était encore jeune et d’une certaine façon encore sous forte influence de ses parents - qui étaient de très fervents et actifs défenseurs du P.Thomas -, parce qu’il n’était à ce moment-là, comme il l’évoque lui-même, qu’un « bébé spirituel » en grande recherche, a été sous l’emprise de son père spirituel. Cela me paraît confirmé par ce qu’il écrit dans « Leur regard perce nos ombres » p.59 « J’ai vécu beaucoup de transformations, de changements, de morts en moi. Une des plus difficiles a été le conflit avec le père Thomas.(…) il me fallait devenir adulte en face de lui, mon père spirituel. » Je ne pense pas que Jean l’a compris ainsi quand c’est arrivé, mais il me semble très probable qu’il s’est en fait progressivement sorti de l’emprise que le P.Thomas exerçait sur lui.

Car un élément me paraît crucial : de quelle ouverture profonde et réelle à l’autre - le tout Autre, le prochain et cet autre en moi-même qui se révèle quand je fais la lumière sur les manifestations de mon ego - fait-on preuve ? Dans le cas de certains fondateurs - et d’après moi, malheureusement, le P.Thomas en fait partie -, ils peuvent donner l’illusion qu’elle existe, en particulier par l’intermédiaire de manifestations affectives, mais je pense que c’est surtout un trouble narcissique qui s’exprime. Je pense d’ailleurs, que pour s’aider à sortir de la confusion quand nous y faisons face, il faudrait bien réfléchir à ce que signifie l’expression d’un trouble narcissique qui prend pour modèle la sainteté et s’appuie sur la pensée chrétienne la plus avancée du moment - c’est plus facile à repérer quand le modèle est la réussite financière ou médiatique, par exemple !

En revanche, pour Jean, tous ses écrits m’évoquent une personnes qui a su se laisser mouvoir et transformer par l’autre - dans tous les sens que je citais plus haut - et donc entrer dans une véritable éthique, conduisant ainsi l’Arche, progressivement et en accueillant humblement les retours d’expérience, vers un fonctionnement sain.

Je voudrais ici aussi préciser, l’expérimentant moi-même car je suis de nature plutôt intellectuelle, que le fait de percevoir de belles et vraies choses par l’intellect, ne garantit en rien de mener une vie très conforme à l’Evangile. Lytta Basset écrit :«  »cheminer« vers la »vie« et sa fécondité, suppose un travail de »vérité« qui bannit la complaisance et mobilise l’intelligence, le bon sens, la lucidité sur soi-même et sur les autres. Donc cela demande un travail d’unification dont l’enjeu est de devenir »non mélangé« , c’est à dire non divisé au-dedans de soi : en devenant »entier« , on perçoit de mieux en mieux les divisions intérieures qui sont à l’origine des perversions ; en utilisant son bon sens et son intelligence, on prend conscience des parties de soi et d’autrui auxquelles on était aveugle… » Et Jésus, tout au long de l’Evangile, en débusquant nos attitudes pharisiennes, s’attaque, je crois, en grande partie à cette problématique. Macha Chmakoff, citée dans le texte du P.Auzenet présenté plus haut par Sérénité explique très bien comment, lorsque ce travers dont personne ne peut s’affirmer exempt tourne à la pathologie, on aboutit aux comportements déviants, voire criminels, qui nous occupent.

Pour en revenir à Jean Vanier, j’ai du mal à croire qu’il n’ait jamais rien su de ce qui s’est passé à l’Arche. Mais j’ai une vision plus « grise » que le « noir ou blanc » exprimé plus haut dans la discussion. Je croirais en effet volontiers que, surtout après le vécu de l’Eau Vive, le sujet était assez vérouillé chez lui et que les victimes sont vite allées s’adresser ailleurs - quand elles ont pu le faire… Je ne lui jette pas la pierre car je pense qu’il lui aurait fallu un gros choc pour y voir clair. Et à vrai dire, sa réaction actuelle, quand il dit « je ne comprends pas », me semble un bon indicateur que ce choc est arrivé.

Bien amicalement et en communion - car j’ai l’impression que l’« épeuve des faits » nous a embarquées dans le même bateau ! Anneth.

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