En réponse au message :
Bethléem : retour aux fondamentaux
Bonjour Lancelot,
Votre témoignage est très beau aussi. J’y retrouve tout ce que j’ai aimé à Bethléem et tout ce qui m’a fait passer une quinzaine d’années chez les laïcs.
Mais bien des choses qui m’ont heurtées m’ont fait en partir. Et c’est cela que nous dénonçons. Tout n’est pas à rejeter. Il faut séparer le grain de l’ivraie. Et je connais des sœurs qui y sont très heureuses et qui font leur miel de cette vie monastique. Ce ne sont pas pour elles que j’ai témoigné car ce n’est pas la majorité. Ce sont pour les nombreuses, trop nombreuses personnes qui, sans ces pressions et manipulations, ne seraient déjà plus à Bethléem. Voici en quelques phrases les principaux dysfonctionnements que j’ai identifié à Bethléem. Si ça ne vous choque pas, moi si, et avec moi, tous ceux qui sont soucieux des droits fondamentaux de chaque personne humaine.
- chaque semaine la moniale soumet à sa prieure son journal intime à la Vierge. Pensez-vous que cela aide la moniale à grandir en autonomie ? J’appellerais plutôt cela un viol des consciences…
- les prêtres qui viennent confesser ne voient la sœur que quelques minutes. Faute de temps, ils ne donnent que les paroles rituelles et l’absolution. En ce sens, elles n’entendent qu’une seule voix, celle de leur prieure.
- On demande aux prêtres de ne pas prêcher sous prétexte qu’on dit une messe cartusienne. En réalité, c’est pour n’entendre que la spiritualité de Bethléem.
- en plein discernement, on leur envoie des billets d’une voyante, non reconnue par l’Eglise, qui voit la Vierge. Super pour biaiser le discernement…
- un très grand nombre de sœurs sont dépressives, pas soignées et on leur dit qu’il s’agit d’un combat spirituel ? En fait, tellement ébranlées dans leur for interne, elles sont déboussolées…
- les sœurs en crise sont mises au désert. Super, alors que c’est en parlant qu’elles prendront du recul et sortiront par le haut.
- les sœurs qui veulent sortir n’arrivent pas à sortir ? Et celles qui sortent, sont obligées de préparer leur sortie en cachette ?
- des suicides ont eu lieu dans cette congrégation et pas seulement celui dont parle Fabio.
- TOUTES les sœurs que j’ai entendues à leur sortie (sauf une) ont eu des envies suicidaires pendant qu’elles y étaient ? Tellement elles se sentaient dans une impasse. Pour, tout ce qui faisait le relief de leur personnalité, de leurs centres d’intérêts, de leurs talents, on leur demandait d’en être dépossédées. Alors, elles apprenaient à se sur-adapter pour devenir la parfaite petite sœur attendue et entrer dans le chemin de sainteté et de dépassement de soi auquel elles aspiraient. Mais, plus elles se conformaient, plus les doutes, les combats et la mauvaise image qu’elles avaient d’elles s’amplifiaient. La culpabilité augmentant, l’impression d’être possédée du Démon décuplait tant de souffrances, que seule la mort pourrait les libérer de ces souffrances. A quoi bon sortir ? Leur regard sur le monde était devenu si nocif, si dégradant, si oppressant. Leur vie au monastère si compliquée, leur soif de sainteté si différent de leur élan naturel. Seule la mort pouvait les libérer. Et je peux vous dire que les personnalités étaient bien différentes.
- quand la sœur a dans sa famille quelqu’un de haut placé ou qu’elle est en crises, toutes les lettres la concernant qui rentrent et sortent du Monastère sont lues ? Les sœurs dont on lit les lettres le savent. J’ai déjà abordé le sujet avec celles que je connais. Et bien sûr, elles vivent avec. Alors elle trouvent ça normal… Et je reçois de différents monastères de différents pays des lettres pratiquement identiques.
Peut-être que vous, vous trouvez ça normal. Et bien moi, tout ça, ça me choque.
Mais ça, on ne le découvre qu’en ayant des confidences des unes ou des autres. La force de ce blog, c’est qu’on s’aperçoit que ce ne sont pas des cas isolés. C’est un processus qui se répète. Et c’est cela qui moi m’inquiète. Mais, vous avez parfaitement raison sur tout ce que vous dites.
D’où l’impression, quand on creuse d’avoir été « trompée sur la marchandise ». D’où le nom de ce site, lenversdudecor et de quelques réflexions parlant de l’image marketing. Non, elles ne font pas de marketing à proprement parler. Mais, puisqu’on les a dépersonnalisées (certaines, celles qui n’ont pas leur place dans cette honorable institution), elles se mettent à jouer le personnage qu’on leur demande de jouer pour plaire à leur prieure (alias la Vierge). Et c’est cela que nous dénonçons.
Cette spiritualité déviante. Nous prenons la précaution de parler de dérives sectaires et non de secte. Car une secte est une pompe à fric à tout prix pour satisfaire le pouvoir des dirigeants. Les dérives sectaires s’appuient sur des personnes de bonne volonté qui, souvent, par manque de formation humaine des fondateurs, et de leur garde rapprochée, a peu à peu grippé le système et aliéné la liberté des adeptes.
Camille