En réponse au message :
La communauté des frères
Guy,
vous évoquez là une question difficile.
Il est vrai que la situation est différente, nul doute. N’oubliez pas toutefois que dans la Règle de vie il est écrit que la dépositaire du charisme de Bethléem est la prieure générale des soeurs. « Le charisme vient des soeurs », cette phrase est sculptée dans la conscience de chaque frère. Aucune dérogation à ce principe n’a jamais été possible, les soeurs faisant toujours barrage. Ce serait trop long d’évoquer à nouveau ici le rapport homme-femme à l’intérieur de Bethléem, tant d’un point de vue historique que théorique. J’en ai parlé dans mon texte et d’autres en ont largement parlé aussi dans leurs commentaires.
Séparer davantage la branche masculine de la branche féminine : c’était ce que nous avions demandé au Vatican lors de la remise de nos dossiers en 2009-2010. Mais ce n’est pas du tout aussi simple. Juste pour vous donner un exemple, je peux vous dire qu’en 2009, parmi les frères qui étaient entrés depuis 2001, c’est-à-dire depuis que les frères s’étaient à nouveau rapprochés étroitement des soeurs, je ne comptais qu’un seul frère, sur une vingtaine ou plus, qui était arrivé chez les frères sans passer par les soeurs. Les autres, tous les autres, avaient été « séduit » d’abord par le Bethléem soeurs.
Maintenant vous allez dire à ces frères qu’ils doivent chercher ailleurs leur charisme ? Qu’ils doivent tourner leur regard vers d’autres formes de vie monastique ? Mais nous avons grandi dans le complexe de supériorité vis-à-vis de toute forme de vie monastique occidentale ! La seule forme pourrait venir de l’Orient. En effet, le monastère de Matthieu le Pauvre, moine copte mort en 2005, a joué un peu ce rôle de 2006 à 2008. Plusieurs d’entre nous y avions été passer quelques semaines de retraite. Mais là encore, ce lieu est devenu suspect le jour que les responsables ont compris que c’est pendant cette retraite que mes yeux avaient commencé à s’ouvrir. Du jour au lendemain ces retraites ont été stoppées, c’était en l’automne 2008. Et puis, le moine copte qui était censé nous transmettre la tradition des pères du désert n’hésitait pas à critiquer toute cette spiritualité tirée de l’Assomption de la Vierge dont nous lui parlions, sans parler du rôle de la femme dans l’Eglise, sur lequel il avait manifestément un autre point de vue…
Cette question est beaucoup plus complexe que vous ne pourriez penser.