En réponse au message :
L’Arche fait la lumière sur la face cachée du P. Thomas Philippe
* La calomnie peut bien sûr être un moyen redoutable pour nuire à une personne. C’est pour cela qu’il existe des enquêtes et l’actualité d’il y a quelques années (affaire d’Outreau), nous a rappelé qu’elles devaient absolument être menées avec compétence et prudence. L’Eglise elle-même a mis en place des procédures – enquêtes canoniques -, et j’ose croire qu’elles s’inspirent du même sérieux. Concernant cette affaire-ci, la tutelle de Mgr d’Ornellas me paraît rassurante.
* Afin de vous former votre propre opinion, je vous invite à lire le communiqué de l’Arche : http://www.larche.org/fr/communication/ De plus, vous y trouverez en note de bas de page des références à la correspondance entre Charles Journet et Jacques Maritain (volume IV, années 1950-57), ainsi que la biographie de John W. Thompson par Paul J. Weindling. La majeure partie de ces textes sont disponibles sur google books – et, petite astuce technique, afin que leur consultation ne soit pas trop fastidieuse, en tapant dans leur moteur de recherche « P.Thomas » ou « Thomas Philippe », une vignette jaune apparaît sur les pages concernées, vous permettant d’aller directement aux passages utiles. Ces textes m’ont parus édifiants et ont bien éclairé ma lanterne.
* Il me semble que tant que l’on n’a jamais été en contact avec une victime, que l’on sait par ailleurs digne de foi, sincère, honnête, n’ayant aucun désir de revanche ni de pouvoir, et affrontant des souffrances très pénibles, ces problématiques peuvent rester par la force des choses à un niveau « abstrait », et assez confuses. Car tous les scénarii semblent possibles, aussi bien celui que l’on rapporte des victimes, que celui que défend la personne accusée - et les autres encore de l’entourage.
Je suis de plus bien convaincue que le témoignage de Fr ci-dessus, mais également celui de Jean Vanier rapporté dans l’article de La Croix, sont tout aussi authentiques que celui des victimes qui se sont déclarées. Ces deux vécus co-existent de toutes les façons, face à ce type de comportements abusifs.
En revanche, lorsque l’on a entendu une victime et les affres dans lesquels elle se débat, un regard nouveau est donné, qui permet aussi de dépasser certains réflexes de base : par exemple, on a naturellement tendance à accorder peu de crédibilité à une plainte déposée vingt ans après les faits, alors qu’en réalité, si cela sort dans certaines conditions vérifiées par les enquêteurs, c’est tout à fait symptomatique d’un abus sous emprise ou d’un trauma.
* Ce que je vais dire ici dépend évidemment des valeurs auxquelles on est attaché, mais en ce qui me concerne, je pense qu’il y a un ordre de priorité des préoccupations, et que la première est de protéger contre le mal qui se commet, ainsi que de porter secours aux victimes. Cela passe avant la réputation d’une œuvre et les bouleversements engendrés par de telles révélations.
Il y en a qui pensent que l’intérêt général peut bien se permettre quelques victimes, mais cela ne me semble pas très chrétien – plutôt totalitarisant … Bien que notre Eglise n’a pas toujours brillé en la matière, voire pire…
* Pour finir, on peut s’interroger sur la pertinence de révéler des accusations sur des personnes décédées. Il y a d’une part la reconstruction des victimes et d’autre part les conséquences que ces abus ont pu avoir sur les communautés en question.
Peter Adriaenssens, psychiatre belge désigné pour accompagner la commission chargée des abus sexuels dans l’Eglise de Belgique, précisait que l’abus sexuel est la dernière étape de tout un processus d’abus de pouvoir.
Or, à Saint Jean, les choses paraissent avoir pris une ampleur structurelle, et en outre les cas d’abus se sont étendus ; ceci ne pourra sûrement être corrigé qu’en sortant de l’emprise qui s’exerce de ce fait malheureusement toujours sur tout un ensemble de personnes. Le P.Thomas Joachim, actuel prieur, a conscience qu’il est nécessaire pour cela de modifier le rapport au fondateur, même décédé.
Quant à l’Arche, son communiqué précise que ces révélations entrent dans la relecture actuelle de son histoire et dans son travail de vigilance pour une vie communautaire féconde et respectueuse.
PS : La correspondance de Jean Vanier avec Julia Kristeva : « Leurs regards percent nos ombres », rapporte que, quand le P.Thomas a été écarté sévèrement de l’eau vive, Jean a cru, comme bon nombre d’autres, à une persécution interne à l’Eglise – il y avait d’importantes querelles théologiques à l’époque. Or, et c’est moi qui précise, il semble qu’il n’avait pas été informé des réels motifs de cet écartement. Par la suite, sans qu’il ne sache toujours rien – c’est encore moi qui précise -, on lui a fait savoir qu’il ne pourrait pas être ordonné prêtre s’il restait disciple du P.Thomas. Cela a été une blessure pour Jean, mais quand j’étais à l’Arche, on disait qu’il y avait quelque chose de particulier dans le lien d’alliance avec la personne avec un handicap mental, qui se vivait du fait-même que Jean n’était pas prêtre. L’Arche a peut-être aussi fleuri sur cette blessure ? Décidément, Dieu arrive à faire du bien avec toutes nos histoires tordues et blessées ! (Et écrit droit alors que les lignes ont l’air très, très courbes…)