En réponse au message :
Communauté de Bethléem : les révélations accablantes d’un ancien supérieur
Cher Bruno, Vous avez tout à fait raison, « si tous étaient retenus sous la contrainte cela serait impossible ». Si je pense à mes 24 ans, je ne me souviens pas d’un seul instant où j’aies été retenu par la contrainte. Il y a eu des moments, des heures, des jours entiers où je me sentais heureux, très heureux. Je pourrais même dire que les années jusqu’à mes premiers voeux (5 ans environ) ont été merveilleuses de ce point de vue. Mes malaises n’ont commencé qu’après. Je ne parlerai pas de contrainte comme communément on l’entend. Je parlerai plutôt d’endormissement, de la conscience d’abord et puis de l’affectivité, de la raison, du bon sens, bref petit à petit de ce qui fait le noyau de notre humanité. On peut tout à fait tenir de nombreuses années de cette manière là, on croit vivre une vie au delà de la vie humaine tout court, une vie supérieure, « divine », « évangélique » et se sentir heureux là dedans. Je crois que ceux ou celles qui n’éprouvent pas ce bonheur dés le départ sont assez rares à Bethléem, du moins ils ou elles ne resteront pas très longtemps. Vous voyez, le bonheur, même si il est ressenti comme profond et authentique, peut très bien exister dans un état second, endormi. Je crois que l’expérience spécifique de tous ceux et toutes celles qui un jour sont partis de Betbléem, a été celle d’un réveil, d’un retour à la vie et à la conscience. On a du coup peut-être aussi perdu le bonheur de ce « beau » rêve, mais on a appris à apprécier davantage l’éveil souvent douloureux d’une conscience libre que l’endormissement pafois heureux de notre humanité. Voilà ce que je peux répondre à votre question, qui me paraît tout à fait normale et logique pour quelqu’un qui n’a connu Bethléem que de l’extérieur.