En réponse au message :
Le vrai visage de l’Opus Dei pour Maurice Wallemacq
Bonjour Maurice,
Je voudrais réagir (tardivement) à votre propos. Je n’ai pas la prétention de faire l’exégèse de l’évangile. Non, je préfère vous partager mes observations et mon témoignage personnel d’ex-numéraire de la section masculine de l’OD. Je partage la description faite de cet article « le Vrai Visage de l’OD ».
OD est porteuse d’une ambition chrétienne louable mais les moyens de mises en œuvre ont une dimension coercitive. OD s’en défend en se positionnant en victime de persécutions qui seraient le signe d’un combat du Mal contre le Bien.
L’ambition louable se traduit par la piété, une bonne connaissance du catéchisme, la pratique de la prière, de lectures spirituelles, d’esprit missionnaire, de la messe quotidienne, de la confession hebdomadaire, de formation chrétienne complémentaires hebdomadaires, de recollections mensuelles, de retraite annuelle.
Les moyens mis en œuvre sont une direction spirituelle individuelle. Il faut bien lire « Direction » et non pas médiation ou accompagnement. Cette direction va s’adresser à la totalité de la vie au nom de la spiritualité, y compris du choix de l’activité professionnelle. Dans les instructions de la direction, l’esprit missionnaire est dévoyé en esprit prosélyte au profit de la croissance de l’OD. L’amitié devient une attitude factice au service de ce prosélytisme. L’amitié au sein des membres de l’OD est combattue car les « amitiés particulières » sont contraires « à l’esprit de l’OD ». Comme mentionné, l’ « esprit de l’OD » institue une « vie de famille » où chacun vit sa solitude en commun.
Je crois me souvenir que le fondateur de l’OD a déclaré avoir eu une vision complète de l’OD directement « montrée par Dieu » en un instant donné, une forme de vision. De cette expérience mystique, il en a résulté un « esprit de l OD » transmis oralement et codifié dans des instructions écrites de plus en plus détaillées. Cet « esprit de l’OD » ne peut pas « être compris », au mieux mal interprété par des tiers. Une pratique s’est installée au sein de l’OD dont sont exclus les tiers, y compris les autorités de l’Eglise. Quand bien même les objectifs peuvent être louables, il me semble qu’il y a une inadéquation avec les pratiques de l’Eglise Catholique à laquelle je me revendique. Je perçois un grand écart au sein de l’OD dans le fait de combiner l’ « esprit de l’OD », immuable et détaillé transmis par le fondateur en union avec Dieu et les exigences canoniques de la Saine Eglise Catholique pilotée par le vicaire du Christ sur terre et inspirée par le Saint Esprit. Ce grand écart est illustré par une formule du fondateur : « céder sans rien concéder » !
Pour illustrer mon propos, voici des éléments de mon expérience personnelle.
J’étais adolescent, issu d’une famille aimante, chrétienne, pratiquante, bourgeoise, avec de bons résultats scolaires et des perspectives d’études supérieures réussies, comme tout un chacun de ma famille (personne ne choisit où il naît). J’avais 16-17 ans. Un ami m’a attiré à un club de jeune. De fil en aiguille, le prêtre et un numéraire du centre ont exploité mon souhait de bien faire, l’attrait de l’idéal chrétien, l’attrait de Jésus-Christ, le plaisir et l’amour du travail. A peine avais-je écrit une lettre au prélat de demande d’admission à l’OD, qu’il m’a été expliqué que je ne devais surtout pas parlé de cet engagement à vie à mes parents ni à personne d’autres. Que cette « vocation » était personnelle et comme une petite flamme que la moindre brise pouvait éteindre. Bien que ce fut un engagement à un appel personnel de Dieu depuis toute éternité, il fallait se soumettre à des exigences canoniques et attendre 18 ans. Ce délai d’attente canonique ne me dispensait pas d’une assimilation par un plan incliné de l’ « esprit de l’OD ». De ce jour, l’ami de longue date qui m’avait attiré au club et le numéraire qui collectait mes confidences d’adolescent devinrent des étrangers souriants, distants, à l’attitude charitable et fraternelle conventionnelle. Curieusement, mes origines familiales ont été scrutées : avais-je des parents divorcés ? des ancêtres divorcés ? est-ce que mes ascendants étaient tous catholiques ? Pas de protestants, ni de juifs, ni musulmans ? C’est intriguant et bien plus tard j’ai appris que c’était une préoccupation du fondateur et des usages de la société espagnole. Comme s’il y avait une transmission par ADN.
J’ai poursuivi mes études supérieures. J’ai habité un centre de l’OD, une résidence étudiante. J’ai participé au Conseil Local, composé du Directeur, du sous-Directeur, du Trésorier et du prêtre. Je peux témoigner de ce que j’ai vu, entendu et lu. J’ai assisté à des arrivées et des départs de numéraires, en suivant l’ « esprit de l’OD ». J’ai finalement vécu moi-même le départ de l’OD, … toujours selon l’esprit de l’OD.
Au temps où je participais au Conseil Local, des fiches sur chaque membre étaient établies à leur insu. Les noms étaient remplacés par des lettres. Une fiche transmise à part faisait la correspondance entre les lettres et le nom. Ainsi, il était indiqué que A se confessait irrégulièrement, que B était gourmand ou que C avait un problème de pureté. Franchement, cela me mettait mal à l’aise et le prêtre m’encourageait à aborder cela avec un esprit surnaturel de contribution à la sainteté des uns et des autres. A ce jour, je ne sais pas ce qui était écrit sur ma fiche.
L’argent de l’OD est une source de fantasmes. De mon expérience, les 2 comptes bancaires du centre où j’habitais tutoyaient les soldes négatifs. Les opérations sur les comptes bancaires étaient à double signature. Le premier compte bancaire était associé à l’association culturelle qui gérait le centre. L’association culturelle est officiellement une « initiative personnelle » où la « direction spirituelle était confiée à l’OD ». Une figure de style qui ne devrait tromper personne, sauf formellement les autorités légales de contrôle. Ces « initiatives personnelles » sont induites lors des « directions spirituelles ». Le deuxième compte bancaire était le compte du Centre qui collecte la totalité des revenus des membres numéraires rattachés au centre. Certains membres numéraires étaient contraints de posséder un compte bancaire à leur nom propre pour leur activité professionnelle. Le Trésorier possédait alors une procuration sur ce compte afin d’accéder aux sommes d’argent. De mon expérience, le compte bancaire était systématiquement siphonné au profit du compte du compte bancaire du centre. L’ « esprit de l’OD » implique le don de soi, le détachement matériel et un esprit de père de famille nombreuse auquel l’argent fait défaut. Les sommes sont transférées sans le moindre « reçu ». Le numéraire qui quitte l’OD, part avec un compte bancaire à zéro, parfois légèrement en négatif. Chaque mois à date fixe, des sommes en liquide sont transmises aux personnes de la section des femmes qui gèrent les tâches ménagères du centre : une enveloppe avec une somme en liquide. De plus, il y a des campagnes financières pour solliciter des donateurs en mettant en exergue la dimension sociale ou chrétienne de telle ou telle « initiative personnelle qui a confié la direction spirituelle à l’OD ». L’argent circule entre pays. Je peux témoigner avoir eu à encaisser un chèque en dollars américain d’une valeur importante à mes yeux.
L’argent est toujours investi au plus vite. En priorité, dans les oratoires et les éléments liturgiques. Ceux qui ont vu des oratoires de l’OD, auront pu admirer la beauté et la richesse de l’orfèvrerie du tabernacle et du matériel liturgique. Un artisanat de grande qualité fait de métaux précieux. C’est à mon avis une expression louable de piété (chacun son opinion). Ensuite, l’argent est investi dans des initiatives apostoliques, c’est à dire dans de nouvelles « initiatives personnelles » où la « direction spirituelle était confiée à l’OD ». Au-delà de l’objectif affiché, il s’agit de faire du prosélytisme pour avoir davantage de numéraires ou d’autres membres de l’OD. Avec la circulation d’information sur internet, les jeunes étudiants des premières années sont de plus rétifs à « recevoir l’appel à la vocation de l’OD » : un travail apostolique compliqué. Alors il reste les clubs pour les enfants/adolescents et de plus en plus les écoles où est donné « une formation » et un « suivi individualisé ». Ne vous y trompez pas : l’OD y cherche en priorité de nouveaux numéraires et éventuellement l’éducation chrétienne favorable à leur approche. La formation vient bien après.
Quoi que proclame l’OD, l’activité professionnelle des numéraires se plie à l’ « esprit de l’OD », c’est-à-dire aux exigences de prosélytisme. Les écoles ont besoin de professeurs. Ce sont donc des architectes, des financiers qui se « découvrent » une volonté de devenir professeur de mathématique, de chimie, d’anglais ou de religion. Il suffit de lire les CVs du corps enseignant des écoles dont la « direction spirituelle est confiée à l’OD » pour découvrir que des numéraires sont « recyclés » en professeur pour devenir recruteur. Aussi étrange que cela puisse paraitre, c’est aussi le cas des prêtres. Je connais des numéraires, laïcs non-cléricaux proclamés, qui ont été envoyés au siège l’OD à Rome. Là, le prélat les appelle à l’ordination sacerdotale. Certes, ils peuvent refuser mais ce n’est pas « du meilleur esprit de l’OD ». A ma connaissance (partielle), ceux qui ont refusé ce don d’eux-mêmes ont été relégué soit à des tâches ingrates, soit ont quitté l’OD. Avec l’ordination, l’obtention d’un doctorat en théologie ou en philosophie s’obtient via une université de l’OD (pardon, une initiative personnelle dont la direction spirituelle est confiée à l’OD), soit la pontificale romaine, soit celle de Pampelune. La recherche d’une aura intellectuelle vise à en imposer comme lieu d’excellence au sein de l’Eglise.
Les prêtres ont une mission particulière de « prosélytisme » auprès du clergé ordinaire, des prélats, des nonces, des évêques, des religieux et parfois même … des jésuites. Sur chaque ecclésiastique, une petite fiche est établie, où il est indiqué la disposition envers l’OD (favorable, neutre, défavorable), les gouts et les ragots. Elles sont actualisées et le contenu des fiches est partagé avec le siège de la prélature. En un mot, cela s’appelle du lobbying, comme au parlement européen mais avec pour cible le clergé. Je peux témoigner que le contenu de la fiche sur le cardinal Wojtyla était favorable, même si j’ai été témoin de ricanements et de commentaires méprisants car à Assise, le pape n’était pas seul sur une estrade surélevée au milieu des représentants d’autres religions. Je crois percevoir que le curé Bergoglio n’avait pas une fiche favorable lorsqu’il était en Argentine. Il est très probable que les cardinaux potentiels successeurs au pape François fassent l’objet d’attention ou d’une certaine forme de dénigrement : l’avenir se construit chaque jour. L’exploitation de ces fiches a certainement permis le dialogue avec les personnes en charge des béatifications et sanctifications. Quant à la béatification du prélat Echevarria, pur produit de l’OD qui a passé sa vie auprès du fondateur, il s’est disqualifié tout seul en Sicile en affirmant que l’enfant handicapé est à 90% le fruit d’un péché des parents. Le service de presse a produit un correctif, trop tard, la citation traduit la pensée.
La direction spirituelle de l’OD demande à faire preuve de « sincérité sauvage », selon les instructions du fondateur et en conformité avec l’ « esprit de l’OD ». Pour ce qui est de mon expérience, la direction était faite par le Directeur de mon centre et par le prêtre. Semaines après semaines, le Directeur dictait des objectifs spirituels et fixait des objectifs quantifiés d’ « amis » à attirer, liste de noms à l’appui. Lors de la confession hebdomadaire le prêtre demandait ce que nous allions confesser avant même de démarrer le sacrement proprement dit. Cela le libérait de l’obligation de secret associé au sacrement (et permettait d’alimenter une fiche, je présume). La première fois que je me suis confessé adolescent à un prêtre de l’OD, j’ai été surpris après avoir avoué mes péchés de voir le prêtre démarrer la confession et de me redemander d’avouer. L’explication de cette surprise m’est venue plus tard. Comme quoi, le diable se cache dans les détails. Depuis, j’ai pardonné à ce prêtre et il pourra mourir en paix. Se confesser avec un prêtre qui n’est pas de l’OD n’est absolument pas dans l’ « esprit de l’OD » : c’est une instruction formelle et publique du fondateur qui est martelée.
Dans les formations que j’ai reçues, les surnuméraires suivent peu ou prou le même plan de vie que les numéraires. Ils ont certes un conjoint, et ils sont appelés à la chasteté au sein du mariage. Cette formule elliptique est une invitation à l’abstinence hors période de fécondation. Je n’ai pas de témoignage concret à apporter, si ce n’est la recherche de faire émerger des couples où les deux sont numéraires, quoi qu’en dise les dénégations officielles.
Je peux témoigner que j’étais inviter non seulement à ne pas regarder les filles, à ne pas les toucher (même pas serrer la main), et à ne pas leur parler (sauf cas d’impérieuse nécessité). Tout cela pouvait susciter une mauvaise pensée, ouvrant la voie au péché et à la pire des situations, c’est-à-dire abandonner l’OD. Je ne connais rien sur la section des femmes de l’OD et je n’ai pas de témoignages à partager sur la section féminine.
Je témoigne que ces détails pratiques de « l’esprit dans l’OD » sont consignés dans des publications non divulguées et gardées sous clés avec des niveaux d’habilitation dans les centres (en général le bureau du Directeur) ou dans les délégations de l’OD. Elles ne sont pas accessibles à la curiosité car elles s’adressent à ceux qui « vivent l’esprit de l’OD ». Les autorités ecclésiastiques n’y ont pas accès.
Quitter l’OD est une course d’obstacles, quand bien même officiellement « les portes sont grandes ouvertes pour partir ». Avant de quitter, vous êtes invités à réfléchir plutôt deux fois qu’une à cette décision irrévocable. Quitter l’OD, c’est présenté comme une quasi décision de damnation en refusant le plan de Dieu. Vous ne pouvez vivre qu’avec l’amertume d’avoir quitté l’unique chemin de sanctification qui vous était destiné. Au sein du conseil local, j’ai assisté au départ de numéraires. Les causes de la volonté du départ, les moyens de retenir et de séduire étaient débattues. L’avis du prêtre était scruté à la recherche d’indices. La question rituelle : une fille ? Enfin, il est demandé à celui qui veut partir d’écrire une lettre de départ. Après cela, la personne cessait d’exister pour l’OD. Si d’aventures au cours d’un déplacement un numéraire vous demandait comment vas untel, on baissait le regard en murmurant d’une voix lugubre qu’il n’avait pas persévéré. Cette personne est effacée de la mémoire de l’OD, avec son vécu, son charisme, les bons et les mauvais moments, sa générosité. Un jour, moi aussi je suis parti. Ce n’est pas simple de passer de l’emprise à la liberté. Cela demande des efforts et laisse des traces douloureuses, même des années plus tard. Je n’ai ni amertumes ni rancœur, mais encore des blessures. Je suis fidèle en amitié. Je n’oublie pas ces gens qui valent la peine, et qui sont, à mon opinion, sous emprise et quelque part en marge de l’Eglise.
Mes quelques illustrations de l’ « esprit de l’OD » sont tirées d’expériences personnelles dont j’ai un souvenirs précis. Cet « esprit de l’OD » est directement dicté par son fondateur, qu’il faut nommer « notre père ». Il est du bon esprit de le citer pour appuyer une injonction, une « recommandation ». Ce « notre Père » fait l’objet d’adulation au sein de l’OD.
En conclusion, je pense que l’article « le Vrai visage de l’OD » qui nous fait réagir complète la réalité affichée. L’article émet une vraie alerte à nos bons bergers. A l’approche de son centenaire, l’OD applique structurellement des instructions figées par son fondateur qui ne voulait pas une virgule de changement au motif que cette fondation s’éclate en chapelles. Quand bien même le fondateur est « un saint d’autel » (tel était son ambition), il n’est pas plus parfait que Saint Pierre qui renia Jésus-Christ.
En attendant l’intervention de nos bons bergers, combien de jeunes adolescents seront l’objet de sollicitations et d’injonctions au sein de ces « initiatives individuelles dont la direction spirituelle est confiée à l’OD » ? Leurs idéaux seront dévoyés et leurs énergies exploitées.
Je pense que d’autres lecteurs de ce site croient en Dieu, Jésus et en son Eglise, mais sont impuissants face aux abus en tout genre qui sont faits. Les abus sexuels sur les enfants & adolescents sont abjects et effrayants. Les autres abus de conscience sont aussi d’effrayantes formes de viol. Je rejoins la conclusion de l’article « l’autre visage de l’OD » : éviter les scandales aujourd’hui est juste un pis-aller qui repoussent ces scandales à plus tard. Evidemment, l’Eglise survivra à cela car elle est habitée aussi par autre chose que la misère des Hommes.
Dans l’immédiat, l’OD affirmera que mon témoignage est celui d’une « personne blessée et rancunière » qui a droit à une charité de commisération. Pour ma part j’ai choisi de vivre en chrétien au sein d’une communauté paroissiale, en essayant que mon travail professionnel soit une contribution positive à la société humaine. Je vis en liberté et j’aime la vérité.
Bien à vous tous et mes félicitations pour avoir lu toute ma logorrhée !