En réponse au message :
L’Arche fait la lumière sur la face cachée du P. Thomas Philippe
« Pourquoi m’appelle tu bon ? Un seul est bon ».
J’ai connu le père Thomas en gros de 84 à 87. J’ai vécu et travaillé à la Ferme de l’Arche, que j’ai quitté, pour des raisons de « vocation », au moment où ma demande de membre défintif avait été accepté. C’est dire que mon témoignage ne peut être que profondément personnel et subjectif. Des liens profonds me lient encore aujourd’hui non seulement à la Ferme et à l’Arche mais à diverses communautés où quelque chose de ce que nous a « influé » le Père Thomas demeure. Ne sachant rien de ces histoires douloureuses, j’ai repris contact avec la Ferme récemment, que je n’ai pourtant jamais quitté dans mon cœur, et j’ai pu constater à quel point ces liens sont restés également vivants du côté de mes amis.
Je voudrais juste ici rendre un tout petit témoignage. Le père Thomas avait un « effet » sur tous ceux qui le rencontraient. Cela est vrai de tout un chacun - chaque être humain éprouve d’emblée, par empathie, comme un reflet de la paix ou des désordres, des anxietés, des duretés, ou des capacités d’accueil de celui en présence duquel il se trouve. Dans le cas du père Thomas, en revanche, il était impossible de « définir » l’effet qu’il avait sur nous ( sur moi ). Je peux dire en gros qu’il s’agissait d’un mélange d’apaisement, de simplification extraordinaire, de bonté dont je n’ai jamais atteind les limites, d’espérance offerte, et j’en passe. A cela s’ajoutait comme une évidence une sorte d’exigence douce mais inflexible. Tout cela faisait que le seul mot qui surgissait naturellement à la pensée pour tenter de saisir cette extraordinaire ( et aussi toute simple ) présence qu’il nous offrait, et c’était le mot : « saint ». J’ai été très proche du père Thomas, sans doute n’ais-je pas été le seul, mais il n’empèche : j’ai été très proche du père Thomas. Ce dont je veux témoigner ici est ceci. Dans les tous premiers temps de ma rencontre avec ce vieux monsieur, empestant le médicament, et édenté, je ne vivais pas encore de façon continue à la Ferme. C’étaient d’abord des séjours de quelques jours. Or chaque fois que je retournais là où je vivais, je repensais, tout naturellement, à ce que j’avais vécu dans sa proximité. Je devrais dire la proximité de chacun là-bas, et j’aurais envie de nommer ici chacun par son prénom ( je vous embrasse ). Je repensais, donc, au père Thomas aussi, en fait je cherchais à « saisir », avec beaucoup de convoitise je dois dire ! le mystère de ce qui se passait là pour moi à chaque fois, le mystère de ce lieu, le mystère de cet homme. Je n’emploie pas le mot « mystère » ici au sens chrétien du terme. C’est juste qu’à chaque fois quelque chose en moi s’éboulait, sans plaisir particulier, et en même temps autre chose luisait. Et qomme ce quelque chose m’étonnait, me bouleversait, m’apaisait, me nourrissait et m’assoiffait, - eh bien, j’essayais de comprendre. Et voilà alors ce qui se passait : comme j’essayais de comprendre…. eh bien , j’y parvenais. Comprendre - n’est pas très difficile. Et donc, je me disais : « le père Thomas ( qui était déjà pour moi MON père ), il est comme ça, il est comme ci, ça marche comme ça, ça marche comme ci. » Et puis, convaincu d’avoir « compris » quelque chose, d’avoir percé l’énigme, je revenais le voir. A chaque fois, sans exception, à chaque fois, il suffisait de deux secondes de prise de contact, dès que je le voyais, pour que toutes mes élaborations s’effondrent immédiatement comme un chateau de cartes. Et ce qui se passait était - à chaque fois - à la fois beaucoup plus simple et infiniment plus vaste ce ce que j’avais reconstruit durant mon absence. Voyez-vous, c’est justement parce que mon petit père Thomas pointait si peu vers lui, mais toujours vers son Dieu, et que ce Dieu n’était non pas seulement un Dieu pour les pauvres, mais Lui-même, le plus pauvre d’entre les pauvres, que toutes mes élaborrations étaient en quelque sorte trop riches, - pour fonctionner. Comment aurais-je pu idolatrer le père Thomas ? Lui ne s’idolatrait pas assez pour cela. Toute son œuvre, toute son action était de me présenter à son Dieu - voilà, c’est ce qu’il faisait, sans cesse. Très très vite, j’ai cessé de venir le voir pour lui « demander » quoi que ce soit. Très vite, je ne venais plus que comme pour lui dire : « je suis avec vous, père Thomas : allons-y ensemble ! » Et alors je lui étais reconnaissant encore de ce que moi, j’ai la chance extraordinaire de pouvoir accompagner cet homme, ce vieil homme dont toute la force semblait provenir d’ailleurs, tellement que lorsque cette source semblait lui faire défaut, on se demandait s’il n’allait pas mourir de vieillesse le jour même.
C’est tout, je n’ai pas grand chose d’autre à dire ici sur lui.