En réponse au message :
Communauté de Bethléem : les révélations accablantes d’un ancien supérieur
Bonjour c’est Bruno,
Je voudrai vous partager un extrait d’une analyse du Père Thierry-Dominique Humbrecht (religieux dominicain, écrivain, théologien, philosophe, lauréat de l’Académie des sciences morales et politiques) : Comment expliquer les crises et même les scandales qui affectent périodiquement des communautés nouvelles et leurs fondateurs ? Quelles leçons en tirer ?
Pourquoi l’Église n’est-elle pas intervenue ? Il eût sans doute suffi de quelques réglages pour éviter les distorsions (ce qu’on appelle notamment des visites canoniques). Certes, mais Rome n’a pas à se mêler à tout propos de la vie de ses membres, elle n’est pas une police de la pensée. En outre, pour de nombreux témoins, ces communautés connaissaient une telle vitalité qu’une tolérance a pu s’exercer longtemps. On ne voyait pas ou l’on ne voulait pas voir. Les qualités l’emportaient sur ce que l’on percevait des défauts. Fallait-il s’inquiéter de ceux qui proclamaient fidélité au siège de Pierre ? Fallait-il chercher des poux dans ces institutions jeunes et enthousiastes, alors qu’on fermait les yeux sur celles, plus établies, qui se sabordaient ? Des mauvais plis ont pu être pris, et ne parlons pas ici des cas exceptionnels où le mal fut systématiquement couvert et caché. Il y eut sans doute des occasions manquées, des mollesses, des opacités, le respect excessif de charismes qui s’annonçaient novateurs, le désir trop répandu de ne pas faire de vagues, peut-être aussi un sentiment d’impuissance. En outre, tout travail d’accompagnement ecclésial est à croissance lente, il cherche à construire et non à dénoncer, à faire progresser et non à jeter le moindre manquement aux pourceaux de la presse à scandale. Que resterait-il des couples, des familles, des entreprises, des écoles, des partis politiques, des institutions républicaines et finalement des critiques eux-mêmes, si leur meilleur manquement hebdomadaire était rendu public ? Le pharisaïsme guette tout assoiffé de justice.
Un peu plus loin :
Pour vivre l’obéissance, trois éléments paraissent essentiels. a) Il faut expliquer les raisons d’obéir. Rien n’est plus contraire à la vertu d’obéissance que le commandement à l’aveugle, jusqu’à la perversion. b) Un brin de collégialité assouplit le cuir des communautés. Nul n’est détenteur des lumières de l’Esprit Saint, qu’il impose sa volonté de façon autoritaire ou par une emprise affective. c) Ce qui sauve les communautés et leur donne leur respiration, ce sont les élections régulières et le remplacement normal de leurs cadres. La vie sourd à nouveau, dès que le charisme s’incarne dans et par l’institution. La règle rend libre. Ce qui revient à prendre de définitives distances avec le soixante-huitisme ecclésial autant que sociétal.
Bruno